{"id":2679,"date":"2018-10-24T10:33:26","date_gmt":"2018-10-24T09:33:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.mimiryudo.com\/blog\/?p=2679"},"modified":"2018-10-24T10:43:29","modified_gmt":"2018-10-24T09:43:29","slug":"demences-billet-1-definitions-historiques-et-actuelles-des-demences","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mimiryudo.com\/blog\/2018\/10\/demences-billet-1-definitions-historiques-et-actuelles-des-demences\/","title":{"rendered":"D\u00e9mences, billet 1 : d\u00e9finitions historiques et actuelles des d\u00e9mences"},"content":{"rendered":"<p>Bonjour \u00e0 tous !<\/p>\n<p>Dans 2 mois 1\/2, je pr\u00e9sente un travail\u00a0sur\u00a0la maladie d&rsquo;Alzheimer, et la recherche de facteurs de risque par fouille de donn\u00e9es dans la base hospitali\u00e8re du PMSI.<\/p>\n<p>Je suis en pleine \u00e9criture, et\u00a0finalement je me dis que c&rsquo;est tout \u00e0 fait partageable ici pour ceux que \u00e7a int\u00e9resse. Je vous propose donc une premi\u00e8re partie sur les d\u00e9finitions des d\u00e9mences. Il y a sans doute pas mal d&rsquo;erreurs ou maladresses, car je n&rsquo;ai pas encore pris le temps de relire finement ce que j&rsquo;ai \u00e9crit&#8230; Si \u00e7a vous branche, que vous lisez et que vous avez des remarques de tout ordre, \u00e9videmment \u00e7a m&rsquo;int\u00e9resse&#8230; au moins jusqu&rsquo;au rendu du document pr\u00e9vu le 14 novembre (apr\u00e8s vous savez ce que c&rsquo;est :\u00a0on rend un document absolument parfait le 14, on le rouvre\u00a0le 16\u00a0et on se rend compte qu&rsquo;on a fait 5 fautes d&rsquo;accord normalement punies en CE1 sur les 2 premi\u00e8res pages&#8230; donc si en plus vous vous amusez apr\u00e8s le 14 novembre \u00e0 toutes me les pointer, je vais passer un mauvais mois de d\u00e9cembre :D)<\/p>\n<p>Je commence ma (tr\u00e8s) longue introduction par les d\u00e9finitions des d\u00e9mences.<\/p>\n<h2>1.1\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Historique du terme de d\u00e9mence<\/h2>\n<p>Le concept de d\u00e9mence <em>(demens, dementia) <\/em>remonte \u00e0 l\u2019Antiquit\u00e9 [1]. Initialement, le terme \u00e9tait un synonyme de <em>folie<\/em>, et regroupait la perte de l\u2019esprit ou de l\u2019intelligence et les comportements extravagants, hors des normes sociales (d\u00e9lires, manies\u2026) [2]. Les premi\u00e8res d\u00e9finitions \u00e9taient politiques et juridiques pour invalider un testament et att\u00e9nuer une responsabilit\u00e9. Ainsi, pour Solon (638 &#8211; 558 avant J\u00e9sus-Christ), \u00ab\u00a0l\u2019alt\u00e9ration du jugement ou de la volont\u00e9 d\u2019un individu le prive du droit de disposer comme il l\u2019entend de ses biens, et invalide son testament\u00a0\u00bb. Platon (427 &#8211; 347 avant J\u00e9sus-Christ) \u00e9crivait que \u00ab\u00a0les troubles mentaux des vieillards pouvaient excuser certains crimes, comme le sacril\u00e8ge, la perfidie ou la trahison\u00a0\u00bb [1,3]. A la m\u00eame \u00e9poque, D\u00e9mocrite (de la cit\u00e9 d\u2019Abd\u00e8re) cherchait le si\u00e8ge de la raison en diss\u00e9quant des animaux\u00a0; cette obsession lui valut une consultation par Hippocrate, appel\u00e9 par les Abd\u00e9ritains inquiets [4].<\/p>\n<p>Quatre si\u00e8cles plus tard, Celse (25 avant J\u00e9sus-Christ, 50 apr\u00e8s J\u00e9sus-Christ) distingue 3 vari\u00e9t\u00e9s d\u2019<em>insania dans<\/em>son livre III, selon leur dur\u00e9e, aigu\u00eb, interm\u00e9diaire ou prolong\u00e9e\u00a0: la fr\u00e9n\u00e9sie (<em>phrenitis<\/em>, par exemple la fi\u00e8vre), la m\u00e9lancolie (<em>melaina chole<\/em>), l\u2019<em>insania <\/em>prolong\u00e9e avec hallucinations <em>(qui imaginibus faliuntur)<\/em>ou avec d\u00e9faillance mentale <em>(qui mente faliuntur).<\/em>Dans la Satire X, Juv\u00e9nal (47 &#8211; 128) fait le v\u0153u d\u2019un esprit sain dans un corps sain<a name=\"_ftnref1\"><\/a>[1]. Il cite diff\u00e9rents maux et dit que\u00ab de toutes les blessures corporelles, la <em>d\u00e9mence<\/em>est de loin la pire. Celui qui en est atteint ne sait plus le nom de ses esclaves, ne reconna\u00eet plus l\u2019ami avec qui il a d\u00een\u00e9 la veille, ni les enfants qu\u2019il a engendr\u00e9s et \u00e9lev\u00e9s\u00a0; et par un cruel testament, il d\u00e9sh\u00e9rite les siens et fait don de toutes ses propri\u00e9t\u00e9s<a name=\"_ftnref2\"><\/a>[2]\u00a0\u00bb[1].<\/p>\n<p>Galien (129 &#8211; 200) reprend Celse\u00a0; il introduit la <em>dementia<\/em>dans son catalogue des d\u00e9sordres mentaux, dans lequel figure \u00e9galement la notion de s\u00e9nilit\u00e9, in\u00e9vitable et incurable [2,5].<\/p>\n<p>Le terme de d\u00e9mence a continu\u00e9 \u00e0 \u00e9voluer au fil des si\u00e8cles. Il appara\u00eet en langue fran\u00e7aise d\u00e8s 1381 [6], mais son emploi reste rare et on lui pr\u00e9f\u00e8re le terme de <em>fol <\/em>ou <em>folie<\/em>(d\u00e9riv\u00e9 du latin <em>follis<\/em>, signifiant ballon gonfl\u00e9 d\u2019air) [2].<\/p>\n<p>Au XVII<sup>\u00e8me<\/sup>si\u00e8cle, le juriste italien et fondateur de la m\u00e9decine l\u00e9gale, Paolo Zacchias (1584 &#8211; 1659), nomme <em>dementia<\/em>l\u2019ensemble des troubles mentaux diminuant la raison [5].<\/p>\n<p>Dans son <em>Physical Dictionary<\/em>, Steven Blankaard (1650-1704) d\u00e9finit pour la premi\u00e8re fois dans un ouvrage m\u00e9dical la d\u00e9mence comme \u00ab\u00a0l\u2019extinction de l\u2019imagination et du jugement\u00a0\u00bb [6].<\/p>\n<p>En 1764, Fran\u00e7ois Boissier de Sauvage de Lacroix, contemporain de Carl von Linn\u00e9, ordonne m\u00e9thodiquement 2400 maladies dans son ouvrage <em>Nosologia Methodica sistens morborum classes<\/em>. La d\u00e9mence <em>(amentia)<\/em>y appara\u00eet dans la classe des \u00ab\u00a0v\u00e9sanies\u00a0\u00bb et l\u2019ordre des \u00ab\u00a0d\u00e9lires\u00a0\u00bb, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ali\u00e9nation, la m\u00e9lancholie, la folie et la d\u00e9monomanie [7].<\/p>\n<p>En 1785, l\u2019\u00e9cossais William Cullen (1710-1790) publie un autre ouvrage de nosographie\u00a0: <em>Synopsis nosologiae methodicae. <\/em>Il y introduit le concept de n\u00e9vrose et distingue l\u2019erreur de jugement (<em>d\u00e9lire<\/em>) de la faiblesse de jugement (<em>fatuity<\/em>) [8]. En 1797, le m\u00e9decin ali\u00e9niste fran\u00e7ais Philippe Pinel traduit la <em>fatuity <\/em>par la d\u00e9mence, et pr\u00e9cise sa d\u00e9finition\u00a0: \u00ab\u00a0succession rapide, ou plut\u00f4t alternative non interrompue, d\u2019id\u00e9es isol\u00e9es et d\u2019\u00e9motions l\u00e9g\u00e8res et disparates, mouvements d\u00e9sordonn\u00e9s et actes successifs, d\u2019extravagance, oubli complet de tout \u00e9tat ant\u00e9rieur, abolition de la facult\u00e9 d\u2019apercevoir les objets par les impressions faites sur les sens, oblit\u00e9ration du jugement, activit\u00e9 continuelle sans but et sans dessein, et sorte d\u2019existence automatique\u00a0\u00bb [6,9]. Son \u00e9l\u00e8ve Jean-Etienne Esquirol (le premier \u00e0 avoir d\u00e9crit m\u00e9dicalement la trisomie 21), met en avant en 1838 l\u2019affaiblissement de la sensibilit\u00e9, de l\u2019intelligence et de la volont\u00e9. Il finit ainsi de s\u00e9parer la d\u00e9mence de la manie, la m\u00e9lancolie et des retards mentaux\u00a0; il \u00e9crit que \u00ab\u00a0l\u2019homme en d\u00e9mence est priv\u00e9 des biens dont il jouissait autrefois\u00a0: c\u2019est un riche devenu pauvre\u00a0\u00bb [8,9].<\/p>\n<p>A partir du XIX<sup>\u00e8me<\/sup>si\u00e8cle, plusieurs \u00ab d\u00e9mences\u00a0\u00bb sont \u00e9lucid\u00e9es. En 1822, Antoine-Laurent Bayle relie pour la premi\u00e8re fois un type de d\u00e9mence (\u00ab\u00a0paralysie g\u00e9n\u00e9rale\u00a0\u00bb) et une l\u00e9sion organique c\u00e9r\u00e9brale (m\u00e9ningite chronique, qui se r\u00e9v\u00e8lera un si\u00e8cle plus tard correspondre \u00e0 la neurosyphilis) [8]. L\u2019introduction de \u00ab\u00a0d\u00e9mence\u00a0\u00bb dans le dictionnaire de Dechambre en 1882 par Benjamin Ball et Etienne Chambard, est consid\u00e9r\u00e9e comme le point de d\u00e9part du concept de d\u00e9mence utilis\u00e9 au XX\u00e8me si\u00e8cle\u00a0: \u00ab\u00a0la d\u00e9mence n\u2019est ni une entit\u00e9 morbide ni une affection primitive. C\u2019est l\u2019expression clinique, variable selon les conditions qui la d\u00e9terminent, d\u2019une d\u00e9ch\u00e9ance progressive des fonctions de la vie psychique\u00a0; la chronicit\u00e9 et l\u2019incurabilit\u00e9 en sont les deux caract\u00e8res principaux ce qui la distingue des autres d\u00e9ch\u00e9ances intellectuelles et morales, passag\u00e8res et curables\u00a0\u00bb [2].<\/p>\n<p>En 1892, Blocq et Marinesco observent pour la premi\u00e8re fois les plaques s\u00e9niles que Redlich, en 1898, rattachera \u00e0 la d\u00e9mence s\u00e9nile [10].<\/p>\n<p>La reconnaissance du caract\u00e8re organique de la d\u00e9mence va se poursuivre durant le XX<sup>\u00e8me<\/sup>si\u00e8cle. En 1901, Alois Alzheimer suit Auguste Deter, une femme de 50 ans atteinte de d\u00e9mence. Apr\u00e8s son d\u00e9c\u00e8s, 5 ans plus tard, il communiquera sur cette pathologie appel\u00e9e \u00ab\u00a0d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence neuro-fibrillaire\u00a0\u00bb mais retiendra peu l\u2019attention. Son coll\u00e8gue et mentor, Emil Kraepelin, retiendra l\u2019appellation de \u00ab\u00a0maladie d\u2019Alzheimer\u00a0\u00bb pour ces formes de \u00ab\u00a0d\u00e9mences pr\u00e9-s\u00e9niles avec d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence neuro-fibrillaire\u00a0\u00bb, affection consid\u00e9r\u00e9e rare [8].<\/p>\n<p>Peu \u00e0 peu au cours du XX<sup>\u00e8me<\/sup>si\u00e8cle, d\u2019autres d\u00e9mences s\u2019individualisent\u00a0: maladie de Pick, d\u00e9mence \u00e0 corps de Lewy, d\u00e9mence cortico-basale\u2026 [2,8]<\/p>\n<p>Il faut attendre 1968 pour que Blessed, Tomlinson et Roth montrent que beaucoup de \u00ab\u00a0d\u00e9mences s\u00e9niles\u00a0\u00bb s\u2019accompagnaient de crit\u00e8res cliniques et anatomopathologiques proches de la maladie d\u2019Alzheimer [1]. En 1975, Katzman et Karasu conclurent que les cas de d\u00e9mences s\u00e9niles devraient \u00eatre inclus dans le diagnostic de maladie d\u2019Alzheimer et que la d\u00e9mence d\u2019Alzheimer serait en fait la 4<sup>\u00e8me<\/sup>ou 5<sup>\u00e8me<\/sup>cause de d\u00e9c\u00e8s, alors qu\u2019elle n\u2019est pas list\u00e9e dans les 200 principales causes de d\u00e9c\u00e8s selon les tables statistiques am\u00e9ricaines [11,12]. L\u2019opinion commence \u00e0 \u00eatre sensibilis\u00e9e et en 1977 a lieu \u00e0 Londres le premier congr\u00e8s mondial sur \u00ab\u00a0la d\u00e9mence d\u2019Alzheimer et les autres d\u00e9mences s\u00e9niles\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>A partir des ann\u00e9es 1980 et la 3<sup>\u00e8me<\/sup>\u00e9dition du <em>Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders <\/em>(DSM-III), la d\u00e9mence n\u2019est plus d\u00e9finie par le d\u00e9ficit de l\u2019intelligence, du jugement ou de la pens\u00e9e abstraite, mais pas un d\u00e9ficit mn\u00e9sique associ\u00e9 \u00e0 au moins un autre d\u00e9ficit des fonctions sup\u00e9rieures, d\u2019intensit\u00e9 suffisant pour retentir sur la vie quotidienne. La nouvelle d\u00e9finition exige une origine organique, rejetant la notion de d\u00e9mences v\u00e9saniques (d\u00e9mences fonctionnelles terminales d\u2019affections psychotiques, sans l\u00e9sion anatomopathologique)[2].<\/p>\n<h2>1.2\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0D\u00e9finitions actuelles des d\u00e9mences<\/h2>\n<p>La d\u00e9mence est un syndrome, dont il existe plusieurs d\u00e9finitions en 2018. Les deux principales sont celles de la classification internationale des maladies (CIM) et du manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux.<\/p>\n<h3>1.2.1\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Classification internationale des maladies<\/h3>\n<p>Le Bureau International de Statistique de Paris a publi\u00e9 la premi\u00e8re classification des causes de d\u00e9c\u00e8s en 1893, sous l\u2019impulsion de Jacques Bertillon. Sa cr\u00e9ation est inspir\u00e9e des classifications nosographiques de Fran\u00e7ois Bossier de Sauvage de Lacroix et William Cullen, ainsi que des travaux de John Graunt (1620-1674) sur le calcul de tables de mortalit\u00e9 \u00e0 partir des <em>London Bills of Mortality<\/em>et des travaux de William Farr en surveillance \u00e9pid\u00e9miologique (1807-1883) [13].<\/p>\n<p>Entre les deux Guerres, le Bureau de Sant\u00e9 de la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations a poursuivi la r\u00e9vision d\u00e9cennale de la classification de Bertillon pour la 5<sup>\u00e8me<\/sup>\u00e9dition en 1938. L\u2019Organisation Mondiale de la Sant\u00e9 (OMS) a logiquement repris cette mission d\u00e8s sa cr\u00e9ation en 1945. En 1948, la sixi\u00e8me r\u00e9vision ne s\u2019int\u00e9ressa plus seulement aux causes de d\u00e9c\u00e8s, mais plus largement aux causes de morbi-mortalit\u00e9\u00a0; la classification des causes de d\u00e9c\u00e8s devint la CIM [14]. La CIM-6 inclue pour la premi\u00e8re fois une section de troubles mentaux.<\/p>\n<p>L\u2019OMS a publi\u00e9 la dixi\u00e8me version de la CIM (CIM-10) en 1990. La d\u00e9mence y \u00e9tait d\u00e9finie comme\u00a0: \u00ab\u00a0un syndrome d\u00fb \u00e0 une maladie du cerveau, g\u00e9n\u00e9ralement de nature chronique ou progressive, dans laquelle il y a perturbation de multiples fonctions corticales sup\u00e9rieures, dont la m\u00e9moire, la pens\u00e9e, l&rsquo;orientation, la compr\u00e9hension, le calcul, la capacit\u00e9 d&rsquo;apprentissage, le langage et le jugement. La conscience n&rsquo;est pas obscurcie. Les d\u00e9ficiences des fonctions cognitives sont g\u00e9n\u00e9ralement accompagn\u00e9es, et parfois pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es, d&rsquo;une d\u00e9t\u00e9rioration du contr\u00f4le \u00e9motionnel, du comportement social ou de la motivation. Ce syndrome survient dans la maladie d&rsquo;Alzheimer, dans la maladie vasculaire c\u00e9r\u00e9brale et dans d&rsquo;autres affections touchant principalement ou secondairement le cerveau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En mai 2019, l\u2019OMS devrait adopter la CIM-11 [15,16]. La d\u00e9mence est d\u00e9finie comme\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>un syndrome c\u00e9r\u00e9bral acquis,<\/li>\n<li>caract\u00e9ris\u00e9 par un d\u00e9clin par rapport \u00e0 un niveau ant\u00e9rieur de fonctionnement cognitif,<\/li>\n<li>avec une d\u00e9ficience dans deux domaines cognitifs ou plus (m\u00e9moire, fonctions ex\u00e9cutives, attention, langage, cognition et jugement sociaux, vitesse psychomotrice, capacit\u00e9s visuo-perceptuelles ou visuospatiales),<\/li>\n<li>ne pouvant \u00eatre enti\u00e8rement attribuable au vieillissement normal,<\/li>\n<li>interf\u00e9rant de fa\u00e7on significative avec l&rsquo;autonomie de la personne dans l&rsquo;ex\u00e9cution des activit\u00e9s de la vie quotidienne [16].<\/li>\n<\/ul>\n<p>L\u2019ensemble de ces conditions sont n\u00e9cessaires pour retenir le diagnostic de d\u00e9mence. Il est \u00e9galement pr\u00e9cis\u00e9 que \u00ab\u00a0selon les donn\u00e9es probantes disponibles, la d\u00e9ficience cognitive est attribu\u00e9e ou pr\u00e9sum\u00e9e \u00eatre attribuable \u00e0 un trouble neurologique ou m\u00e9dical qui affecte le cerveau, un traumatisme, une carence nutritionnelle, l&rsquo;utilisation chronique de substances ou de m\u00e9dicaments sp\u00e9cifiques ou l&rsquo;exposition \u00e0 des m\u00e9taux lourds ou autres toxines\u00a0\u00bb [16].<\/p>\n<p>Dans cette 11<sup>\u00e8me<\/sup>\u00e9dition de la CIM, la d\u00e9mence a initialement \u00e9t\u00e9 class\u00e9e dans le chapitre des maladies du syst\u00e8me nerveux (neurologie) pour la premi\u00e8re fois, avant d\u2019\u00eatre reclass\u00e9e dans le chapitre des troubles mentaux, du comportement ou neuro-d\u00e9veloppementaux (psychiatrie) [17].<\/p>\n<h3>1.2.2\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux<\/h3>\n<p>En 1950, le premier congr\u00e8s mondial de psychiatrie \u00e0 Paris montre que les \u00e9changes internationaux sont compliqu\u00e9s par l\u2019existence de terminologies diff\u00e9rentes, avec certains termes semblables utilis\u00e9s pour d\u00e9signer des concepts diff\u00e9rents entre la classification de Kraepelin, la classification de l\u2019\u00e9cole fran\u00e7aise (CIM-5) et celle de l\u2019Association Am\u00e9ricaine de Psychiatrie [14].<\/p>\n<p>Deux ans apr\u00e8s, l\u2019Association Am\u00e9ricaine de Psychiatrie publie la premi\u00e8re \u00e9dition de son <em>DSM<\/em>[14]. Les deux premi\u00e8res \u00e9ditions (1952,\u00a01968) \u00e9taient influenc\u00e9es par la psychopathologie psychanalytique et suivaient une structuration entre psychoses et n\u00e9vroses. Le <em>DSM-III<\/em>, dirig\u00e9 par Robert Spitzer, repose sur un mod\u00e8le biom\u00e9dical et constitue une r\u00e9volution taxinomique [14,18].<\/p>\n<p>L\u2019Association Am\u00e9ricaine de Psychiatrie a publi\u00e9 le DSM-5 en mai 2013 [19]. Contrairement au DSM-IV, les troubles de m\u00e9moire ne sont plus essentiels pour porter le diagnostic, compte tenu de l\u2019existence de types de d\u00e9mences pour lesquelles ces troubles apparaissent tardivement (d\u00e9mence fronto-temporale par exemple).<\/p>\n<p>La d\u00e9mence y est nomm\u00e9e \u00ab\u00a0trouble neurocognitif majeur\u00a0\u00bb et r\u00e9pond aux crit\u00e8res diagnostiques suivants\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>\u00c9vidence d&rsquo;un d\u00e9clin cognitif significatif par rapport au niveau de performance ant\u00e9rieur dans un ou plusieurs domaines cognitifs (attention complexe, fonctions ex\u00e9cutives, apprentissage et m\u00e9moire, langage, perception-motricit\u00e9 ou cognition sociale) sur la base :\n<ul>\n<li>d&rsquo;une pr\u00e9occupation de l&rsquo;individu, d&rsquo;un informateur bien inform\u00e9, ou du clinicien quant \u00e0 un d\u00e9clin significatif de la fonction cognitive ; et<\/li>\n<li>d&rsquo;un d\u00e9ficit de la performance cognitive, de pr\u00e9f\u00e9rence document\u00e9 par des tests neuropsychologiques standardis\u00e9s ou, en leur absence, une autre \u00e9valuation clinique quantifi\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li>Interf\u00e9rence des d\u00e9ficits cognitifs avec l&rsquo;ind\u00e9pendance dans les activit\u00e9s quotidiennes (au minimum, besoin d&rsquo;aide pour les activit\u00e9s instrumentales complexes de la vie quotidienne telles que le paiement des factures ou la gestion des m\u00e9dicaments),<\/li>\n<li>Production des d\u00e9ficits cognitifs non exclusivement dans le cadre d&rsquo;un d\u00e9lirium,<\/li>\n<li>Absence d\u2019autre trouble mental expliquant mieux les d\u00e9ficits cognitifs (par exemple, trouble d\u00e9pressif majeur ou schizophr\u00e9nie).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le trouble neurocognitif peut \u00eatre l\u00e9ger (interf\u00e9rence avec les activit\u00e9s instrumentales telles que les travaux m\u00e9nagers ou la gestion du budget), mod\u00e9r\u00e9 (interf\u00e9rence avec les activit\u00e9s de base telles que l\u2019alimentation ou l\u2019habillage) ou s\u00e9v\u00e8re (d\u00e9pendance totale)\u00a0[19].<\/p>\n<p>Par souci de coh\u00e9rence, compte tenu de l\u2019utilisation pr\u00e9f\u00e9rentielle de la CIM-10 (notamment dans les grandes bases de donn\u00e9es), nous retiendrons le terme de \u00ab\u00a0d\u00e9mence\u00a0\u00bb dans l\u2019ensemble du document et non de \u00ab\u00a0trouble neurocognitif majeur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn1\"><\/a>[1]En version originale\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Mens sana in corpore sano.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\"><\/a>[2]En version originale\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Sed omni membrorum damno major dementia, qu\u00e6 nec nomina servorum, nec vultum agnoscit amici cum quo pr\u00e6terita c\u0153navit nocte, nec illos quos genuit, quos eduxit. Nam codice s\u00e6vo heredes vetat esse suos. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques :\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>[1]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Gzil Fabrice. Pr\u00e9sentation de la premi\u00e8re partie. Mal. Alzheimer Probl\u00e8mes Philos., Presses Universitaires de France; 2009, p. 15\u20138.<\/p>\n<p>[2]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Derouesn\u00e9 C. [Alzheimer and Alzheimer\u2019s disease: the present enlighted by the past. An historical approach]. Psychol Neuropsychiatr Vieil 2008;6:115\u201328. doi:10.1684\/pnv.2008.0122.<\/p>\n<p>[3]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Porro A, Cristini C. Histoire des \u00e9volutions d\u00e9mentielles. D\u00e9mences Au Croisem. Non-Savoirs, Presses de l\u2019EHESP; 2012, p. 197\u2013208.<\/p>\n<p>[4]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Jouanna J. Hippocrate. Fayard; 2014.<\/p>\n<p>[5]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Haustgen T. D\u2019Hippocrate au DSM-5\u202f: vingt-cinq si\u00e8cles de classifications psychiatriques. \/data\/revues\/00034487\/v172i8\/S0003448714001966\/ 2014.<\/p>\n<p>[6]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Berrios GE. Dementia during the seventeenth and eighteenth centuries: a conceptual history. Psychol Med 1987;17:829. doi:10.1017\/S0033291700000623.<\/p>\n<p>[7]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Nosologia methodica sistens morborum classes, genera et species, juxta Sydenhami mentem et botanicorum ordinem, auctore Francisco Boissier de Sauvages, &#8230; Complectens morborum classes 10. cum Prolegomenis. typis, &amp; impensis Nicolai Pezzanae; 1764.<\/p>\n<p>[8]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dubois B, Michon A. D\u00e9mences. Doin; 2015.<\/p>\n<p>[9]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Albou Philippe. Esquirol et la d\u00e9mence. Hist Sci M\u00e9dicales 2012;1:45\u201353.<\/p>\n<p>[10]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Blanchard F, Munsch F, Novella J-L, Munsch-Roux K, Ankri J, Duarte F, et al. Grand \u00e2ge et d\u00e9sorientation. G\u00e9rontologie Soci\u00e9t\u00e9 2001;24 \/ n\u00b0 98:197\u2013218. doi:10.3917\/gs.098.0197.<\/p>\n<p>[11]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Katzman R, Karasu TB. Differential diagnosis of dementia. Neurol Sens Disord Elder 1975;103.<\/p>\n<p>[12]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Katzman R. Editorial: The prevalence and malignancy of Alzheimer disease. A major killer. Arch Neurol 1976;33:217\u20138.<\/p>\n<p>[13]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Knibbs SG. History of the development of the ICD n.d.:10.<\/p>\n<p>[14]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Garrab\u00e9 J. Approche historique des classifications en psychiatrie. Ann M\u00e9d-Psychol Rev Psychiatr 2011;169:244\u20137. doi:10.1016\/j.amp.2011.03.002.<\/p>\n<p>[15]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 WHO | International Classification of Diseases (ICD). WHO n.d. http:\/\/www.who.int\/classifications\/icd\/en\/# (accessed October 28, 2013).<\/p>\n<p>[16]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 World Health Organization. ICD-11 &#8211; Mortality and Morbidity Statistics 2018. https:\/\/icd.who.int\/dev11\/l-m\/en#\/http:\/\/id.who.int\/icd\/entity\/546689346 (accessed June 9, 2018).<\/p>\n<p>[17]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Sathyanarayana Rao TS, Jacob KS, Shaji KS, Raju MSVK, Bhide AV, Rao GP, et al. Dementia and the International Classification of Diseases-11 (Beta Version). Indian J Psychiatry 2017;59:1\u20132. doi:10.4103\/psychiatry.IndianJPsychiatry_66_17.<\/p>\n<p>[18]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bercherie P. Pourquoi le DSM\u202f? L\u2019obsolescence des fondements du diagnostic psychiatrique. Inf Psychiatr 2010;me 86:635\u201340. doi:10.3917\/inpsy.8607.0635.<\/p>\n<p>[19]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Association AP. DSM-5 &#8211; Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Elsevier Masson; 2015.<\/p>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID2679\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"2679\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-2679\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/www.mimiryudo.com\/blog\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bonjour \u00e0 tous ! 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