ECN et ministère de la santé

Un jour je vous raconterai vraiment les ECN 2011 et le retour du come-back de la LCA foirée. J’ai abordé le sujet plusieurs fois, mais jamais en fond. Ca sera ma psychothérapie.

Pour rappel, pour ceux qui l’ignorent, voilà (parodiquement) ce qui s’est passé et a entraîné le repassage d’une épreuve 15 jours plus tard :

En attendant, je vais revenir juste en décembre 2015, avec le fiasco des ECNi test. J’avais fait une petite série de tweets à ce moment-là.

Alors je rappelle que c’était bien un fiasco hein, évidemment mal vécu par les étudiants (dont certains ont repris la parodie sur la Chute d’ailleurs)… Il n’y a (encore une fois) pas eu d’excuses officielles, mais au moins un soutien très appuyé des présidents d’universités qui faisaient plaisir à lire (une petite rancoeur contre le CNG de ma part ? Je ne sais pas…)  J’avais aussi retweeté quelques remarques d’étudiants dans le bain :

Vous voyez ce dernier tweet ? Il interpelle la ministre des Affaires Sociales et de la Santé. Sa réponse ? Aucune.

Attention, cette image peut contenir du rienàfoutrisme concernant les éléments suivants : ECNi, 8000 étudiants.

Attention, cette image peut contenir du rienàfoutrisme concernant les éléments suivants : ECNi, 8000 étudiants.

 

Par contre, récemment, il y a eu une polémique à propos d’un examen blanc parisien (qui touche donc moins de 1000 étudiants), à cause de ce QCM.

(L’étudiante qui l’a relayé a expliqué son vécu sur le sexisme dans les études médicales et la médecine en général dans ce billet.) Je ne sais pas si ce QCM est drôle ou pas (on va dire que ça dépend – j’ai pas ri si vous voulez savoir, mais je ne suis pas un maître-étalon de l’humour), sexiste ou pas…

Dans mon imagination, il s’agit surtout d’un item rédigé en désespoir de cause par un rédacteur de QCM qui ne trouve pas de 5ème proposition crédible, craque parce qu’il est tard, trouve un truc amusant sur le coup, l’écrit et basta. Alors certes, c’est gras et pas bienvenu dans un examen touchant un public pas venu pour se fendre la poire… Mais des blagues (c’est évidemment ça à la base !) qu’on écrit et qui ne sont finalement pas drôles, ça arrive, non ? Vous qui lisez ce blog, en tout cas, vous le savez : ça arrive.

Il parait même que l’erreur est humaine et que quand on est le CNG ou ministre, on peut se dispenser de s’excuser. Les gens du ministère, rompus à l’exercice, savent d’ailleurs garder leur retenue. Rien à voir avec cette personne qui – sans qu’on ne l’interpelle – est intervenue avec le hashtag #ECNi

"Les ECNi, mais c'est mon projet de coeur, voyons ! Je suis tout ce qui se fait là-dessus".

« Les ECNi, mais c’est mon projet de coeur, voyons ! Je suis tout ce qui se fait là-dessus ».

C’est peut-être de la récupération ou de la communication.*

En tout cas, ça n’a pas l’air très chevaleresque comme comportement envers le concepteur du QCM (dont on n’a pas demandé son avis sur la question depuis à ma connaissance), de la part de quelqu’un qui s’est quand même assise sur la démoralisation de 8000 étudiants 4 mois plus tôt. 

 

*Quelques discussions sur Twitter m’incitent à préciser certains points très clairement :

  • est-ce que je trouve ce QCM sexiste ? Oui, évidemment. Il n’aurait pas dû passer le conseil pédagogique et atterrir en examen…
  • est-ce que je pense que le concepteur du QCM est sexiste ? Je ne sais pas. (C’est là l’objet de quasi tous les débats que j’ai eu sur Twitter). J’aime bien croire que non : d’une part, la réponse était bien négative (ouf !), d’autre part, c’est un enseignant qui fait justement un QCM de « coups et blessures » sur une situation de harcèlement sexuel au travail, ce qui est plutôt rare et original (comme sujet de QCM j’entends)…
  • est-ce que je pense qu’on aurait dû interroger la faculté et avoir son avis dans la presse ? Oui.
  • est-ce que ce QCM doit être critiqué ? Oui.
  • est-ce que ce QCM doit devenir un symbole du sexisme en médecine ? Non. Pas « parce qu’il y a pire », mais parce que là ça PEUT être une simple erreur, d’un concepteur qui l’a regretté entre son envoi et son impression (peut-être hein, j’insiste : peut-être !).
  • est-ce que je pense que la ministre aurait dû intervenir ? Je trouve que ça va un peu loin. J’aurais préféré avoir l’avis du concepteur, du conseil pédagogique, de la fac, un sondage d’étudiants… Il y avait des éléments « de terrain » bien plus intéressants. Mais je suis sensible aux arguments qui disent que son intervention est un « poids » pour faire bouger les choses et évoquer le sexisme de façon générale dans les études de médecine. Alors « mouiiii », sa remarque a du sens… Elle garde quand même à mes yeux un côté agaçant par sa rédaction très « donneuse de leçons », alors qu’elle ne fait que donner un coup supplémentaire dans un « QCM » (et son concepteur à travers lui ?) déjà à terre et roué de toutes parts. Mais disons qu’elle est intervenue là, et qu’on ne peut pas lui reprocher le fond.
  • est-ce que la ministre aurait dû intervenir en décembre ? Je ne savais pas avant aujourd’hui… J’aurais bien dit que c’était surtout au ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche de se mouiller. Mais puisqu’elle parle des #ECNi maintenant (avec le bon hashtag et tout), alors il devient inadmissible qu’elle n’ait pas dit quelque chose en décembre.

Sur ce, bonne nuit…

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    1. José

      La polémique a probablement gonflé parce qu’elle fait suite à l’affaire de la fresque de Clermont et à la polémique des « TVsousAG » au moment de la loi santé. Les même personnalités ont rapidement repris le tweet et ont demandé la tête du responsable, notamment Clara De Bort, qui siège au ministère depuis un moment, et qui est particulièrement active sur les questions de sexisme dans le monde médical.

      Je sais pas quoi penser de ce QCM; si le sujet n’était pas une femme victime de son patron, ce serait de l’humour un peu absurde.
      Après, pour avoir fait des centaines de dossiers sur la banque SIDES, c’est pas inhabituel d’avoir des propositions absurdes et plus ou moins d’humour noir sur des questions de médecine légale où les bonnes réponses semblent évidente, du genre : annoncer le diagnostic de VIH au patron du patient, signaler un malade en situation irrégulière aux autorités, etc.

      Plus sérieusement, ce qui me chagrine un peu dans cette histoire, c’est qu’une plaisanterie qui divise dans un concours blanc Parisien ait pu remonter jusqu’au ministre alors que quand j’avais signalé que dans certains dossiers sur la banque nationale -accessibles à 26 000 étudiants- des imageries n’avaient pas été anonymisées (le nom des patients apparaissaient encore clairement), pas grand monde n’avait l’air de s’en soucier. (A ce jour, il me semble pas que les dossiers ont été retirées de la banque, personne ne m’a contacté pour récupérer la référence). J’imagine que le secret médical préoccupe moins les internautes que l’humour plus ou moins carabin.

      Après, je dois avouer que je suis un peu désabusé par les polémiques à couleur féministes sur Twitter tant elles me paraissent superficielles par rapport à la réalité sur le terrain, sur des situations bien plus graves qui concernent des femmes (victimes de violence), et où finalement les belles âmes sont aux abonnés absents.

        • José

          Oui, un étudiant avait posté un screenshot de la correction : https://twitter.com/Nebelgesang/status/719218621575217152
          En théorie c’est prévu dans SIDES de pouvoir mettre des réponses « inadmissibles » qui mettent un zéro à la question mais ça dépend des profs et des facs. Là sur le screenshot on le voit pas. Après, habituellement absolument personne ne coche les réponses qui sont délibérément absurdes donc je sais pas si c’était prévu…

          Sur les imageries non anonymisées, il y avait bien quelques médecins qui avaient réagis et puis finalement l’universitaire qui gère la plate-forme qui avait feint de s’en alarmer en public, mais derrière, rien.

    2. benoit

      Il faut savoir une chose sur marisol touraine, elle n’a que faire de nous, citoyens.

      tout ce qui la motive, c’est la facilité, et en voici la preuve :

      https://www.facebook.com/panhamza/photos/a.259863080821062.1073741827.258337060973664/651267945013905/?type=3&theater

      elle qui se pretend feministe, et qui ose pointer du doigt le « sexisme » de cette blague de mauvais gout, ne dira rien sur le fait qu’un ministre israelien ne lui serre pas la main car elle est une femme.

      Bonne continuation a vous.

    3. dr niide (@docteurniide)

      J’ai lu ce billet pour essayer de comprendre les tweets.
      Les mots qui me viennent sont tellement insultants que je me garderais de les écrire.
      Toute la pensée est synthétisée par le montage qui introduit ce billet
      Comparer le CNG à Hitler dénote un manque total de références et de valeurs.
      Je n’imagine pas une quelconque complaisance pour cette période de l’histoire, je crois plutôt à un nivellement de valeurs qui conduit à amalgamer nazisme, CNG, examen blanc, sexisme, souffrance des femmes, appréhension des étudiants en une seule entité. Le QCM mise en cause n’est ni de l’humour maladroit, ni un manque d’imagination. Il est le reflet d’un système dans lequel les femmes sont objets de pulsions, de brimades, d’insultes pour le seul tort de n’aoir pas de chromosome y.Les commentaires ironisent sur le microcosme twitter.Le seul microcosme présent dans ce billet et ses commentaires est celui nombriliste d’étudiants plus préoccupés de l’organisation des ECN que de la souffrance de patient, fut il artificiel dans un QCM.

      • mimiryudo

        Bonsoir,

        Whaow. Bon, je vais faire du phrase à phrase, parce qu’il y a plein d’idées différentes, difficiles à synthétiser.

        « Les mots qui me viennent sont tellement insultants que je me garderais de les écrire. »
        → De toute façon, je me garde évidemment le loisir de modérer tout commentaire insultant sur mon blog 😉

        « Toute la pensée est synthétisée par le montage qui introduit ce billet »
        → 1/ ça n’est pas un montage personnel. Je le trouve très drôle et synthétisant bien la situation ; il faut peut-être avoir vécu les ECN 2011 pour le trouver si bon, je le conçois.
        2/ par contre, résumer un billet avec 3-4 points à une seule vidéo qui n’a rien à voir avec la moitié de ce que je raconte, c’est juste de la rhétorique.

        « Comparer le CNG à Hitler dénote un manque total de références et de valeurs. »
        → il s’agit d’une parodie d’une scène du film « la Chute » comme il y en a des milliers sur internet (en voilà 5 autres : http://www.programme-tv.net/news/buzz/52111-les-5-parodies-de-la-chute-qui-nous-ont-le-plus-marques-videos/).
        Crier au point Godwin sur cette vidéo revient à crier au point Godwin sur TOUTES les parodies de ce mème, ce qui fait un peu beaucoup.

        « Je n’imagine pas une quelconque complaisance pour cette période de l’histoire, »
        → bah j’espère bien, hein ! Moi non plus, puisqu’il faut dire les vérités partout (je suis contre le racisme, le sexisme, l’homophobie, le nazisme, la pédophilie, et je suis à fond pour le cyclimse).
        D’ailleurs, à part quelques marteaux, la plupart des gens normaux n’imaginent pas de complaisance avec les nazis.

        « Je crois plutôt à un nivellement de valeurs qui conduit à amalgamer nazisme, CNG, examen blanc, sexisme, souffrance des femmes, appréhension des étudiants en une seule entité. »
        → Non.
        Le billet est mal construit sans doute, parce qu’il mélange plusieurs idées. Mais il n’a pas pour but de niveler des valeurs ou quoi que ce soit de cet ordre.

        « Le QCM mise en cause n’est ni de l’humour maladroit, ni un manque d’imagination. »
        → Ca, seul l’auteur peut le dire.
        Tout ce que je critique sur cette affaire à la fin de mon billet est dans cette phrase, qui m’est répondu en commentaire, sur Twitter ou même ici. Ca me rend un peu chèvre… En tout cas, visiblement, la présomption d’innocence n’existe plus.

        « Il est le reflet d’un système dans lequel les femmes sont objets de pulsions, de brimades, d’insultes pour le seul tort de n’avoir pas de chromosome y. »
        → 1/ ok, c’est le 2ème point où nous sommes d’accord (après la non-complaisance pour le nazisme). Mais c’est aussi une évidence… Le sexisme existe et c’est mal.
        2/ Par contre, est-ce que ce QCM est le « reflet » du système ? Est-ce que chaque phrase que j’écris sur ce blog est le reflet du système ? Sérieux ? Ca n’est même pas toujours le reflet de ma propre pensée, parce que j’écris vite, parce que parfois j’en ai juste marre et envie de passer à autre chose…
        L’erreur est permise…

        « Les commentaires ironisent sur le microcosme twitter. »
        → C’est pas franchement faux. Il est même prouvé que les réseaux sociaux favorisent l’expression des idées qui y sont majoritaires : http://rue89.nouvelobs.com/2016/04/03/signe-temps-lautocensure-gagne-les-reseaux-sociaux-263636
        Quand c’est la lutte contre le sexisme de façon générale, c’est très bien.
        Quand c’est le lynchage d’un pauvre item de QCM, je trouve ça moins bien. Mais si je le dis, je deviens minoritaire (au lieu de jouer avec les autres à dire « c’est dégueulasse »), et ça finit par devenir épuisant. J’ai beaucoup repensé à cet article depuis 2 jours…

        « Le seul microcosme présent dans ce billet et ses commentaires est celui nombriliste d’étudiants plus préoccupés de l’organisation des ECN que de la souffrance de patient, fut il artificiel dans un QCM. »
        → ma réponse va être facile, mais c’est la seule réaliste : il faut avoir vécu la préparation des ECN pour comprendre ce que vivent les étudiants…
        Les QCMs, ce ne sont pas des patients ; pas plus que les films ne sont la réalité. Ce sont des QCMs, avec des pièges à déjouer. Les étudiants vont en manger des dizaines de milliers des QCMs sur 3 ans, et des centaines de milliers sur 6 ans. Rien qu’aux ECNi, ils vont en lire plus de 400 sur 3 jours. Soit 2000 propositions à lire et valider ou invalider. C’est une sorte de défi.
        Je me mets à leur place : je comprends que la plupart n’en aient rien à cirer de savoir que sur ces 2000 propositions, il y en ait 1 qui soit une blague idiote et grasse : tant mieux même, ça fait des points de gagné. La plupart des étudiants ne se disent pas « est-ce que c’est le reflet de la société dans laquelle baigne le rédacteur – médecin légiste (?) – de ce QCM ? » et je les comprends.

        Par ailleurs, quand on fait des QCMs ou des cas cliniques à tour de bras, on lit des trucs bien pire que cet item « sexiste ». On va pouvoir être lanceur de plein d’alertes là. Je me dépêche de retrouver mon bouquin de cas cliniques où il y avait écrit « réalisateur de cinéma = homosexuel = VIH [réflexe ECN] », ça va faire un tabac. Si ça n’avait pas été dans un examen de fac, ce QCM n’aurait jamais fini sur les réseaux sociaux et son auteur parisien ne serait sûrement pas en train de se renseigner sur la météo à Limoges.

        Je suis évidemment d’accord qu’il n’a pas sa place dans un examen, et je l’ai dit 30 fois. 31 maintenant.

        Enfin, pour en finir avec cette trop longue réponse : dire à 2-3 étudiants en pleine préparation des ECN qu’ils sont nombrilistes parce qu’ils sont préoccupés par l’organisation des ECN est une critique directe vers des personnes non fictives.
        Je ne sais pas de quoi cette critique est le reflet dans le système actuel sur la vision des étudiants, mais ça ne peut pas se targuer d’être de l’humour maladroit…

      • José

        « Les commentaires ironisent sur le microcosme twitter.Le seul microcosme présent dans ce billet et ses commentaires est celui nombriliste d’étudiants plus préoccupés de l’organisation des ECN que de la souffrance de patient, fut il artificiel dans un QCM. »
        Je sais pas si cette remarque s’adresse à moi ou à d’autres mais je la trouve absolument ignoble. Comment osez-vous faire la conclusion que l’on méprise les patients sur le simple fait que l’on s’indigne du merdier dans l’organisation de nos études et de nos examens par les différents ministères ?
        Le raisonnement est absurde et c’est la remarque la plus insultante qu’on puisse faire à des futur-médecins.

    4. dr niide (@docteurniide)

      Les réponses sont argumentées, mais n’effacent un sentiment général qu’apparemment mon énervement n’a pas permis de transcrire.
      Le fait que la « chute » soit détournée ailleurs ne peut être une explication à son utilisation
      Il n’ y a pas d’accusation spécifique à l’encontre du rédacteur du QCM mais un mise en cause d’un état d’esprit général dans lequel le mépris de la femme est sinon la nome, du moins fréquent.
      Enfin je ne nie pas l’effet angoissant des ECN, que je n’ai certes pas connu, mais pas si différent du concours de P1 avec 20% de reçu, que j’ai connu.
      Ma critique porte sur un état d’esprit peut être pas nombriliste, mais bien peu ouvert sur les réalités du monde qui me dérange chez de futurs soignants

    5. dr niide (@docteurniide)

      Chacun peut bien évidemment définir ses priorités, c’est la force d’une démocratie de le permettre, c’est aussi sa force de permettre les critiques.
      Les ECN peuvent apparaître à certains étudiants comme la préoccupation primordiale. D’autres peuvent penser que d’autres sujets sont plus importants.
      Je l’ai écrit, je suis un vieux con bien pensant, et j’assume ce statut. Quand nos propres difficultés toutes relatives au regard des souffrances de certains priment, nous perdons la capacité à faire évoluer les choses.
      L’organisation des ECN est un pitoyable échec, mais surtout les ECN quelque soit leur mode sont une farce

    6. abiflizera

      Il est vrai que ce QCM peut paraitre choquant…

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