Les courriers de la Mort – Elections présidentielles du 22 avril

La Mort

Partout

Monsieur le Futur Président de la République
Palais de l’Elysée
55, rue du faubourg Saint-Honoré
75008  Paris

Paris, le 20 avril 2012

Objet : Ministère de la Mort.

Sieur,

Je ne sais pas encore qui vous êtes. J’ai bien lu tous les programmes de l’élection présidentielle qui a lieu après-demain et la plupart m’ont déçu. J’avoue que j’aimerais bien que vous vous prénommiez François – non pas uniquement parce que ça sonne comme Français.

La plupart des autres programmes m’ont déçu.

J’ai trouvé que M. Huxley avait perdu beaucoup de son talent, lors de la rédaction des promesses de Mme Le Pen. Il y a bien sûr encore tout de la dystopie, entre surveillance accrue et peur de l’autre, mais globalement, c’était bien moins bon que 1984.

Dans le texte de M. Cheminade, j’ai bien reconnu la patte scientifique et visionnaire de M. Verne. Toutefois, même si le Diable est parfois présent dans ses anciens textes (comme Maître Zacharius ou l’horloger qui avait perdu son âme), je ne savais pas qu’il donnait maintenant dans le conspirationnisme anti-Wall Street, en insistant grossièrement avec des répétitions faciles. Enfin, M. Verne ne prend pas beaucoup en compte la dimension écologique. C’est important les fleurs. Ça garnit les tombes.

Après avoir été légèrement ému par la maladresse de M. Cheminade, j’ai poursuivi mon voyage nostalgique dans les années 60 aux côtés de Mme Joly et de son programme écrit par M. Kernouac. Je me suis senti reprendre les routes, faux à la main, dans ma voiture aux fleurs colorées. Into the Wild. C’était le bon vieux temps, où tout était légal ou presque. Peace.

Le retour à la réalité fut brutal, avec le quatrième candidat, actuel président-sortant. C’était comme sortir du visionnage de Good Morning England et de subir de plein fouet une bande-annonce du prochain film de Steven Seagal, qui a tenu le rôle titre pendant au moins 5 ans et nous propose quand même de nouvelles bagarres encore plus « fortes ». Tant de violence m’aurait donné des envies de violence, si je n’étais pas La Mort même.

Le programme de M. Mélenchon m’a amusé, car son utopie inspirée des écrits de Thomas More est à l’opposé du programme de Mme Le Pen. Sans surprise, dystopie et utopie se confrontent entre les deux candidats diamétralement opposés sur l’échiquier politique. Tiens, d’ailleurs, je n’ai jamais compris pourquoi on parlait d’échiquier.

Tel un numéro de « Hitchcock présente », M. Bayrou pioche les bonnes idées écologiques, sociales, économiques et culturelles de ses différents concurrents. Après cinq candidats présentant des programmes où le réalisme ne semble pas toujours avoir sa place, les propositions et le calendrier de M. Bayrou m’ont rassuré. Enfin, quelque chose qui soit un peu moins brouillon et un peu plus organisé. J’aime bien l’organisation. Dans mon métier c’est important ; si on fait n’importe quoi, on ne peut pas gérer.

Après M. Bayrou, je suis tombé face à un homme « quasiment » communiste, qui se nomme Poutou et a une barbe de 2 jours qui ferait bien rire Karl Marx (et Crôm, le Dieu Barbare de la Baston, un pote). En lisant son programme, je me suis mis debout, os à l’air, et j’ai scandé l’Internationale. J’ai arrêté quand je me suis rendu compte que M. Jaurès, qui se proclame anti-gaspillage et qui est pressé de sortir du nucléaire, n’imprimait pas sur papier recyclé. Recycler le papier c’est important. Ça économise le bois pour les vrais choses utiles, comme les cercueils.

Ensuite, j’ai découvert le programme du favori, M. Hollande. J’ai d’abord trouvé cocasse d’imaginer la Hollande à la tête de la France, sans avoir à combattre. Puis, j’ai lu les promesses du candidat socialiste. Comme M. Bayrou, il pioche de bonnes idées à droite comme à gauche, mais moins clairement. Contrairement au centriste, son programme n’est pas imprimé sur du papier recyclé ; petit détail, certes, mais qui a son importance quand on lance de belles promesses sur l’écologie. Enfin, compte tenu de sa probable présence au second tour, lire ce type de programme m’a plutôt rassuré.

Après M. Poutou et ses « 32 heures par semaine, payées 1700€ par mois, sans licenciement possible », j’ai été ravi de découvrir que le programme de Mme Arthaud, alias Mme Laguiller Jr. allait encore plus loin, en proposant par exemple une « expropriation sans indemnités » des patrons d’entreprise refusant la fiscalité française. J’ai trouvé ça fort cocasse et ironique, pour quelqu’un qui emploie – comme attendu – le verbe « spolier » dans son programme (page 2, partie 3, paragraphe 1, râlage 42).

Enfin, malgré une autobiographie et quelques photos dignes d’un reportage de « Vis ma Vie », M. Dupont-Aignan ne m’a pas amusé plus que ça. Son programme est sérieux pour un candidat de droite ; tout juste ai-je regretté qu’il oublie de mentionner son projet de revenir au franc…

Je regrette de ne pas avoir les connaissances politiques et économiques pour tout saisir à vos histoires. Peu de choses me semblent réalistes, et le changement tant promis ne me dit pas si ce sera en Bien ou en Mal.
Et surtout, c’est le sujet de ma lettre, personne ne parle de la création du Ministère de la Mort.
C’est quand même important pour vous, d’avoir un regard là-dessus, non ? Vous avez bien un « ministère de l’agriculture, de l’alimentation, de la pêche et des affaires rurales » pour réglementer tout ça, et vous n’avez rien pour réglementer la Mort.
Je pourrais vous donner un coup de main, établir des plannings à l’avance. J’en ai assez de parcourir le monde à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. J’aimerais tant faire 35 heures par semaine pendant 37,5 ou 42,5 annuités (ou moins si vous êtes M. Poutou). Et avoir le droit à ma retraite…
Merci de me tenir au courant de la création de ce poste ministériel, auquel je serai ravi de postuler.

Cordialement,

La Mort.

PS : Tiens et en rédigeant ce courrier, j’ai compris pourquoi on parlait d’échiquier politique. Il y a deux tours pour chaque partie, des fous de chaque côté, et à la fin, c’est l’un des rois pré-désignés qui l’emporte. Et les pions restent sur le côté, en attendant de rejouer la prochaine manche…

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