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Présenter sa thèse (ou toute présentation)

Je me rends compte que le billet « Temps » était le 200ème, je souffle donc une bougie fictive, vous remercie de continuer à me lire, et enchaîne avec la présentation de thèse à la demande de deepdeep59 😉

Voici les conseils que je donne et redonne depuis maintenant 13 thèses (mon 14ème thésard soutient la semaine prochaine !)

 

Règle n°1 : Programmez le temps de parole

En général, à Lille, c’est 15 à 20 minutes. Personne ne vous dira « oh là là, 15 minutes c’est trop court et concis, tu aurais dû parler davantage »…

Le jour de la soutenance, vous allez un peu bafouiller, votre rythme va un peu baisser… Il faut donc mieux prévoir 15 minutes, et parler avec l’esprit tranquille en sachant que vous ferez peut-être 17-18 minutes. Si vous partez sur une base de 20 minutes, vous allez stresser inutilement.

 

Règle n°2 : Choisissez le format

Il n’est pas gravé dans le marbre que la présentation doit être faite sur un PowerPoint.

Vous pouvez le remplacer par un autre logiciel de présentation, comme Keynote sur Mac, ou en ligne type Prezi.

Vous pouvez aussi animer votre thèse avec une vidéo, un son, une succession d’images…

A l’extrême, vous pouvez faire la présentation sans support si ça vous chante (je déconseillerais beaucoup quand même…)

 

Règle n°3 : Assurez-vous d’avoir quelque chose à présenter.

Si vous êtes sous PowerPoint, prenez un .pptx, mais aussi en .ppt compatible 1999-2003 et un pdf ; si vous êtes sous OpenOffice ou LibreOffice, prenez un .odp mais aussi un .ppt et un pdf ; si vous êtes sous KeyNote, prenez un .ppt et un pdf… Vous pouvez faire un Prezi, mais dans ce cas, extrayez un pdf !

Mettez tout ça sur votre clé USB et envoyez-le vous par mail (au cas où vous oublieriez votre clé USB). Si vous utilisez des polices « spéciales » (non natives de votre ordinateur), incorporez les dans votre présentation. Dans tous les cas, testez votre présentation sur un ou deux autres ordinateurs que le vôtre. Idem pour les sons et vidéos… Ne misez pas tout sur une compatibilité éventuelle…

Le jour J (ou un peu avant), testez dans la salle… Eventuellement, si vous voulez mettre le parachute en plus des bretelles et ceintures, prenez votre PC pour le brancher à le place de celui de la salle si besoin (c’est ce que j’ai fait pour la mienne, parce que j’avais des polices un peu originales… ouf !)

 

A partir de là, on va parler du PowerPoint, en supposant que c’est ce que vous utiliserez (comme 99 % ou plus des cas).

Règle n°4 : Prévoyez le nombre de diapositives avant de commencer

Ne partez pas tête baissée dans un diaporama, sinon vous allez mettre 10 diapos pour l’introduction en faisant des copier-coller de votre thèse.

Pour 15 minutes, je conseille 15 diapositives, en incluant la 1ère de titre, et la dernière.

Entre 15 et 20, ça reste convenable à condition d’avoir des diapositives particulièrement sobres.

 

Règle n°5 : Ecrivez la dernière diapositive et basez-vous dessus

Commencez par la fin en écrivant une diapo de conclusion avec 3-4 messages-clés.

Ce sont les messages que les gens dans la salle retiendront (y compris les non-médecins). Les écrire dès le début permet de les garder en tête comme « objectif » de la démonstration, et en faire une sorte de fil rouge.

 

Règle n°6 : Réfléchissez aux titres et messages de chaque diapositive

Quel est LE message qui doit passer à chaque fois ? Essayez de faire passer peu de messages par diapo, mais des messages forts / intéressants / originaux. Le but n’est pas de redire toute la thèse mais en extraire l’essentiel.

Vous voyez bien dans la presse l’importance des titres ; utilisez-les ! Profitez de cet espace pour passer un message (plutôt que « épidémiologie », c’est « Prévalence en augmentation » par exemple…). Et parfois, ça se passe de titre.

 

Règle n°7 : Rendez l’introduction « excitante »

L’idée est que sur les 3-4 premières diapos, les gens présents comprennent tous pourquoi vous avez choisi ce problème intéressant, pourquoi vous l’avez fait, et ce qu’on va en attendre (les fameux messages de conclusion).

 

Règle n°8 : Diminuez, diminuez, diminuez la quantité de texte. Et rediminuez-la. 

C’est sans doute la règle la plus importante à mes yeux. Le PowerPoint n’est pas un document de lecture.

C’est un pense-bête : on n’est pas là pour vous entendre le lire, mais pour vous entendre présenter votre sujet. Afin de vous aider dans votre récit, et de l’illustrer (figures, tableaux surtout), vous pouvez vous appuyer sur le diaporama. Il faut éviter d’être redondant entre ce que vous dites et ce qui est écrit. Pour les plus anxieux, sachez que vous pouvez avoir un diaporama trèèèès sobre sur la présentation (cool !) mais malgré tout avoir un prompteur que vous n’avez qu’à lire. C’est par ici (afficher les commentaires du présentateur en privé lors de la lecture sur plusieurs moniteurs)…

Ne perdez pas de vue le rôle du PowerPoint : il vous aide dans votre présentation. Par manque de confiance, on prévoit souvent l’inverse et c’est nous qui l’aidons à faire tout seul la présentation.

Soyons honnête : si on peut se passer de vous tellement le diaporama est clair/complet, on va se passer de vous. Et parler face à un auditoire qui n’écoute pas et ne fait que lire, ça n’est pas très agréable.

Ecrivez le moins de mots possible : ça évite de tendre à lire le diaporama (on dit parfois « 7 lignes max, 7 mots par ligne max »… en vrai, si vous avez une diapo avec 3 mots ou – mieux – et que vous tenez confortablement 1 minute dessus, c’est largement mieux !)

Vous pouvez remplacer des mots par des images parfois. A titre personnel, j’aime beaucoup les icônes, et j’utilise très souvent celles de The Noun Project. Soyez sympathiques, si ce n’est pas libre / dans le domaine public, citez l’auteur (en dernière diapositive par exemple).

Un de mes thésards (le 12ème ^^) a récemment fait sa thèse sur l’histoire de la médecine générale dans le boulonnais pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il a commencé a capella pour donner des données démographiques, puis a fait un bref rappel de la chronologie de la guerre à partir d’une simple frise pendant 5 minutes… eh bien, c’était hyper captivant. En 17 diapositives, il a écrit 11 titres et 17 mots (sans compter les pronoms) ; le reste n’était qu’image. Certes, son sujet s’y prêtait, mais c’était vraiment super. Osez diminuer votre texte, je suis persuadé que votre présentation gagnera en intérêt.

 

Règle n°9 : Limitez les effets

Nous avons tous tendance à vouloir faire des effets de manche et faire des apparitions successives, pour éviter que le jury se perde dedans… Souvent c’est symptomatique du fait qu’on ait mis trop de texte surtout, et c’est fatigant…

Il faut mieux une diapositive sobre qui apparait entièrement. Par ailleurs, si vous passez en pdf pour la compatibilité assurée, limiter les animations est aussi une bonne chose.

Je parlais en règle 8 de mettre des illustrations : attention à rester sobre ! Si vous êtes graphiste dans votre temps libre, amusez-vous à faire de belles choses bien sûr… mais sinon, évitez les excès de clip-art ou WordArt par exemple. (Et si vous choisissez un site comme The Noun Project, essayez d’en avoir un seul pour avoir une cohérence visuelle…)

 

Règle n°10 : Entraînez-vous… sur le verbal et le non-verbal !

Il faut vous entraîner, affiner votre diaporama (diminuez le texte !), le présenter à votre conjoint ou vos amis ou vos parents et/ou vous filmer.

Intéressez-vous à 4 points :

  • le fond de votre discours (est-ce cohérent ? intelligible ?),
  • la forme de votre discours (est-ce que votre voix est monocorde ? est-ce qu’il y a des intonations ? est-ce qu’il y a un tic de langage ? est-ce que vous comblez chaque silence par un « euh » ?),
  • votre position (est-ce que vous vous repliez sur vous-même ? est-ce que vos bras sont crispés ?)
  • votre interaction avec le diaporama (est-ce qu’il est adapté à ce que vous dites ? est-ce que vous galérez ?) – éventuellement, investissez dans un pointeur-télécommande de présentation (c’est tellement bien !).

A force de vous entraîner, vous déciderez si vous préférez le faire de mémoire avec spontanéité (ma préférence), de mémoire par coeur, de mémoire avec un support (papier ou dans les notes de chaque diapositive), ou en lisant (papier ou notes de chaque diapositive).

Enfin, et ça pourrait être le premier conseil, jetez un œil sur le web sur des présentations de TED Talks, de keynotes Apple, de « best presentations ever »… Les TED Talks, à l’extrême, c’est ce à quoi devrait ressembler toute présentation avec surtout ce point central : le diaporama illustre et sert de pense-bête à l’auditeur (excellents au demeurant), mais n’est jamais un support qu’ils lisent.

Inspirez-vous de ce qu’ils font, et faites une présentation intéressante pour votre jury et pour votre public. Si la personne non-médecin la plus âgée du public vous dit « c’était bien » et a vaguement compris votre objectif et votre conclusion, vous avez réussi.

 

Règle n°11 : Dépassez les règles…

… Evidemment ! Ces « règles » n’ont aucune prétention, ce sont des conseils et des avis.

Bonne présentation, amusez-vous bien !

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Temps

Le temps, c’est de l’argent.

Tempus fugit.

On n’a que le bon temps qu’on se donne.

Gagner du temps.

Tuer le temps.

Prendre le temps.

Trouver du temps.

A la recherche du temps perdu (parce qu’on n’a pas trouvé le pain).

Gérer son emploi du temps.

Le temps ne manque jamais d’expression. C’est un sujet qui nous préoccupe tous, et je me dois donc de le traiter sur ce blog, afin de répondre pleinement à vos attentes de lecteurs avides de mon avis sur tout ce qui a de l’importance. (Prochain billet à venir sur les shampoings spécial repousse capillaire).

Les secondes défilent, et nous les suivons au pas…

Chaque jour est une course d’obstacles pour gagner du temps, ou éviter d’en perdre (selon votre conception optimiste ou pessimiste du monde). Les obstacles se divisent en facultatifs et en incompressibles : manger, boire, dormir, se brosser les dents, visionner son album photo des années curling bâton en pleurant dans le divan, lire son fil Twitter, regarder le film de 20h5… 21h15 (?) et redormir. Chacun ses incompressibles, ne nous jugeons pas.

… le temps fuit, et nous courons à ses trousses.

D’accord, le bien et le mal, le gain de temps ou la perte, la course d’obstacles quotidienne… Mais quand même ! Que s’est-il passé pour en arriver là ? Aujourd’hui, chaque jour je reçois 30-40 mails, des questions urgentes ou importantes (ou les deux, ou aucune des deux), des sujets d’actualité, des obligations personnelles, familiales, professionnelles, un travail voire deux ou trois… Qu’avons-nous fait de mon temps libre et pourriez-vous s’il vous plait me le rendre ?

Les années 90, c’était un bon vieux tempsJ’ai joué aux Pogs, aux billes, j’ai eu une Super Nintendo à 6 ans (whaow), j’ai analysé tous les détails de sécurité décrits dans le Télé Poche ou le Picsou Magazine à propos des billets de 50 francs à l’effigie de Saint-Ex’, j’ai suivi Dragon Ball Z, je suis allé au « Cyber Espace » pour « surfer » sur le net au prix de 10 francs l’heure (il me semble)… bref, j’ai fait des trucs d’enfants de mon âge.

C’était un sacré bon vieux temps, mais sûrement pas « LE » bon vieux temps : le mien, et celui de ma génération, tout au plus. Pour les autres, c’était mieux soit avant, soit après.

Néanmoins, il faut leur reconnaître un truc aux années 90 : à l’époque, je croulais sous le temps libre. Et même si je ne suis pas Marcel Proust (qui ne me suit pas non plus d’ailleurs), je m’interroge pour la troisième fois, avec un art de la répétition à rendre maboul un moine tibétain : dans quel maelström s’est perdu mon temps ?

C’est peut-être lié à moi ? 

J’y ai longtemps cru… Tous les coachs le clament sur la toile : « pour découvrir votre potentiel caché, changez (simplement) de vie comme moi en suivant ce programme simple : lever à 4h45, lecture des actualités pendant 15 minutes, travail pendant 3 heures. Le reste de la journée, à partir de 8h, vous appartient. Profitez de l’après-midi pour faire l’activité créative qui vous rendra heureux ».

Moui… Déjà je blogue à 1h30 du matin alors que j’ai plein de trucs en retard à faire, donc je ne vais pas correspondre de base à ce profil. Désolé, mais je ne suis pas venu ici pour souffrir, okay.

C’est terrible parce que ça doit faire 12-13 ans que j’envisage ça en me disant que je pourrais mieux « employer mon temps » en faisant des plannings clairs, des belles to-do list. J’ai déjà essayé de me lever plus tôt, mais ça ne tient jamais plus de deux jours (sauf en cas de contrainte). Non mais, il faut se rendre à l’évidence. La vérité, c’est que je suis profondément « libre » ; je n’aime pas me faire dicter mon planning, même si c’est moi qui me l’impose. J’aime bien décider à la dernière minute, parce que l’imprévu c’est sympa (et parce que ça me permet de griller 1 heure sur Twitter à lire tout et n’importe quoi alors que j’ai une tonne de travail qui attend).

Et puis, zut, j’ai bien le droit de profiter ! Mon moi de 2017 est incroyablement plus efficace pour tout (ou presque) que mon moi de 1997 ou même 2007… je devrais donc me libérer de plus en plus de temps libre ! Pourtant non : alors, à quoi c’est dû ?

C’est sûrement lié à mon environnement alors… 

Ah, ça oui… Les mails chronophages, mes occupations des soirs et week-end sont presque toutes universitaires : il y a là de l’élagage à prévoir… Et bonne nouvelle, c’est prévu : je finis ma responsabilité de conférences de préparation aux ECNi en juin 2017, mon clinicat de médecine générale en novembre 2017, ma thèse de sciences en octobre 2018. Et pour l’instant, je ne « commence » (presque) rien après toutes ces fins.

Si je veux retrouver plus de temps libre, il faut que je me recentre au maximum sur mon « Ikigai ». Ca ne veut pas dire grand-chose, abordé à ce stade du billet, mais j’avais envie de finir sur ça, alors vous êtes sympas et vous faites comme si tout ça était logiquement bien construit. L’Ikigai, c’est le croisement de ce pour quoi nous sommes payés, ce qui est utile, ce que nous savons faire et ce que nous aimons. Les trois premiers critères peuvent assez facilement s’évaluer ; mais pour savoir si on aime, il faut parfois voir ce qui se passe quand on s’éloigne.

C-FDVUbVoAEMJB-

Voilà, Marcel. Tu vois, ça n’est pas si compliqué : le temps perdu, tu le cherches, tu le traques, et tu lui tords le cou, avant que ça ne soit lui qui te cueille par surprise. Parce que le temps continue de s’écouler, alors si on n’apprend pas à nager, on finit par se noyer dans les métaphores.

 

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Fiche de prescription pour automesure tensionnelle

Je profite de mon lundi de Pâques pour (enfin !) faire une fiche que je voulais préparer pour mon logiciel depuis des mois… Il s’agit d’une sur l’automesure tensionnelle, adaptée de celle de CESPHARM (qui était très bien mais ne me permettait pas vraiment de l’imprimer avec mon en-tête, ou de délivrer d’autres messages sur l’utilisation de l’appareil, l’endroit où mettre la « marque artérielle », etc.).

Bref, voici ma fiche (la mise en page est plus jolie sur mon logiciel, désolé). Et comme pour la fiche sur la gale, je suis évidemment ouvert à vos avis et remarques, et vous pouvez l’utiliser comme bon vous semble 🙂

(Page 1)

AUTOMESURE TENSIONNELLE

Concernant   <Titre de politesse> <Prénom> <Nom> (<Age du patient>)

Réalisée à domicile dans la semaine suivant le  (tensiomètre MICROLIFE)

Rendez-vous de suivi prévu le : ___________________

  MATIN SOIR
PAS PAD FC PAS PAS FC
JOUR 1 Mesure 1            
Mesure 2            
Mesure 3            
JOUR 2 Mesure 1            
Mesure 2            
Mesure 3            
JOUR 3 Mesure 1            
Mesure 2            
Mesure 3          

L’automesure tensionnelle permet de confirmer une hypertension artérielle avant un éventuel traitement médicamenteux. Certaines personnes ont une tension artérielle plus élevée face à un professionnel de santé (« effet blouse blanche »). Si elle est normale à la maison, aucun traitement n’est nécessaire.  

(Page 2)

NOTICE D’UTILISATION DE L’AUTOMESURE TENSIONNELLE

Conseil : laissez l’appareil à proximité du lit, sur votre table de nuit :

– Prendre 3 mesures le matin avant le petit-déjeuner (au lever)

– Prendre 3 mesures le soir entre le dîner et le coucher (après 5-10 minutes de repos avant)

– Répéter pendant 3 jours

 

Comment prendre une mesure ? 

– être assis ou allongé au repos 10 minutes avant la prise de mesure (ne pas se déplacer, manger ou fumer notamment)

– connecter le brassard à l’appareil (insérer sur le côté gauche)

– passer le bras dans le brassard (bras gauche ou droit, en utilisant toujours le même bras)

– monter le brassard au-dessus du coude (la marque « Artery Mark » (rouge) est normalement placée comme sur le schéma ci-dessous)

url.jpg

– serrer le brassard

– appuyer sur le bouton, attendre que le brassard se gonfle puis se dégonfle (ne pas bouger le bras pendant ce temps)

– noter les 3 valeurs qui s’affichent (pression artérielle systolique – pression artérielle diastolique – fréquence cardiaque)

– en cas d’erreur, répéter sans bouger le bras durant le gonflement du brassard

– répéter pour avoir 3 mesures le matin, 3 mesures le soir et pendant 3 jours de suite.

QUE FAIRE EN CAS D’HYPERTENSION ARTÉRIELLE, AVANT TOUT TRAITEMENT ? 

Dans tous les cas, il est recommandé pour baisser la tension artérielle de : 

– ne pas mettre de salière à table (privilégier d’autres épices, aromates ou fines herbes : poivre, paprika, safran, curry, thym, persil, ciboulette, ail, oignon, échalote…). Note : signaler l’utilisation de « sel de remplacement » à votre médecin (augmente le potassium) 

– baisser la consommation de sel jusqu’à 6 g par jour, voire moins sur recommandation médicale

Attention au sel « caché » : conserves, plats et sauces industriels ou surgelés, beurre salé, pain, charcuterie (dont le jambon), viandes salées ou fumées, fruits de mers, sauces et condiments (cornichons, olives…), eaux gazeuses, médicaments effervescents (EFFERALGAN)…

Quelques équivalences : 1 g de sel = 1/4 baguette = 2 croissants = 1 portion de camembert = 1 cuillère à soupe de moutarde = 1 tranche de foie gras ou de saumon fumé

– limiter l’utilisation de réglisse et de pastis sans alcool 

– arrêter le tabac (augmentation significative de la tension artérielle ; si vous fumez, n’hésitez pas à tester l’automesure dans les 10 minutes suivant une cigarette pour vous en rendre compte…)

marcher 30 minutes 3 fois par semaine

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Fiche de prescription sur la gale

(Ca faisait longtemps !)

Je tape relativement vite sur mon clavier… du coup, j’ai tendance à ne pas profiter des raccourcis claviers et je peux me permettre de tout recopier de façon « originale » à chaque fois lors des consultations (je renote à chaque fois les mêmes conseils/traitements pour des rhumes, des gastros, etc.) C’est un peu idiot, et je me suis promis en 2017 d’améliorer ça.

Du coup, j’ai commencé par une des consultations les plus chronophages lorsqu’elle nous tombe sur le coin de la margoulette : la gale…

Voici ma fiche de prescription, tirée de mes connaissances, de la fiche Vidal Recos (<3 Vidal Recos), d’une fiche Codexial Dermatologie chopée sur un stand à un congrès (d’où le TOPISCAB, mais en même temps il est remboursé…), et du site « J’ai pas la gale ». Vos avis et suggestions sont évidemment les bienvenus 🙂

Esthétiquement c’est moche, mais les possibilités esthétiques sur une ordonnance sont assez limitées (et le CAPSLOCK est dû au fait que les prescriptions se mettent plus ou moins automatiquement ainsi).

Et tant que j’y suis : bonne année 2017 ! 😉

 

(Remarque 1 : L’ivermectine per os est plus pratique qu’un shampoinage global, mais moins efficace : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed?term=10642678 Bien sûr, dans certains cas, la solution « ivermectine » peut être à évoquer en premier pour sa facilité, mais ça n’est pas le plus fréquent dans ma pratique).

(Remarque 2 : L’ASCABIOL est un peu moins étudié car non disponible aux USA – ça joue ! Et surtout, le temps d’application est de 24h pour le benzoate de benzyle versus 8 heures pour le perméthrine, ce qui tient mieux dans une nuit ^^).

___________

EDIT – Version 2 (27 janvier 2017) :

Couper et soigner les ongles pour limiter les complications liées au grattage (surinfections notamment)

TOUTE personne partageant le même lit, le même toit et/ou le même couvert doit être traité EN MÊME TEMPS (risque de réinfection sinon…), y compris en absence de démangeaisons.

Une personne venant ponctuellement à la maison ou vous ayant serré une fois la main n’a pas lieu d’être contactée ou traitée.

Plusieurs traitements sont possibles (à choisir avec le médecin – ne laisser que celle choisie sur l’ordonnance), avec leurs avantages et inconvénients

– Perméthrine / Topiscab : 8 heures seulement, mieux étudié (USA), difficile à appliquer, à partir de 2 mois ou si grossesse (avant 1 an, prendre un avis spécialisé)

– Benzoate de benzyle / Ascabiol : 24 heures, plus facile à appliquer (un peu moins cher, mais remboursés tous deux), à partir de 1 mois ou si grossesse (laisser 6 à 12 heures dans ce cas)

– Esdépalléthrine / Spraygal : contre-indiqué si asthme, pas de restriction d’âge mais éviter pendant la grossesse

– Ivermectine / Stromectol : per os (pratique si : mauvaise compliance, mauvaise compréhension, personnes âgées, épidémie, eczéma généralisé) ; serait moins efficace que perméthrine (https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed?term=10642678) ; possible si grossesse, à partir de 15 kg chez l’enfant

Ivermectine 3 mg comprimé ( STROMECTOL )

200 µg par Kilo en prise unique (soit 1 comprimé par tranche de 15 kg, maximum 6 comprimés par jour).

À tout moment de la journée, à jeun (pas d’alimentation 2 heures avant ou 2 heures après), à partir de 15 kg, possible en cas de grossesse.

ET/OU

Benzoate de benzyle 10% émulsion cutanée ( ASCABIOL ) FLACONS PAR APPLICATION, SOIT  FLACONS AU TOTAL

1 application le soir à appliquer sur la peau au moyen d’une compresse (pas de ouate de coton ou de lingette imprégnée). Laisser 24 heures (sauf avant 2 ans). A renouveler 1 fois à 8 jours d’intervalle.

Appliquer en 2 couches successives à 15 minutes d’intervalle sur la totalité du corps (sauf le visage et les muqueuses)

– Adulte ou enfant de plus de 2 ans : 2 couches espacées de 15 minutes, à laisser 24 heures —> concerne : 

– Femme enceinte : 1 couche seulement, à laisser 24 heures —> concerne : 

– Enfant de 1 mois à 2 ans : 2 couches espacées de 15 minutes, à laisser 6 ou 12 heures —> concerne :

NB : 1 flacon = 2 couches chez un adulte. Avis spécialisé avant 1 an si possible

OU

Perméthrine 5% crème ( TOPISCAB ) :  TUBES PAR APPLICATION, SOIT  TUBES AU TOTAL

1 application le soir à appliquer sur la peau de façon uniforme. Laisser 8 heures. A renouveler 1 fois à 8 jours d’intervalle.

– 1 tube de 30 g après 12 ans (y compris en cas de grossesse) —> concerne : 

– 1/2 tube de 30g de 6 à 12 ans —> concerne : 

– 2 noisettes de crème entre 1 et 5 ans —> concerne : 

– 1 noisette entre 2 mois et 1 an —> concerne :

OU

Esdépalléthrine + pipéronyle butoxyde 0,663g/5,035 g solution pour usage local ( SPREGAL )

1 application le soir en pulvérisation sur tout le corps (sauf la tête). Laisser 12 heures. A renouveler 1 fois à 8 jours d’intervalle.

– Pulvériser à 20-30 cm du corps, en milieu aéré, loin de toute source de chaleur (notamment cigarette). Contre-indiqué en cas d’asthme ; possible à tout âge. 

– Protéger les yeux, le nez, la bouche ; ne pas appliquer sur le visage et le cuir chevelu (les lésions du visage peuvent être frottées avec un coton imbibé de lotion)

– Non remboursé

Quelque soit le traitement local choisi :

– le faire de préférence le soir avant de se coucher : prendre une douche, bien sécher la peau avec une serviette propre, couper et soigner les ongles si non fait,

– appliquer le produit en couche fine de façon uniforme sur la totalité du corps, y compris le cuir chevelu (à l’exception du visage et des muqueuses – pour le SPREGAL, pas d’application sur le cuir chevelu)

– bien appliquer notamment sur les zones les plus touchées : le cou, la nuque, les plis (sous les seins, sur le nombril…), la paume des mains et entre les doigts, la plante des pieds et entre les orteils, sous le bord des ongles, sur les poignets, coudes, aisselles, fesses et pubis.

– ne pas appliquer près des yeux, sur la bouche et sur des plaies ouvertes.

bander les mains des enfants (ou mettre des gants jetables) pour éviter l’ingestion accidentelle du produit

– pendant la nuit suivant le traitement, utiliser du linge propre (et non porté les 3 jours précédents l’utilisation du produit)

– laisser sur toutes les zones appliquées pendant le nombre d’heures nécessaires (réappliquer en cas de projection d’eau, ou lavage de mains…)

– prendre une douche en rinçant et lavant bien le matin pour éliminer les restes de crème. Utiliser une autre serviette propre à nouveau (différente de celle utilisée la veille avant l’application du produit !) et mettre du linge propre à nouveau.

Traitement du linge et de la literie le lendemain matin :

– linge de corps (vêtements, bonnets…) / linge de toilette (serviettes, gants de toilette…) / literie (draps, peluches, taies d’oreiller, housses de couette…) : tout ce qui a été utilisé dans ces catégories doit être lavé en machine à 60° ou plus,

– si un lavage n’est pas possible (chaussures, pantoufles, oreillers, coussins, couvertures, linge ou peluche fragile…) : enfermer le linge dans un sac plastique pendant 3 jours à une température supérieure à 20°C (temps nécessaire au parasite pour mourir) ou enfermer pendant 24 heures dans un sac avec un désinfectant antiparasitaire* (privilégiez le RAID/BAYGON VERT anti-scabiose et évitez l’A-PAR)

– si un lavage ET un enfermement dans un plastique n’est pas possible (matelas, fauteuils, canapés…) : pulvériser avec un désinfectant antiparasitaire au moins 12 heures avant de le réutiliser ; pour le matelas (notamment pour les bébés), vous pouvez le nettoyer avec un aspirateur et le retourner,

– refaire le lit avec des draps propres

– attendre 12 heures avant de réutiliser une literie pulvérisée par un antiparasitaire

*Quel désinfectant antiparasitaire choisir si nécessaire ? Par ordre d’efficacité : http://dx.doi.org/10.1016/j.annder.2015.10.126 :

– RAID / BAYGON VERT (cyperméthrine + imiprothrine) : efficace en 15 minutes en moyenne

– PYREFLOR (esdépalléthrine) : efficace en 10 minutes en moyenne

– Insect ECRAN (perméthrine 4 %) : efficace en 50 minutes en moyenne

– PARASTOP (perméthrine 0,6 %) : efficace en 120 minutes en moyenne

– Insect ECRAN 1 (DEET 50 %) : efficace en 15 minutes en moyenne

– Insect ECRAN 2 (DEET 25 %) : efficace en 20 minutes en moyenne

– A-PAR : à éviter (résistance du Sarcopte à l’A-PAR 24 heures après l’utilisation).

Éviter les contacts physiques rapprochés pendant les 24 heures suivant le traitement

Eviction de la crèche / école pendant 3 jours

Répéter l’ensemble du traitement ci-dessus (traitement oral ou local + traitement du linge et de la literie) dans UNE SEMAINE, selon le même protocole

Les oeufs de Sarcoptes scabiei peuvent être protégés du traitement ; ils éclosent en 3 à 5 jours et les larves deviennent adultes en 2-3 semaines.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le site suivant : http://www.jaipaslagale.com

Glycérol + vaseline + paraffine 15% / 8% / 2% crème ( DEXERYL )

1 application 1 à 2 fois par jour en couche mince uniquement en cas de peau sèche les jours suivant l’application du produit (ne pas appliquer en même temps).

Alternatives : SENSINOL LAIT, XÉMOSE CÉRAT, AUTRE ÉMOLLIENT…

Reconsulter en cas de modifications des lésions et symptômes (croûtes jaunes, ligne inflammatoire, fièvre…) ou en cas de persistance des démangeaisons dans 2 semaines

 

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DES de médecine générale à 4 ans : mon avis (et rien que lui)

Attention. Comme chaque fois dans le cadre d’un billet potentiellement sujet à débat, je rappelle que l’avis qui va suivre n’engage que moi, et je le partage entièrement. Merci de votre attention. 

Aaaah, le DES (diplôme d’études spécialisés) de MG (médecine générale) à 4 (quatre) ans ! L’Arlésienne des départements de MG, hantant chaque année le congrès du CNGE (collège national des généralistes enseignants).

Les études de médecine générale actuelle durent 9 ans. Dire « oui, mais il nous manque une année… » c’est comme quand j’ai un travail à rendre dans 2 semaines et que je dis « oui, mais il me manquait 1 jour ». Mon avis sur la question, c’est qu’on pourra allonger autant qu’on veut, il manquera TOUJOURS un jour. C’est comme ça. On a tous un gène appelé « il-m’a-manqué-un-jour ». C’est sûrement biblique, depuis que Dieu a procrastiné le 7ème jour – il parait qu’en rongeant Ses ongles devant une série dans Son lit, il maugréait « eh merde… m’a manqué un jour ».

 

Je crois bien que c’est le CNGE qui défend le plus ce projet. Commençons par là et lisons ensemble l’essentiel de leurs propositions :

  • Objectifs :
    • « mettre en place une formation réellement professionnalisante »
    • « qualifier des professionnels aptes d’emblée à assurer les missions de soins primaires dans les territoires »
    • « assurer des soins de qualité pour l’ensemble de la population »
    • « lutter contre les inégalités sociales et géographiques de santé »

C’est bien mais bon, j’espère que les objectifs sont les mêmes actuellement… On pourrait proposer les mêmes objectifs pour le DES à 3 ans, à 5 ans, à 6 ans ou même à 2 ans tiens. Deux ans purement ambulatoires : « une formation réellement professionnalisante, des professionnels aptes d’emblée, une lutte contre les inégalités… »

  • Argumentaire :
    • « Dans les autres pays européens, la durée du troisième cycle varie de 3 ans (Italie) à 6 ans (Danemark), avec un nombre de semestres en médecine générale variable de 1 (Autriche) à 6 (Norvège). Plus la durée de la formation est longue et les stages en situation authentique nombreux, plus le système de santé est centré sur les soins primaires et se révèle efficient. »

Je n’ai pas de source. J’ai bien ce document de 2011 qui dit qu’en Italie et Allemagne, bah ça n’a pas grand-chose à voir avec la France en termes d’organisation. Bon, en tout cas, j’ai hâte qu’on me montre cette incroyable étude ayant montré que « (pour les internes de médecine générale), plus la durée de la formation est longue, plus les stages en situation authentique (ahahaha !) sont nombreux, plus le système de santé est centré sur les soins primaires et se révèle efficient ». Si on pouvait jeter aussi un oeil sur le grain de peau des internes en sortant, je suis sûr qu’il est aussi meilleur (et le poil plus soyeux évidemment).

  • Projet :
    • Je ne développe pas la répartition en « socle » – « approfondissement » – « mise en situation » (demandée pour tous les DES) ; c’est surtout ranger dans des cases ce qui existe déjà, et c’est plutôt bien ficelé et logique ;
    • Le gros du projet, c’est un stage ambulatoire par année :
      • Stage niveau 1
      • SASPAS (stage en autonomie supervisée en 3 temps d’observation / supervision directe / supervision indirecte, qui sont pour caricaturer : spectateur, acteur aidé, acteur seul),
      • SASPAS 2, le retour,
      • Stages en santé de la femme et de l’enfant en ambulatoire (parce que la pédiatrie hospitalière générale, c’est pas des vrais enfants, et la gynécologie hospitalière c’est pas des vraies femmes).

Les 2 premiers stages existent déjà. Le SASPAS 2, je ne voyais pas trop l’intérêt par rapport à du remplacement par exemple, donc j’ai lu et apparemment, c’est pour « permettre d’atteindre le niveau compétent pour la compétence professionnalisme et les autres. » (oui, bon, ça va, je vous vois là-bas au fond).
Ce professionnalisme fait référence à la Marguerite et demande donc de continuer à se former (lecture critique, FMC, recherche, évaluations de pratique individuelle ou collective), appliquer les dispositions réglementaires ET assurer « la gestion administrative, financière, humaine et structurelle de l’entreprise médicale (fiscalité ; comptabilité ; secrétariat ; évaluation des risques et hygiène ; informatique ; dossier médical ; organisation du temps et du travail) ».
Il n’y a pas trop besoin d’être devin pour voir que si on s’en tient là, ça peut devenir dans de nombreux cas un remplacement déguisé ou (pire ?) une collaboration, dans les deux cas rémunérés comme un stagiaire (1500€/mois pour l’interne, qui en ferait gagner au moins 2 fois plus aux médecins qu’il « SASPASerait » en s’occupant même de l’administratif, du secrétariat et d’autres joyeusetés du libéral)… Soit je suis un vil personnage qui lit des choses horribles entre des lignes très peu spécifiques, soit ces lignes sont très peu spécifiques pour d’inavouables raisons. En tout cas, j’espère que les gens qui proposent ça ne sont pas MSU : sinon, quel conflit d’intérêt ce serait !

Quant au stage en PMI, planning familial (ou médecine scolaire ou autre…), ça sera cool quand les internes auront 6 mois au planning familial près de chez moi : ils pourront ainsi aider à écouler des lots de pilules de 3ème génération à des jeunes filles « pour pas gâcher, parce qu’on n’a que ça ici ».

 

Toutefois, il n’y a pas que le CNGE qui souhaite un internat de 4 ans. Il y a aussi le syndicat national des enseignants de MG, qui l’explique par 3 raisons :

  • « parfaire la formation des futurs médecins généralistes de demain : il n’est pas pensable de proposer une formation spécialisante en médecine générale de seulement 3 ans compte tenu des compétences qu’ils ont à acquérir. »

Encore le gène « il-m’a-manqué-un-jour ». Peut-être que Léonard De Vinci aurait pu continuer à bosser un peu sur le portrait de Mona Lisa. On sera plus « compétent » à 4 ans qu’à 3, mais à 5 qu’à 4, puis à 6 qu’à 5… Si ça n’est pas pensable, que faisons-nous là ?

  • « proposer une maquette de stage plus riche en stages ambulatoires. »

Un grand nombre d’étudiants, à peu près tout le monde dans tous les DMG de France, et le CNGE… tout le monde (futurs urgentistes exclus) critique la formation hospitalière. C’est même souvent très caricatural, et dans l’imaginaire de la MG, on pourrait associer l’hôpital avec le Mordor et les cabinets libéraux avec la Comté, vous voyez.
Dans ce cas, pour avoir une maquette plus riche en ambulatoire, pourquoi ne pas remplacer 6 puis 12 mois hospitaliers par 6 puis 12 mois ambulatoires ?

  • « harmoniser la formation de médecine générale avec les autres spécialités. Il est en effet difficile pour la population et les médecins d’identifier le généraliste en tant que spécialiste si sa formation est moins longue que celle de ses confrères. »

Aaaaaah, la voilà ! Ma proposition préférée de « ils en ont une plus longue » (de formation), « je veux la même ».
Sans déconner ?! Tout ça pour ça ?
Alors voilà (zut), tout le monde s’émerveille de nos « apprentissages centrés sur l’apprenant », de nos méthodes pédagogiques issues du Canada, de notre réseau pédagogique, de nos marguerites, d’Exercer, de notre portfolio qui va être repris par tous… Les gens se moquent de voir des « spécialistes d’organe » faire encore de l’enseignement magistral en 2016… et au final, on veut faire 4 ans « pour faire comme eux » ?
Vous avez lu le communiqué du CNGE avec ses 41 occurrences du mot « compétence » et le programme des DES ? Voici celui des neurologues. Le contenu n’a rien à voir ! Absolument rien, c’est comme un tracteur et un fauteuil Louis XVI : on peut s’asseoir dans chaque, mais à part ça, la comparaison est limitée. Alors pourquoi vouloir avoir le même contenant ? (Note : je ne compare pas le programme des neurologues ou des MG à un tracteur, c’est une image.)

On peut continuer notre tour des (potentiellement) pro-4 ans avec le syndicat des jeunes MG* et ses 6 points :

  • avoir un semestre en gynécologie et un en pédiatrie
  • avoir les 2 semestres de niveau 1 et SASPAS pour tous,
  • approfondir les compétences selon le projet professionnel de l’interne,
  • faciliter l’accès à l’inter-CHU, l’année-recherche et les FST (remplaçant les DESC),
  • prolonger de 2 ans le délai pour les remplacements non thésé,
  • lever les dernières discriminations entre MG et autres spécialités.

(*cf. le commentaire ci-dessous du SNJMG en réponse – ils ne sont pour l’allongement à 4 ans que dans le cadre d’un allongement ambulatoire et d’une réforme des études médicales sur les 3 cycles…)

Bon, comme pour les enseignants, on remarquera que la gériatrie ou la psychiatrie ne passionnent toujours pas les foules (ça me semble pourtant aussi fréquent et important que la pédiatrie et la gynécologie). L’inter-CHU et l’année-recherche concernent à l’heure actuelle sûrement moins de 5 % des promotions, et les internes se débrouillent d’eux-mêmes pour organiser ça auprès de bureaux spécialement dédiés à la faculté : c’est dire tout l’intérêt qu’on va leur porter pour cette 4ème année…
Il reste donc : « il-m’a-manqué-un-jour » pour finir ma thèse dans les temps (…) et « on-veut-la-même-taille » dont on a déjà parlé.

Enfin, d’autres sont contre ce DES à 4 ans : le syndicat de la médecine générale et… les internes de médecine générale à 55 %. Ah tiens. Bon ça laisse 45 % qui veulent un an d’ambulatoire en plus, non ? Eh bien non : les 45 % les plus favorables à une 4ème année étaient surtout ceux voulant faire un DESC puis de l’hospitalier… ils souhaitaient donc ajouter 2 stages hospitaliers et non ambulatoires ! Si ce vote était un référendum, la réponse serait « pas d’allongement à l’heure actuelle ». Peut-on réellement s’asseoir dessus sans quelques bons arguments ?

Justement, en conclusion, que reste-t-il des arguments pour le DES à 4 ans ?

Les syndicat et collège d’enseignants veulent ajouter un an ; les étudiants et le SMG (plus orienté vers les soins que l’enseignement) sont contre. Rappelons que les décideurs ne sont pas les payeurs, et on peut même aller jusqu’à dire que les décideurs-enseignants sont ici susceptibles d’être les « payés » avec le projet de SASPAS 2 (sans compter qu’allonger à 4 ans est bénéfique pour les enseignants en termes de postes, etc.). Ce conflit d’intérêt, pourtant si cher aux MG, n’est signalé nulle part – comme si avoir un conflit d’intérêt n’était à bannir que dans la recherche et pas dans l’enseignement…

Apparemment, 3 ans ne seraient pas assez pour acquérir les compétences de médecin généraliste. Si c’était une telle évidence, les communiqués crouleraient sous les références le montrant. A mon sens, ça tient du syndrome de l’imposteur ou de quelque chose de ce goût-là : on ne se sent jamais prêt. Si les étudiants n’ont pas une formation suffisante sur 3 (voire 9) ans, on doit continuer à se poser la question de ce qui est améliorable dans cette période avant de rajouter une couche.

Selon le CNGE, ailleurs en Europe, plus les internes sortent vieux, plus le système de santé repose sur les soins primaires et plus le système de santé est efficient. Je n’ai pas retrouvé l’étude – désolé de faire de la lecture critique des communiqués incitant à être compétent dans la compétence professionnalisme 😀

Les enseignants et internes : tout le monde veut plus d’ambulatoire. Certes, mais pourquoi ne pas remplacer certains des stages hospitaliers de la maquette actuelle ? Si c’est par manque de moyens, est-ce logique d’ajouter un an ? (« Oh mon Dieu, nous n’avons plus de carburant pour aller de Paris à Lyon, descendons donc à Nice pour voir si on trouve de l’essence sur la route ! »)

Enfin, et peut-être malheureusement celui qui reste le plus sans réponse, les enseignants veulent avoir un DES à 4 ans comme les autres, pour la reconnaissance de la spécialité. Et ça, franchement, ça devrait être le cadet de nos soucis.

Attention. Comme chaque fois dans le cadre d’un billet potentiellement sujet à débat, je rappelle que l’avis qui a précédé n’engage toujours que moi, et je le partage entièrement. Merci de votre attention.

Edition du 28/11 : Je déteste faire des éditions, mais suite à des commentaires sur Twitter et de collègues par mail, quelques précisions s’imposent :

  • pour le planning familial, c’est évidemment local : tous ne donnent pas des pilules de 3ème génération aux jeunes filles. Et puis, si c’est juste peu intéressant (à mon sens) pour un stagiaire d’assister à ça plus de 3 jours de suite, ça n’en reste pas moins très important pour les patientes au quotidien. Sinon, je suis pro-planning familial, pro-PMI et pro-tout ce qui va protéger les parents, futurs parents, et leurs enfants ;
  • les MSU ont tout mon respect, dans ce texte ou ailleurs. Néanmoins, en l’état de l’écriture du SASPAS 2 sur le communiqué du CNGE, il y a une faille énorme. Je le lis textuellement comme « il faut former les internes à savoir gérer un cabinet (et faire preuve d’éthique et de réflexivité) ». Sans plus de précision, c’est la porte ouverte à des interprétations locales très variables, et éventuellement à une dégradation des stages (interne avec un rôle « trop » impliquant dans la vie d’une structure, s’en rendant indispensable… comme on peut avoir dans certains services hospitaliers, où les tâches administratives peuvent être exagérément importantes). Ce billet pourrait être une incitation à revoir le texte du SASPAS 2 déjà…
  • ce débat est politique apparemment : il peut donc être débattu, ici ou ailleurs. Si donner un avis sur un sujet politique est censé « mouiller » tous ceux qui nous entourent au travail, je crois que ça va être compliqué sur les réseaux sociaux demain, et qu’on va tous devoir se désolidariser les uns des autres.
  • pardon : ce n’est pas qu’il peut être débattu, c’est qu’il DOIT l’être. Cet allongement de DES concernera 4000 internes par an, c’est un peu plus qu’une paille.
  • recevoir de l’argent d’un laboratoire pour financer une étude sur un médicament, et dire du bien dudit médicament est considéré comme « parler sous conflit d’intérêt ». Recevoir de l’argent d’une université pour accueillir des internes, et demander à ajouter un an d’internat supplémentaire (pour 4000 étudiants/an), je continue de penser que c’est parler « sous conflit d’intérêt ». Dans les deux cas, les gens (investigateur ou MSU) reçoivent souvent moins d’argent pour eux que le temps consacré aux autres (laboratoire ou interne). Ca ne signifie pas que les gens mentent, sont de vilains capitalistes ou que sais-je encore ; ça ne signifie pas que le médicament OU que les 4 ans d’internat sont forcément mauvais… Ca veut juste dire qu’il y a un conflit d’intérêt et qu’il faut en prendre conscience pour se poser les bonnes questions.

Pour finir, je me permets un petit tour d’horizon des commentaires sur Twitter (j’essaie de taper large et ce qui est mettable sans être susceptible d’être mal interprété – je ne cherche pas un biais en ne sélectionnant que les avis positifs, il n’y a juste quasiment que ça…). N’hésitez pas à me signaler si vous voulez que j’ajoute votre tweet (ou commentez ça sera plus simple), ou si vous voulez que je le retire. Je le fais histoire que les futurs lecteurs qui ne sont pas sur Twitter puissent avoir une idée du partage de cette vision par des médecins de différents horizons…

(Spoiler : j’ai dit non, mais c’était juste un Twitter-mariage en vrai.)

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