Blog Archives

[FMC] Fiche constipation

Après la colopathie fonctionnelle la semaine dernière, voici ma fiche « constipation » (finie pour vous à 23h20 hier… au lieu de faire mes présentations du CMGF ><). Les problèmes de caca et de ventre sont quand même assez importants, c’est bien d’avoir un plan à peu près clair et c’est bien pour ça que j’ai (enfin) fini par me faire des fiches !

Celle-ci est personnelle, avec des conseils pour ne pas oublier certains points, et éviter d’aller trop vite aux « autres laxatifs » (lubrifiants, etc.) qui sont à mon sens banalisés chez les personnes âgées. Comme toujours, la fiche est libre, vous pouvez la réutiliser comme bon vous semble, dans votre logiciel ou ailleurs ; elle est très inspirée par les Vidal Recos, les RCP des laxatifs, mes habitudes personnelles, et la fiche conseil du CREGG à nouveau. Il n’y a pas un gros boulot de recherche personnelle sur ces 2 fiches, c’est vraiment de la mise en forme pour faire des prescriptions personnalisées (en supprimant beaucoup de lignes à chaque fois que je l’utilise !)

Il s’agit d’une fiche sur la constipation : il faut évidemment penser à exclure les diagnostics différentiels et y repenser régulièrement (les pathologies digestives d’installation progressive commencent souvent comme des constipations).

Je suis preneur de tout commentaire pour amélioration ou tout retour d’utilisation 🙂

 

DIAGNOSTIC : 

– Constipation = « insatisfaction » = « trop rare, trop peu, trop difficile, trop dur… » 

– Constipation chronique (Rome II) : 2 critères (< 3 selles/semaine, selle dures avec évacuation incomplète, effort excessif, nécessité de manipulation difficile) x 12 semaines/an

– Dyschésie (constipation distale) : difficultés à vider l’ampoule rectale (lésions anales ou troubles fonctionnels, nécessitant un avis spécialisé, pour manométrie, défécographie, EMG…)

PENSER À : 

– Arrêt des facteurs déclenchants non médicamenteux : 

— immobilisation, voyage,

— réduction de l’alimentation, 

— changement des conditions (partage de WC, etc.), 

– Arrêt des facteurs déclenchants médicamenteux : 

— opioïdes et dérivés (anti-tussifs à la codéine, ralentisseurs du transit type lopéramide…) 

— anticholinergiques (contre l’hyperactivité vésicale, anti-H1, amitryptiline…)

– Fécalome (fausses diarrhées, notamment chez les personnes âgées) : arrêt des anti-diarrhées, intérêt des laxatifs osmotiques voire de contact (macrogol, voire EDUCTYL)

Si présent dès l’enfance : innervation colique (maladie de Hirchsprung), morphologie (atrésie / sténose / mégadolichocôlon) 

Si ancien : penser à dépendance aux laxatifs (stimulants), voire maladie des laxatifs

– Trouble endocrino-métabolique : K+, calcémie et albuminémie, TSH

– Affections rectocoliques ou péritonéales : NFS (saignement occulte) + poids + test immunologique fécal ;

Rectosigmoïdoscopie/coloscopie si > 45 ans, polypes ou CCR au 1er degré, anémie, amaigrissement, rectorragies ou modification récente

– Affections neurologiques : atteinte médullaire, SEP, maladie de Parkinson 

 

CONSEILS : 

– Pratiquer une activité physique régulière

Horaire régulière pour aller à la selle ; ne pas attendre en cas de sensation de besoin ; respecter une durée suffisante ; surélever les pieds lors de la défécation à l’aide d’un petit tabouret. 

Boire suffisamment (au moins 1,5 litre d’eau, potage, etc. par jour) ; varier les eaux de boisson, mais favoriser régulièrement une eau riche en magnésium (Contrex ou Badoit = 85 mg/l ; Quézac = 95 mg/l ; Hépar = 120 mg/l ; Rozana = 160 mg/l) 

– Augmenter les fibres, de façon progressive (pour éviter un ballonnement lié à la fermentation), pour atteindre 30 g par jour environ : céréales complètes, fruits secs, légumes secs ; fruits et légumes frais (pruneaux), ou compléments alimentaires (psyllium) ; en cas de ballonnement lié à l’augmentation des fibres, bien boire et privilégier des fibres solubles (psyllium).

– Si insuffisant : introduire du son d’avoine dans l’alimentation, de façon répartie en 2-3 prises par jour et en augmentant de façon progressive sur 10 jours (pour limiter les ballonnements) : par exemple, pain Jac Son ou Turner Son ou Spécial complet (jusqu’à 6 tranches par jour), All Bran’s de Kellogs (jusqu’à 40 g/jour), son en paillette type « Cereal » (jusqu’à 20 g/jour) ou pain frais au son d’avoine (le son de blé est assez irritant et souvent moins bien toléré)

SI PERSISTANCE MALGRÉ LES CONSEILS, ENVISAGER UN LAXATIF DE LEST :

– Fibres alimentaires : cf. supra (conseils alimentaires)

– Mucilages : psyllium (graine), sterculia (NORMACOL gomme) 

NB : psyllium à préférer à ispaghul SPAGULAX qui est à risque de bézoard

PSYLLIUM IPHYM GRAINE ENTIERE 100G

1 cuillère à café par jour pendant 3 jours (dans un verre d’eau, de jus, une soupe, compote, etc.)

puis 1 cuillère à café 2 fois par jour pendant 3 jours 

puis 1 cuillère à café 3 fois par jour pendant 3 jours 

puis 1 cuillère à soupe 1 fois par jour pendant 3 jours 

puis 1 cuillère à soupe 2 fois par jour pendant 3 jours 

puis 1 cuillère à soupe 3 fois par jour ensuite.

Arrêter la progression en cas d’efficacité complète obtenue avant. 

En cas de ballonnement, diminuer la dose ou ralentir la progression (cf. fiche colopathie)

OU

Sterculia gomme 62 g/100 g granulé en vrac ( NORMACOL )

1 cuillère-mesure par jour pendant 3 jours après le repas, 

puis 1 cuillère-mesure 2 fois par jour pendant 3 jours

puis 1 cuillère-mesure 3 fois par jour ensuite.

Arrêter la progression en cas d’efficacité complète obtenue avant. 

En cas de ballonnement, diminuer la dose ou ralentir la progression.

SI PERSISTANCE, ENVISAGER UN LAXATIF OSMOTIQUE (APPEL D’EAU) :

– Macrogol : macrogol (FORLAX), macrogol + bicarbonate de sodium, potassium, sodium (MOVICOL)

NB : macrogol à préférer aux polyols (fermentation et réabsorption = ballonnements, flatulences, apport calorique, et efficacité < macrogol) : lactulose (DUPHALAC), lactulose + paraffine/vaseline (MELAXOSE), 

Macrogol 4000 10 g sachet ( MACROGOL 4 000 )

1 à 2 sachets le matin à dissoudre dans un verre d’eau, en cas de constipation malgré : 

– augmentation des fibres (son, pain complet, céréales), fruits, légumes, crudités

– eau riche en magnésium (Hépar…) 

– activité physique

SI PERSISTANCE, ENVISAGER UN AUTRE LAXATIF SELON LA CLINIQUE (DE FAÇON COURTE, OCCASIONNELLE, APRÈS ÉCHEC DES PRÉCÉDENTS…) : 

LAXATIFS DE CONTACT (stimule la muqueuse rectale… risque de dépendance) : 

– bicarbonate de sodium et tartrate acide (EDUCTYL suppo), suppositoire à la glycérine, bisacodyl (DULCOLAX suppo)

(attention à ne pas confondre NORMACOL lavement et NORMACOL gomme…)

Potassium tartrate + bicarbonate de sodium 1,15 g/0,7 g suppositoire ( EDUCTYL Adulte )

1 suppositoire quelques mn avant l’heure choisie de l’exonération.

OU LAXATIFS LUBRIFIANTS (lubrifie… CI si trouble de déglutition ou mobilité oesogastrique, avec risque de pneumopathie lipoïde) :

– paraffine (LANSOYL), paraffine + lactulose (MELAXOSE)

Paraffine huile 78,23% gel oral ( LANSOYL FRAMBOISE )

1 cuillère à soupe 1 à 3 fois par jour à distance des repas pendant 1 à 15 jours.

Ne pas s’aliter dans les 2 heures suivant la prise.

SI PERSISTANCE, ENVISAGER UN LAXATIF STIMULANT (contre-indiqué si insuffisance cardiaque, doit être court car risque de maladie des laxatifs) : 

– bisaocdyl (DULCOLAX cp), bourdaine + cascara + fucus (dragées Fuca)…

SI PERSISTANCE, REVOIR LE DIAGNOSTIC DE CONSTIPATION (CF. SUPRA)

Hors AMM, sont parfois utilisés les laxatifs de préparation aux examens coliques : COLOPEG (mauvais goût), XPREP (au caramel ; 1/2 sachet), CITRAFLEET…

 

Partagez cet article

    [FMC] Ma fiche « première consultation de grossesse »

    (Ca n’est pas le billet du mardi matin en avance, il y aura bien un billet demain matin ^^) 

    Vous devez commencer à en avoir marre de ces articles qui commencent par un tweet… Mais j’avais dit à WhyDoc que je lui filerai ma fiche, donc voilà. Cette fiche est dérivée d’une précédente déjà en ligne. En pratique, je lis chaque paragraphe, et supprime (souvent) / ajoute (rarement) en fonction de ce que je sais et des réponses des patientes (notamment sur l’alcool et le tabac).

     

    ANTICIPER UNE GROSSESSE 

    – Arrêter le tabac, l’alcool 

    – Prendre de la vitamine B9 avant la conception idéalement… 

    – Mettre à jour les vaccinations (rubéole, coqueluche). 

    MEDICAMENTS

    Ne prenez pas de médicaments pendant la grossesse sans demander conseil préalablement à votre médecin ou pharmacien (y compris vos médicaments « usuels »). 

    En cas de douleurs, vous pouvez prendre du paracétamol à raison de 3 grammes par jour. Les AINS (IBUPROFENE, DICLOFENAC, etc.) sont contre-indiqués pendant la grossesse, y compris en pommade. 

    Par contre, il est recommandé de prendre de la vitamine B9 (folate) 0,4 mg/j jusqu’à 8 SA.

    ALCOOL, TABAC

    La règle pendant la grossesse est 0 alcool, 0 tabac… 

    Si vous fumez, vous pouvez bénéficier d’une prise en charge sans limite et sans avance de frais (remboursement par la sécurité sociale) pour les substituts nicotiniques tels que les patchs et gommes… 

    CMV

    Le contact avec les enfants de bas âge est le facteur de risque le plus important. Il faut donc limiter le contact avec les urines, la salive et les larmes des jeunes enfants de moins de 3 ans (surtout s’ils sont gardés en collectivité) pour les femmes enceintes et leurs conjoints :

    ▪Ne pas sucer la cuillère ou la tétine, ne pas finir les repas d’enfants de moins de 3 ans

    ▪Ne pas partager leurs affaires de toilette (gants de toilettes)

    ▪Limiter le contact buccal avec larmes et salive

    ▪Laver soigneusement les mains à l’eau et savon (ou solution hydro-alcoolique) après chaque contact avec l’urine (couche, pot, pyjama, change) des enfants de moins de 3 ans

    LISTERIOSE

    Listeria est une bactérie présente dans le sol, la végétation et l’eau… 

    Il faut donc éviter…

    ▪Fromage à pâte molle au lait cru : enlever la croûte des fromages

    ▪Lait : consommer uniquement les laits pasterurisés, UHT ou stérilisés

    ▪Charcuterie (pâté, rillettes, produits en gelée, jambon…) : préférer les produits pré-emballés aux produits vendus à la coupe ; à consommer rapidement après achat

    ▪Graines germées (soja)

    ▪Poissons crus ou fumés (saumons), crustacés, coquillages crus, tarama non pasteurisé

     

    Et appliquer les règles d’hygiène logiques qui en découlent :

    ▪Cuire les aliments d’origine animale (viandes, poissons)

    ▪Laver les légumes crus et herbes aromatiques

    ▪Conserver les aliments crus (viande, légumes…) séparément des aliments cuits / prêts à être consommés

    ▪Se laver les mains et nettoyer les ustensiles de cuisine qui ont été en contact avec des aliments non cuits

    ▪Nettoyer fréquemment puis désinfecter à l’eau de javel le réfrigérateur

    ▪Réchauffer soigneusement les restes alimentaires et plats cuisinés

    ▪Respecter la chaîne du froid

     

    SALMONELLOSE

    Salmonella (non typhi) est une bactérie parmi les plus courantes dans les toxi-infections alimentaires. 

    Elle se transmet via la viande non cuite (cf. précautions ci-dessus), le lait et les œufs :

    ▪Les conserver au réfrigérateur

    ▪Ne pas consommer d’œufs crus ou mal cuits (blanc et jaune fermes)

    ▪Préparer les produits à base d’œufs sans cuisson le plus près possible du moment de la consommation et les maintenir au froid (mayonnaise, crème, mousse au chocolat, pâtisserie…)

    ▪Eviter de casser les œufs en bordure du récipient utilisé pour faire la préparation (œuf cru…)

    Elle peut également se transmettre par voie oro-fécale… donc l’hygiène des mains après les WC reste importante.

     

    TOXOPLASMOSE

    Ce parasite est présent dans la la litière des chatons, la terre et la viande (provenant d’animaux qui avalent la terre dans laquelle ont déféqué les chats…).

    Consignes :

    ▪Se laver les mains avant les repas et après avoir manipulé viande saignante / terre / sable

    ▪Porter des gants pour jardiner et bien se laver les mains après

    ▪Manger de la viande très cuite et du coup éviter tout ce qui sera de la viande saignante (tartare, fondue bourguignonne, brochettes, méchoui)… Autre astuce pour la viande bleue ou crue : surgeler avant à -20°C au moins, car les kystes ne survivent pas.

    ▪Laver à grande eau les salades, fraises, fruits et légumes crus, herbes aromatiques

    ▪Ce sont surtout les jeunes chatons qui sont infectés pour la première fois par la toxoplasmose (les chats adultes ont déjà été infectés et sont moins susceptibles de transmettre la maladie). Vous pouvez nourrir les chats avec des aliments spécialisés en boîte ou bien cuits (pour éviter la primo-infection), et surtout éviter de toucher leurs excréments (litière à faire nettoyer par quelqu’un d’autre ou avec des gants et de l’eau de javel) ; il n’est pas nécessaire d’éloigner tous les chats pendant la grossesse (et les autres animaux ne peuvent pas être infectés, par ailleurs).

    INFECTIONS URINAIRES ET VAGINALES

    Les infections urinaires sont plus fréquentes pendant la grossesse et nécessitent plus souvent un traitement par antibiotique. N’hésitez pas à consulter en cas de brûlures lors de la miction notamment. 

    Un bilan urinaire sera réalisé chaque mois à l’aide d’une bandelette urinaire. 

    Au 8ème mois, le gynécologue vous proposera une recherche de Streptocoque B par prélèvement vaginal (entre 35 et 38 SA). 

    ECHOGRAPHIES

    Trois échographies sont prévues pendant la grossesse : 

    – 11-13 SA (semaines d’aménorrhées, c’est-à-dire sans règle) : échographie de datation ; 

    – 21-23 SA : échographie de morphologie ;

    – 31-33 SA : échographie de croissance.

    Lors de la première échographie, une prise de sang vous sera proposée pour estimer le risque de trisomie 21. En cas de risque < 1/250, une choriocentèse ou une amiocentèse vous sera proposée pour confirmer ou infirmer le risque. 

    FROTTIS CERVICO-VAGINAL

    Un frottis cervical sera proposé au début de grossesse, si vous avez plus de 25 ans, et que le dernier date de plus de 3 ans. 

     

    SUIVI : diagnostic de grossesse [note : ça en pratique je le supprime… mais ça me sert à faire ma prescription de biologie et à évoquer le dépistage du diabète gestationnel]

    Au cours de la grossesse, plusieurs éléments seront surveillés : 

    – Tension artérielle, poids, 

    – Hauteur utérine, bruits du coeur foetal (à partir du 3ème mois)

    – Bandelette urinaire (glycosurie, protéinurie)

    D’autres examens biologiques seront demandés : 

    – Sérologies toxoplasmose, rubéole (tous les mois si négatif)

    – Glycosurie, protéinurie (tous les mois, si non réalisé par bandelette urinaire)

    – Groupe Rhésus (au début de la grossesse et à 8 mois)

    – RAI si Rhésus D- (au début de la grossesse, à 6 mois, à 8 mois, et en cas de risque entre deux)

    – Sérologie syphilis (au début de la grossesse)

    – Hépatite B (recherche d’Ag HBs au début de la grossesse ou à 6 mois)

    +/- recherche d’anémie par NFS au début de grossesse (systématique à 6 mois)

    +/- sérologie VIH

    +/- glycémie à jeun (âge > 35 ans, IMC > 25, diabète au 1er degré, diabète gestationnel ou macrosomie) : seuil à 0,92 g/l au 1er trimestre pour DG et 1,26 g/l pour DT2 ; à suivre toujours d’HGPO avec 75g de glucose entre 24 et 28 SA 

    (T 0 >= 0,92 g/l  et/ou T 1h >= 1,80 g/l et/ou T 2h >= 1,53 g/l pour diabète gestationnel) 

    Suivi : GAJ < 0,95 et Glycémie à 2h post-prandial < 1,20

    Lors de la première échographie, le risque de trisomie 21 sera estimé par :

    – PAPP-A et bêta-hCG libre (et l’échographie T1)

    Partagez cet article

      L’eczéma ou le psoriasis du conduit auditif externe (ou la puissance de Twitter)

      Petite musique de flashback, couleurs lumineuses, bords flous.

      Il y a 12 ans (et 1 mois et quelques jours). Espagne. Je suis en vacances avec mes parents. Il fait chaud. Je profite de la piscine. 5 jours. Mon oreille droite me démange. Je gratte un peu avec un coton-tige. J’ai mal à l’oreille. Je consulte un médecin. Elle me fait des lavages d’oreille avec une solution dont elle seule semble avoir le secret. Elle me dit de revenir 2 ou 3 jours plus tard. Me refait la même chose. Me dit de revenir. Renettoie mon oreille puis, par désespoir, m’injecte une dose intramusculaire de corticoïdes en lombaire. La douleur cède rapidement. Elle me prend 120€ pour l’ensemble des soins. A posteriori, je crois que seuls Transpole et la SNCF m’ont autant arnaqué. Ca n’était pas ma première otite, et j’en ai assez régulièrement en mettant la tête sous l’eau… ça fait un mal de chien. Mais j’avais retenu quelque chose : les corticoïdes, ça marche bien (… à moins que ça ne soit le temps qui passe).

      Deuxième petite musique. Le réalisateur se débrouillera pour faire comprendre qu’on flashforwarde dans le flashback mais sans revenir dans le présent. 

      Fin 2010. Intenses révisions de DCEM1. Je ressens des démangeaisons à l’intérieur de la même oreille, dans un contexte de poussée d’eczéma qui transforme mes paupières en scrotum de cercopithécidé. Pas le temps de voir un médecin. Il faut bachoter pour ne pas septembrer (même en travaillant un peu toute l’année, la quantité et la précision des informations à délivrer en fin d’année force à ce bachotage). Je repense à l’injection de corticoïdes. Si ça marche en intra-musculaire, quelle puissance ça doit avoir en local ! Les progrès scientifiques se font au prix d’expériences : je vais proposer un nouveau traitement radical de l’otite externe. Je prends mon tube de diprosone pommade, me tapisse le conduit un peu généreusement avec celle-ci et réfléchis à la cravate qui ira bien pour aller chercher mon Nobel. C’est frais et gras dans l’oreille.
      Le soir même, j’ai littéralement envie de me cogner la tête dans un mur (les otites – et autres douleurs inflammatoires – font plus mal la nuit, à cause justement de la diminution physiologique du cortisol la nuit). Je révise autant que possible malgré la douleur, passe une nuit quasi blanche à me tourner dans tous les sens dans le lit de mon 9 m2. J’avale un paracétamol mais c’est un peu juste quand même… J’essaie d’appeler ma Chérie pour un peu de consolation : son portable est coupée (après cet épisode, elle le laisse toujours allumé ^^). Après les dernières épreuves le lendemain (génétique et anglais ?), elle me conduit chez un médecin près de chez elle. Il ne comprend pas que le conduit soit à ce point obstrué (*sifflotement*) et me propose un traitement par gouttes et amoxicilline. J’aurais fait pareil à sa place ^^

      Troisième musique. On revient dans le présent. Les gens se demandent pourquoi on a raconté tout ça, et ils vont être déçus. Il faut s’attendre à ce que certains quittent la salle avant la fin. Ca fait partie de l’oeuvre. 

      Bref, j’ai une expérience personnelle des otites externes et moyennes. Ca fait mal, ça peut rendre une nuit insupportable, ça peut prendre du temps sur les vacances, ça peut probablement rendre un peu fou, et les corticoïdes en local ça peut faire pire que mieux.

       

      Donc quand des patients me demandent quoi faire pour leurs démangeaisons d’oreille, je suis un peu gêné. On peut mettre des corticoïdes mais aucun médicament n’a clairement l’AMM (autorisation de mise sur le marché). Ceux qui ont l’AMM sont des associations de corticoïdes ET antibiotiques (classiquement, ANTIBIOSYNALAR, avec polymyxine E et néomycine). Une vieille recommandation d’ORL de 2001 ou 2002 dit de mettre de la déxaméthasone, mais il n’y a pas de médicament pour les oreilles avec… Autant dire que c’est le foutoir.

      J’ai donc jeté une bouteille à la Twitt-mer…

      Et j’ai obtenu plein de réponses, que j’ai synthétisées ici (un seul traitement à la fois, pas l’ensemble !)

      Bétaméthasone 0,05% activité forte lotion ( DIPROSONE )

      1 application 1 à 2 fois par jour. Dite « méthode @Jaddo_fr, @Matt_Calafiore »

      Bétaméthasone 0,05% activité forte crème ( DIPROSONE )

      1 application 1 à 2 fois par jour, en appliquant sur le doigt et/ou avec un coton tige, de façon douce. Dite « méthode @NoSuperDoc, @Matt_Calafiore, @1Generaliste »

      Hydrocortisone butyrate 0,1% émulsion ( LOCOID )

      1 application 1 à 2 fois par jour, en application sur l’auriculaire. Dite « méthode @phtiriasis »

      Dexaméthasone phosphate 1 mg/mL collyre unidose ( DEXAFREE )

      1 goutte 4 à 6 fois par jour dans l’oreille. Jeter l’unidose après une utilisation. Dite « méthode @Dr_Agibus » (la dexaméthasone est aussi ce qui était recommandé par les ORL dans un document de 2001, tant pis si c’est un collyre pour les yeux).

      Ciprofloxacine + dexaméthasone 3 mg/1 mg/mL instillations auriculaires ( CILOXADEX )

      4 gouttes 2 fois par jour dans l’oreille concernée pendant 7 jours. Agiter le flacon avant chaque utilisation. Dite « méthode de l’AMM mais c’est un peu dommage de mettre de la ciprofloxacine pour un eczéma, non ? »

      (On a aussi parlé de mayonnaise mais @AzmarSG n’est pas médecin et je doute que ça fonctionne 😀 Le BLOXOTO a également été proposé par @sgb2a, mais il n’y a pas de corticoïdes dedans, donc c’est au mieux pour temporiser).

      Dans un prochain billet, on reviendra sur ce #DocTocToc 😉 A mardi prochain !

       

      Partagez cet article

        Journées régionales de médecine 2018 : quelques résumés…

        Vendredi 5 et samedi 6 octobre avaient lieu les Journées Régionales de Médecine (JRM). Elles étaient dédiées au Dr Claude Hossein-Foucher.

        Ces 1,5 jours étaient intéressants et nous avons fait quelques fils Twitter, que je replace ici (cliquez sur le premier tweet, et vous pourrez voir la suite si le sujet vous intéresse).

        1/ Douleur chronique non cancéreuse : où on parle de vocabulaire à utiliser et de douleurs neuropathiques.

        2/ HTA, une cible thérapeutique personnalisée. Session que j’ai eu le plaisir de présenter, avec le Dr Guillaume Ledieu (cardiologue) et le Dr François Provot (néphrologue). Je vous ferai un billet là-dessus prochainement sans doute 🙂

        3/ Comment aborder les questions d’addiction avec les adolescents ? Où on parle de recherche d’identité de l’adolescent et test de ses limites.

        4/ Quand poursuivre une anticoagulation au long cours après une maladie thromboembolique veineuse ?

        5/ Quoi de neuf (la moitié de 18) en diabétologie en 2018 (le double de 9) ? Où on aborde les nouveaux capteurs, les nouveaux traitements à venir et ceux à oublier.

        6/ Conduite à tenir devant une hyperferritinémie ? L’occasion de rappeler mon billet sur le sujet de l’hiver dernier…

        7/ Maladie de Lyme : mythes et réalités… Une première présentation polémique où on rappelle que les tests biologiques sont de piètre qualité.

        8/ L’affaire Levothyrox… une deuxième présentation polémique, non reproduite ici. Mais c’est l’occasion de rappeler ici aussi un précédent billet en plein coeur de « l’affaire ».

        9/ 3 thèses de médecine générale en 20 minutes. On y constate que les femmes enceintes connaissent bien la toxoplasmose, que les enfants ne doivent pas se servir seul et/ou hors repas, et que les médecins évaluent pas mal le risque hémorragique quand ils prescrivent des anticoagulants.

        10/ Gros thread sur la pathologie du runner en ville : on y parle syndrome des loges chroniques, périostite, fracture de fatigue, tendinite du tendon rotulien et du tendon d’Achille, conflit fémoro-acétabulaie.

        11/ Cultures différentes et éducations des enfants : partage d’expériences. On y parle traditions, croyances et confrontation avec le monde médical.

        12/ L’enfant dyslexique sévère. On y parle de la place du médecin parmi les différents partenaires sociaux, paramédicaux, administratifs…

        13/ Traumatismes du poignet. Où on évoque luxation péri-lunarienne, entorse scapho-lunaire (SLAC wrist), fracture du scaphoïde (SNAC wrist), lésion du TFCC, entorse de la MCP du pouce, rupture de la plaque palmaire, mallet finger, jersey finger !

        Voilà ! Si les thématiques vous ont intéressé et que vous êtes un professionnel de santé (en formation initiale ou continue), n’hésitez pas à venir l’an prochain. Dès que nous aurons la date (courant février), je referai un billet de rappel 🙂

        (J’en profite pour rappeler cette technique sur Twitter… comme ça je saurai retrouver comment faire moi-même ^^)

        Partagez cet article

          [FMC] CAT devant une hyperferritinémie

          (Petite nouveauté sur le blog à compter de ce jour : les commentaires des articles vieux de plus de 60 jours sont désactivés. L’activité de réponse empiétait sur le temps libre disponible pour créer de nouveaux articles… Show must go on, et tout ça.)

           

          Parmi mes problèmes fréquents (hebdomadaires), j’ai régulièrement « que faire avec cette hyperferritinémie ? (alors que j’avais dosé devant un VGM bas et que j’espérais tomber sur une hypoferritinémie dans la plupart de ces cas) ». Il y a des trucs comme ça, ça ne veut pas rentrer, alors je me fais des petites fiches… et je profite de cet espace pour les partager.

          Pour rappel, la ferritinémie stocke le fer (4500 atomes/molécule) au niveau des hépatocytes et du système macrophagique (foie, rate) – celle qu’on dose est bien sûr dans le sang… C’est une molécule de l’inflammation, dont la synthèse est stimulée par l’alcool. Sa norme sanguine est entre 30 et 300 ng/ml ; la toxicité viscérale (fibrose hépatique, cardiaque, hypophysaire, pancréatique dont diabète) est attendue pour une ferritinémie chronique au-delà de 1000 ng/ml.

          Voici ma conduite à tenir pratique en médecine générale devant une hyperferritinémie > 300 ng/ml, d’après les sources mises en bas de l’article. Elle est bien sûr ouverte à discussion, utilisable et réutilisable comme vous le voulez (avec la licence qu’utilise François TJP : Do What The Fuck You Want to Public License) 😉 

          1. Revoir le patient avec son bilan biologique pour faire le point. Chercher cliniquement une cause secondaire :
            • consommation d’alcool
            • « syndrome métabolique » (surpoids, sédentarité…)
            • transfusions récentes ou anciennes
            • (antécédents familiaux d’hémochromatose ou de cataractes précoces)
          2. Le cas échéant, demander au patient de réduire sa consommation d’alcool (en sachant qu’après un sevrage en alcool, le fer sérique va passer de élevé à normal en 1 semaine environ, mais que la ferritinémie va passer de élevée à normale en 3 mois environ).
          3. Bilan biologique de première intention : 
            • coefficient de saturation de la transferrine : CSF 
            • glycémie à jeun, cholestérol total, HDL-c, LDL-c, triglycéridémie +/- uricémie (syndrome métabolique)
            • ASAT, ALAT, CPK (lyse cellulaire, hépatique ou musculaire)
            • NFS-réticulocytes +/- haptoglobine (hémolyse)
            • gGT (alcool, syndrome métabolique)… pas forcément un très bon marqueur
            • CRP (inflammation)
            • +/- TSH (hyperthyroïdie, même si c’est plutôt de la 2ème intention…)
          4. Et selon le bilan : soit on a le diagnostic, soit on demande une IRM hépatique (CSF normal), soit on recherche une mutation génétique pour l’hémochromatose (CSF élevé)… Détaillons ça ! Nous avons maintenant 2 grandes situations qui se dégagent :
          • Hyperferritinémie avec CSF normal ou bas (< 45 %)
            • Inflammation (souvent hyperferritinémie discrète < 500 ng/ml)
              • sauf pour la maladie de Still ou arthrite juvénile idiopathique (hyperferritinémie très élevée, avec diminution de la portion glycosylée de la ferritinémie)
              • … et hors médecine générale, il y a aussi le syndrome d’activation macrophagique (fièvre, hypertriglycéridémie, hypofibrinogénémie dans un contexte d’infection virale, de connectivite ou de néoplasme…)
            • Cytolyse éventuellement (même si classiquement, CSF > 45 %)
            • Hépatosidérose dysmétabolique (souvent hyperferritinémie franche entre 600 et 1200 ng/ml)
            • … si ce n’est pas une de ces causes, aller à l’IRM hépatique sans injection pour quantification de la charge hépatique en fer :
              • hépatosidérose dysmétabolique (de loin le plus fréquent, avec une charge hépatique en fer CHF modérée)
              • … et sinon, on ira à un avis spécialisé, avec pour information : 
                • charge en fer faible/nulle :
                  • certaines mutations du gène FTL (plus fréquentes chez les patients Noirs – d’autres mutations vont entraîner une neuroferritinopathie avec hypoferritinémie avec supplémentation en fer délétère !)
                  • maladie de Gaucher (tableau d’hépatosplénomégalie, plus fréquent chez les Juifs Ashkénazes)
                  • syndrome hyperferritinémie/cataracte ou syndrome de Tonneau-Beaumont par mutation du gène FTL également (penser à demander les cataractes précoces dans la famille)
                • charge en fer élevée (> 3N) :
                  • maladie de la ferroportine (hémochromatose de type 4, plutôt chez les Noirs ; elle peut aussi se présenter avec un CSF élevé !)
                  • acéruléoplasminémie (signes extrapyramidaux, ataxie cérébelleuse, anémie, dégénérescence rétinienne)
          • Hyperferritinémie avec CSF élevé (> 40 % chez la femme, > 45 % chez l’homme, à 2 reprises) :
            • Cytolyse, myolyse périphérique ou cardiaque
              • Faire le point ensuite sur l’hépatopathie éventuelle (VHB, VHC, etc.)
            • Ethylisme chronique (la ferritinémie peut être supérieure à 1000 et mettra 3 mois à se corriger)
            • Transfusions massives (anciennes ou récentes)
            • Porphyrie cutanée tardive : y penser devant une dermatose bulleuse des zones photoexposées majorée à l’alcool, et une cytolyse –> dosage des porphyrines urinaires et avis spécialisé
            • … sinon, évoquer une hémochromatose : avis spécialisé et recherche génétique (en attendant le rendez-vous) de mutation C282Y et H63D du gène HFE si CSF > 60 % chez l’homme et > 50 % chez la femme :
              • C282Y +/+ (homozygote) : hémochromatose de type 1. Attention, l’hétérozygotie N’EST PAS une hémochromatose, elle n’élève pas significativement la ferritinémie… sauf si c’est C282Y + / H63D+ (double hétérozygote), d’où l’intérêt de chercher les deux !
              • il existe aussi des hémochromatoses non liées à HFE (type 2 juvénile liée aux gènes HJV, HAMP ; type 3 liée à des mutations du récepteur de la transferrine de type 2 – oui, c’est pratique, le type 3 est lié au type 2)

          Devant une hyperferritinémie chronique, il sera utile de faire une échographie hépatique voire un fibroscan pour évaluer le retentissement. Et devant une hyperferritinémie incomprise > 600-1000 ng/ml persistante à 3 mois, un avis spécialisé restera utile.

          Le traitement découle de la cause : traitement de l’inflammation, de l’hépatopathie ; règles hygiénodiététiques (alcool ou dysmétabolique)… La plupart des hyperferritinémies peuvent être diagnostiquées, expliquées et traitées en médecine générale. Pour les causes rares nécessitant un recours à un avis spécialisé, il existe des molécules type déféroxamine (acéruléoplasminémie, etc.) ou la possibilité de saignées (hémochromatose ou hyperferritinémie avec fibrose hépatique).

          Dernier point : il peut être discuté « dans un souci d’économie et de santé publique » de faire seulement le CSF, puis dans un deuxième temps doser soit les transaminases (CSF haut), soit la CRP et le bilan métabolique (CSF normal). Sauf que 1/ les cytolyses peuvent accompagner un CSF normal ; 2/ il faut revoir le patient pour prescrire le bilan de 2ème temps, et donc coter une consultation à 25€ – ce qui doit être à peu près le coût du bilan complet… 😉

           

          File-WTFPL_logo.svg.png

          Do What the Fuck You Want to Public License (WTFPL)

          Sources (que des sources secondaires, j’ai fait le fainéant) : 

          – www.snfge.org/content/cp002-conduite-tenir-devant-une-hyperferritinemie
          – https://hepatoweb.com/DES/DES_GO/SEMINAIRE_102006/Hyperferritinemie.pdf
          – http://www.fmcgastro.org/wp-content/uploads/file/pdf/387.pdf
          – http://ammppu.org/wordpress/wp-content/uploads/2015/11/hyperferritinemie.pdf
          – merci à @granulomathoz pour ses compléments d’informations sur Twitter

           

          Partagez cet article