Le poids des finances

Cette nouvelle a une histoire particulière, puisqu’il s’agit de la première (re)lue par ma Chérie, et la première de ma période « productive » de 2007 à 2014... Je l’ai diffusée pour la première fois en été 2008.

Humour Burlesque 3 novembre 2007 10 minutes Licence CC-BY

A Mathilde, de qui la perfection a encore beaucoup à apprendre.

Les laboratoires Bomorange m’avaient embauché huit fois ces six dernières années.

Ma totale dévotion à mon métier de laborantin était la raison de ces nombreuses embauches (faisant encore aujourd’hui la fierté de l’ANPE locale). Pour être honnête, je n’étais pas vraiment laborantin ; mais comme c’était le poste indiqué sur la blouse qu’on m’avait fournie, tout le monde faisait comme si je l’étais. Pour la même raison, mes collègues m’appellaient Pierre Plankat. Toutefois, régulièrement, une secrétaire des laboratoires Bomorange se souvenait de mon vrai nom (Louis Cave) et de mon vrai statut (auxiliaire). Mon salaire souffrait péniblement de ce souvenir mensuel.

Ma totale dévotion (auxiliaire) était également la cause des remords qu’exprimaient les sourcils de mes supérieurs chaque fois qu’ils venaient me porter mon annuelle lettre de licenciement. Le froncement de leurs sourcils était imperceptible pour l’œil non expérimenté, mais j’avais appris à le reconnaître dès mon troisième renvoi. Il signifiait trois choses : primo, que l’expert-comptable avait dû débarquer le matin dans le Grand Bureau avec les mains moites et les yeux vifs (ou l’inverse) pour déposer au Grand Patron sa fiche de Grand Salaire ; deuxio, que ledit Grand Patron avait probablement hurlé de tout son Grand Saoul pour que le sus-mentionné expert-comptable lui explique la raison de cet indélicat vide dans la première des six cases destinées à l’indication de son Salaire ; tertio, que j’allais bientôt remanger du cassoulet.

Ainsi, continuellement depuis six ans, j’étais renvoyé par manque de gains et réembauché par manque de mains : d’une certaine manière, les laboratoires Bomorange m’étaient fidèles.

Aux périodes financières « à cinq chiffres », j’étais toujours le seul à me retrouver à la porte (côté extérieur). Je m’étais interrogé sur cette fâcheuse redondance, mais on m’affirma que ça n’avait rien à voir avec la qualité de mon travail. C’était un soulagement car je n’étais pas du genre à me tourner les mouches en regardant voler les pouces au bureau (ou l’inverse).

« En fait, m’expliqua un jour un de mes supérieurs aux sourcils fronçables, le premier licencié est toujours le dernier embauché ». Or, il se trouvait, par une sorte de malheureuse et regrettable coïncidence, que j’étais toujours cette personne. Ainsi, bien que j’aie commencé à travailler au laboratoire avant que l’eau courante n’y fut installée – ce qui avait outré à l’époque les plus pointilleux de l’hygiène – je finissais toujours par me retrouver seul dans mon bureau, un soir morne, à « resceller » mon carton que je ne prenais plus la peine de vider.

Cette coutume avait poussé mes collègues à me surnommer le « recéleur » (« Pierre le recéleur »). Ce sobriquet n’avait pas été sans attirer l’oreille attentive d’un lieutenant de police en mal d’action, venu pour vérifier son taux de cholestérol et reparti avec l’adrénaline plus explosive qu’un feu d’artifice du 15 août. Il avait ensuite passé la soirée à m’interroger au poste, tout en se demandant où il avait rangé les clefs de ses menottes qui commençaient sérieusement à remettre en question l’irrigation de mes mains et leur viabilité future. Je lui expliquai que je m’appelais Louis et non Pierre, que j’étais auxiliaire et pas laborantin. A chaque phrase que je prononçais, il se retournait et demandait fébrilement à un stagiaire apeuré au front trempé s’il avait bien tout noté. Dans ses yeux se lisait la jubilation du policier qui a enfin sous sa main – par veine, irriguée – ce qu’il a attendu toute sa vie : un trafiquant complet, une couverture sans scrupules et des aveux audacieux (ou l’inverse). Il ne lui restait donc plus qu’à me faire avouer où était la drogue.

La soirée fut longue. Plusieurs fois, je lui répondis qu’il faisait erreur mais, bien décidé à trouver la schnouf, les stups, l’herbe ou la came, le lieutenant ne lésina pas sur les moyens de persuasion. Il me proposa d’abord plusieurs lignes de coke, puis de l’argent (beaucoup d’argent), avant d’en venir à un financement à vie en cigarettes, une potentielle remise de potentielle peine, un aquarium de poissons exotiques, une photo dédicacée du commissaire ou encore une cellule isolée avec des rideaux en soie rouge… Ce lieutenant avait des tentations diaboliques qui, rien qu’en y repensant, me font encore frissonner d’envie. Mais il n’en restait pas moins que je n’avais rien fait et que mon âme se portait bien. Et si de toute ma vie je ne l’avais pas vendue au diable, ce n’était pas pour lui échanger contre des rideaux en soie rouge à la première occasion…

Je n’avais aucune drogue à lui balancer et, lorsque je le lui répétai pour la trente-troisième fois (alors qu’il me proposait des adresses pour un juteux trafic de reins), il décida de déclarer forfait et d’attendre la venue du commissaire. Par chance, celui-ci était occupé et plus personne ne se préoccupa de moi. Ce fut lorsque je fis ma troisième syncope, le surlendemain, que le stagiaire apeuré au front trempé se souvint de ce sordide problème des êtres humains qui, s’ils ne sont pas sustentés, finissent immanquablement par mourir. Ce léger souci poussa le commissaire à se demander pourquoi un individu logeait dans ses cellules. Le lieutenant étant absent, personne ne put lui répondre clairement (le stagiaire au front trempé était apeuré). Je fus donc relâché.

Mon Grand Patron n’apprécia pas cette mauvaise publicité et il me le fit savoir en m’initiant au communisme : chaque année depuis, il répartissait ma prime de Noël aux collègues-camarades, qui avaient maintenant un petit sourire réjoui à chaque fois qu’ils m’appelaient « Pierre le recéleur. »

Contrairement à ma personne, deux nombres étaient remarquablement constants aux laboratoires Bomorange : le personnel et mon poids de licenciement.

Etrangement, les laboratoires Bomorange semblaient avoir été prévus pour fonctionner financièrement à 10,43 personnes. J’étais la 0,43ème personne que le Grand Patron employait et désemployait afin de moyenner et revenir chaque fin d’année à 10,43. Pour toutes ces complexes opérations, les laboratoires Bomorange avaient été contraints de faire faire des heures supplémentaires à l’expert-comptable. Etant à l’origine du problème, on m’avait expliqué au moment de la signature de ma quatrième réembauche que je travaillerais bénévolement pendant deux mois afin de rembourser les frais occasionnés. Si j’avais fait manquer quelque chose, c’était bien normal – même si d’une façon ou d’une autre, j’avais la légère impression que tout ceci n’était pas très gentil.

La deuxième constante concernant les laboratoires Bomorange était bien plus surprenante. J’avais remarqué que mes jours de travail restants variaient dans le sens inverse de mon poids et, invariablement, chaque fois que j’atteignais le nombre fatidique de 68,7 kg, je savais qu’il était temps pour moi de faire des provisions en cassoulets. 68,7 kg était mon poids de licenciement.

Après mon septième renvoi, j’avais eu l’audace de demander si je pourrais avoir un golden parachute ou, à défaut, une silver prime de licenciement. Le patron me regarda avec des yeux si grands que je crus bon de mettre mes mains sous ses paupières au cas où ils quitteraient leurs orbites. Il me demanda si j’étais conscient des dépenses supplémentaires que j’occasionnais  chaque fois qu’il me reprenait, si j’avais une infime idée de combien il lui était difficile de faire un choix (et, à l’issue de celui-ci, de toujours me renvoyer), si j’avais une quelconque notion de l’état désastreux des finances et de ce que « prime de licenciement » signifierait pour l’avenir des laboratoires Bomorange et de tous ces patients qui agoniseraient littéralement dans leur sang souillé, laissant veuves et orphelins derrière eux. J’ignorais tout cela et, ne voulant pas être à l’origine de l’extinction de l’espèce humaine, je laissai tomber mon insolente demande.

J’eus d’ailleurs l’impression, à la réception de ma huitième lettre d’embauche que le Grand Patron m’en voulait encore de mon égoïsme. J’avais eu terriblement de mal à tenir ces cinq mois de chômage avec mes maigres économies – d’autant plus que j’avais rencontré une fille superbe dont les robes et soirées m’avaient coûté la télé, le canapé, le salon de la tante Marthe, la voiture et à peu près l’intégralité des meubles de la maison de famille nouvellement hypothéquée. Le jour où je l’invitai chez moi, elle fit une drôle de mine en voyant l’état du salon, qui ressemblait curieusement aux régions les moins décorées du Sahara. Puis elle partit en prétextant avoir oublié de programmer l’enregistrement d’un thriller inédit, contant la traque menée par des gendarmes sur une plage de nudistes de Saint-Tropez. Je ne la revis plus. Si j’avais fait manquer quelque chose, c’était bien normal – même si d’une façon ou d’une autre, j’avais la légère impression que tout ceci n’était pas très gentil.

En attendant patiemment mon huitième recrutement, mon statut prolongé de cassouletovore m’avait fait retrouver mes 61 kilos. La maison était vidée, la femme de ma vie partie en trois semaines et quelques problèmes rénaux me faisaient regretter la dernière offre du lieutenant. Tout cela m’avait mené sur la voie de la raison : il serait bon d’éviter un huitième licenciement.

J’avais un plan.

Puisque les laboratoires Bomorange me renvoyaient systématiquement dès lors que j’atteignais les 68,7 kilos, il me suffisait finalement de me maintenir sous le nombre fatal pour conserver mon travail. C’était simple, mais il fallait y penser.

Deux mois de travail acharné s’écoulèrent. Mon Patron – Grand – parvenait, grâce à un étonnant pouvoir divin, à estimer mon poids avec une précision qui aurait fait craindre le chômage à n’importe quelle balance analytique. Et ses estimations l’inquiétaient de plus en plus : mon poids stagnait. J’avais gagné la première victoire et j’en ricanais sous ma potentielle moustache.

J’eus alors l’impression que la panique gagnait tout le personnel des laboratoires Bomorange, mis au courant de mon machiavélique stratagème. Le Grand Patron avait montré l’exemple en m’apportant des œufs au chocolat pour mes Pâques (nous étions en septembre). Dès lors, il ne se passa plus un matin sans qu’une denrée offerte ne m’attende officiellement sur mon officieuse officine ; et si je ne mangeais pas, on me regardait d’un œil offensif et on s’offusquait de l’offense du refus de l’offrande. Clairement, ils voulaient me voir off

Les chips se multipliaient alors dans le laboratoire à la manière de certains pains il y a quelque 2000 ans. Tous les collègues s’étaient découverts une passion pour la gastronomie et, profitant d’un indéniable talent de goûteur que je m’ignorais jusqu’alors, ils venaient partager leurs nouvelles recettes avec moi. Je ne pouvais également plus traverser le couloir sans que quelqu’un ne profite de l’occasion pour m’inviter à faire plus ample connaissance en buvant un soda ou un café aux distributeurs automatiques, que je suspectais d’avoir été créés pour l’occasion de créer des occasions. Lorsque je fis remarquer que les cocas semblaient avoir subi un traitement « cent » sucres, on me rétorqua qu’il ne s’agissait là que d’une méprise de mon divin palais.

J’étais gavé par cette situation et par mes engraisseurs. Mais le Patron ne s’arrêta pas là. Il fut décrété (le 2 octobre) que nous aurions chaque matin un copieux petit-déjeûner à prendre, afin d’être en forme et faire fonctionner au mieux le laboratoire, financièrement en difficulté. Peu après vint un deuxième impératif : s’appuyant sur quelques récentes théories boliviennes, selon lesquelles un estomac plein permettrait un rendement plus efficace, il nous était expressément demandé de finir nos assiettes à la cantine du laboratoire. Simultanément, les repas devinrent de plus en plus abondants et de plus en plus gras. Jamais de toute ma vie ne m’avait été offert le spectacle de tant de sauces et de tant de graisses !

Mes collègues avaient tous dépassés les 85 kilos. Quant à moi, je parvenais à force d’exercices physiques et de privations à me maintenir à 64,5 kilos. Mes camarades me regardaient de leurs yeux offensifs.

J’eus le pied brisé accidentellement lorsque, le 26 octobre, il reçut pour la huitième fois de la journée un tiroir en fer. Bien que chacun de mes collègues à la main chancelante se défendait d’être incroyablement maladroit, je les soupçonnais néanmoins d’avoir tout fait pour me sédentariser. C’était réussi puisque le médecin du laboratoire me plâtra illico presto (il m’expliqua qu’une radio ou une échographie serait coûteuse pour le laboratoire actuellement en très mauvaise passe – on parlait de « quatre chiffres »). Sans mes quinze kilomètres quotidiens, je montai rapidement à 65, 66 puis 67 kilos. Au laboratoire, tout le monde se montra fort gentil avec moi et, pour mon rétablissement, on m’apporta des chocolats. J’en reçus tellement que j’envisageai sérieusement ma reconversion dans une chocolaterie – ce projet ne tenait toutefois pas la route, puisqu’on me demandait d’exercer mes naturels talents de goûteur sur chacun des multiples échantillons.

Arrivé à 67,9 kilos, je décidai de me reprendre en main.

Je me fis couper les cheveux, je me rasai de près, je fis don de 450 millilitres de sang superflu et, en l’espace de deux jours, j’étais revenu à 67,4 kilos. Je m’inscrivis sur les listes de dons d’organes afin de me débarasser d’un bout de foie ou – mieux – d’un rein (qui allait mieux, ne vous en souciez plus). La mine de mon Patron était si déconfite qu’elle me rappela le foie gras qu’un représentant était venu faire évaluer par l’ « un des plus grands goûteurs du pays » (j’avais dû manger ce jour-là pour six ans de salaire). (Sans chômage).

Visiblement, l’humeur de mon Patron était une référence et chacun décida de l’adopter. J’étais le seul à posséder encore un sourire, jusqu’au jour où, passant près du Grand Bureau, je surpris une inquiétante conversation :

« Il faut faire quelque chose ! suppliai une voix que je crus reconnaître comme celle de William, le supérieur qui m’avait renvoyé les troisième et sixième fois. Nous allons dépasser les 10,43 employés annuels !

– Je sais, je sais, répondit le Grand Patron d’un ton agacé. C’est un drame et nous allons sûrement devoir rendre les clés ! Je sais tout ça !

– Mais, balbutia Billy, on ne pourrait pas tout simplement l’éliminer ? (Une goutte de sueur perla sur mon front)

– J’y ai pensé (ne voulant laisser sa congénère seule, une seconde goutte l’imita). Mais c’est un sournois, il connaît tous nos trucs. Il a déjà dû prévenir un notaire, un avocat ou je ne sais quel autre type enrobé. On finirait à coup sûr en prison…

– Alors, nous sommes fichus ? demanda l’autre dans un souffle.

– Non, j’ai trouvé une autre solution, écoute-moi… »

A ce moment, je dus quitter mon poste d’écoute, car un collègue se dirigeait vers moi avec l’évidente intention de me faire goûter son soufflet au fromage.

Je ne mis pas longtemps avant de connaître le plan du Grand Patron. Le soir même – et tous les soirs qui suivirent – il m’invita au restaurant et commanda pour moi les plats les plus gracieux et les plus graisseux. Ma situation était tout à fait paradoxale : refuser de savoureux aliments m’en amenait de plus délicieux, tandis qu’accepter me rapprochait inéluctablement des cassoulets. C’était une nouvelle forme de torture, incroyablement efficace.

En deux jours de chic-restauration, j’atteignis les 68,3 kilos. Mes cinq heures de sport nocturnes ne suffisaient plus (contre indication médicale, j’avais ôté le plâtre la semaine passée). Le Patron me tenait désormais sous sa croupe toute la journée, pour tous les repas. Je ne pouvais plus rien faire d’autre que grossir. J’étais perdu.

J’eus alors une pensée tout à fait rusée. J’allai à l’hôpital le dimanche suivant et m’arrangeai pour trouver une personne atteinte de gastro-entérite. Il n’y avait qu’un seul cas et, par chance (pour moi), la vieille dame était seule et abandonnée. Elle fut agréablement surprise de ma visite et, pour me faire pardonner de mon opportunisme, je lui fis ensuite livrer chaque jour un bouquet de fleurs et des boîtes de chocolats (entamées) jusqu’à son rétablissement.

Le lundi, je fus terriblement malade (j’avais également fait un détour par le service de parasitologie pour m’assurer que tout irait mal). Je passais tellement de temps à vomir que mon Patron en perdit son sourire retroussé (et retrouvé depuis nos sorties au restaurant). En deux jours, je ne mangeais rien que je ne vomissais, et je fis tellement de sport que je redescendis à 64,6 kilos. Le diable pouvait me tenter, je lui avais déjà résisté une fois et j’avais bien l’intention de recommencer !

Je continuai pendant trois semaines mon héroïque résistance, mais le Grand Patron ne céda pas. Il me fit vomir les plats les plus riches (dans tous les sens du terme) de tous les plus grands restaurants de la ville. Grâce à l’aide des éminents professeurs, ayant dévoué leur vie à rotavirus, qu’il me fit rencontrer, je fus promptement rétabli. Je pus encore simuler pendant quelque temps un manque d’appétit, mais je sentais que, contrairement à la faim, la fin était proche.

En effet, lorsque ma pleine guérison fut décrétée, tout le monde redoubla d’effort. Je mangeais par jour tellement d’hamburgers, de frites, de sauces, de chocolats, de biscuits et de chips que je demeure encore aujourd’hui une référence en la matière dans les concours de bouffe des kermesses du canton.

Je me pesai un vendredi matin et alors, je sus… En franchissant la porte du laboratoire d’un pas lourd, je vis mes collègues (maintenant tous proches des 120 kilos) dans le couloir. Ils s’étaient mis de part et d’autre afin de ne me laisser qu’une allée, au bout de laquelle se trouvait le Grand Patron. Tout de noir vêtu, les bras croisés, le visage impassible et la lettre de renvoi à la main, il ne fit pas un mouvement. Tous me regardaient comme des spectateurs d’un combat de gladiateurs, la bave aux lèvres et les yeux plissés de sournoiserie… Chacun de mes pas, à l’opposé de la porte qu’on allait bientôt m’inviter à prendre, se faisait plus léger que le précédent. Je repensais au fer brisé par ma lame, lorsque j’ouvrais une boîte de cassoulet dont le fumet m’emplissait déjà les narines. Plus personne n’allait m’obliger à manger des plats de sauces avec des oiseaux, amphibiens, mammifères exotiques en voie de disparition baignant dedans (ou des soufflets au fromage). Cela valait bien un huitième renvoi.

Je demandai si je pourrais obtenir une prime de licenciement. Le Patron m’expliqua qu’aux laboratoires Bomorange, j’appartenais définitivement à un groupe « sans gain », et que je ne pourrais recevoir qu’un « à plus ».

Je ne mis pas longtemps avant de trouver un nouvel emploi au sein d’une autre entreprise. Je mettais maintenant en boîte des cassoulets et, bien que le bruit des machines n’était pas très agréable, mes collègues eux l’étaient. Ils m’appelaient Louis !

Je n’avais pas attendu que les laboratoires Bomorange me recontactent une neuvième fois. Et j’avais bien fait car j’appris quelques semaines plus tard qu’ils avaient été contraints de fermer, après que le fisc se soit intéressé de près aux frais de restauration exorbitants du patron.

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