Pourquoi je ne suis pas (encore) abonné à Prescrire

Ce post n’est pas une auto-défense (l’abonnement à Prescrire n’est pas une obligation à l’heure où je vous parle) mais une justification vis-à-vis de moi-même ; c’est presque un entretien motivationnel pour plus tard.

Ce n’est pas non plus une propagande pro ou anti-Prescrire. Mettons les choses au clair : j’apprécie énormément mes maîtres de stage et la plupart de mes amis twittos médecins abonnés à cette revue indépendante médicale. Il m’est arrivé à plusieurs reprises d’aller consulter la revue pour des questions pharmacologiques, et de la référencer dans une bibliographie. Elle a le double mérite de faire une recherche de littérature sur énormément de médicaments (que nous n’aurions pas le temps ou la capacité de faire seul) et d’avoir des avis souvent clairs et tranchés. Si je devais choisir un camp manichéen, je serais clairement dans le camp pro-Prescrire. Ne l’oubliez pas en lisant la suite.

Mais si je suis intéressé par cette revue, pourquoi ne m’y abonné-je donc pas, point d’interrogation. Listons…

  1. Je considère que je consacre suffisamment de temps à la médecine actuellement. Je ne prends même pas le temps de lire « La revue du praticien médecine générale » (que je reçois avec mon abonnement à l’association des internes locale), qui est déjà une bonne revue à mon sens – en dépit des publicités, du fait que ça soit subventionné par le laboratoire Sanofi-Aventis, et que les rédacteurs soient moins pointus en pharmacologie que ceux de Prescrire. J’avoue mon « conflit de coeur » : j’ai bossé la préparation aux ECN sur les fiches absolument géniales de la Revue du Praticien, en 5ème et 6ème années.
  2. J’apprécie beaucoup la pharmacologie, mais elle est loin d’égaler mon intérêt pour la démarche diagnostique. Je pense qu’en médecine générale, nous faisons perdre plus de chances aux patients à cause du retard diagnostique (par notre faute ou pas, ce n’est pas la question ici) ou d’un retard à la prise en charge (encore une fois du fait du médecin et/ou du patient), plutôt que par la prescription d’un médicament réellement dangereux. Le tabac a tué 73 000 personnes en 2011. Je crois qu’il faut me former en priorité sur l’optimisation de ma prise en charge des patients tabagiques, plutôt que parlementer sur la poignée de décès par arythmie cardiaque sous dompéridone (en croiserai-je un seul dans ma carrière ?)
  3. Je trouve que certains médicaments sont des ambulances sur lesquelles la revue tire à vue. Par exemple, avec les vasoconstricteurs nasaux, il y a eu, selon l’ASNM, 15 cas d’accidents vasculaires sous vasoconstricteurs nasaux (probablement sous-diagnostiqué, puisque ça dépend des déclarations en pharmacovigilance qui sont rarement faites). C’est terrible et facilement évitable pour un médicament purement de confort. Si les médecins et pharmaciens (oui oui) arrêtaient de prescrire ce type de produits dangereux, la vie serait meilleure : nous sommes d’accord. Je n’en ai jamais prescrit parce que j’ai eu cette culture du « décongestionnant nasal c’est caca ». Toutefois, je me pose quand même d’autres questions : avec plus de 260 millions de doses de paracétamol vendues par an en France (selon Lidwine Wémeau-Stervinou et al.), malgré l’excellente tolérance du produit (moins d’un effet indésirable pour 10 000 prises, selon Theriaque et le Meyer’s), combien de graves effets sont survenus sur la même période pour ce médicament « de confort » ? Et je ne parle pas du tout des anti-inflammatoires non stéroïdiens délivrés juste n’importe comment dans de nombreux cas, qui mériteraient vraiment qu’une revue telle que Prescrire s’y intéresse (insuffisance rénale aiguë sur AINS ça existe, et pas que chez les sujets âgés sous IEC ; idem pour les ulcères ; idem pour les cellulites à origine dentaire quand le patient va chez son pharmacien pour une rage de dent – oui, WTF).
  4. Il y a un côté journalistique et sensationnaliste, majoré ces derniers mois, qui m’ennuie au plus haut point. Titrer sur la couverture que la kinésithérapie respiratoire dans les bronchiolites ne sert à rien, à quoi ça mène ? Qui sont ces rédacteurs (ne signant pas) pour dénigrer ainsi une pratique, un métier ? « Ca va faire bouger les moeurs », mouais… Ca va surtout faire de la publicité pour la Revue, évidemment lever des boucliers de la part de kiné (osef, aucun kiné n’est abonné à Prescrire). Si ce sont des manières de procéder que je peux accepter dans d’autres circonstances, plus artistiques, où le star-system (comme on dit) a toute sa place, je trouve que dans le domaine de la santé ce genre d’agression publique ne devrait pas avoir lieu*.
  5. Le contenu global d’un article Prescrire est dans 95% des cas : « L’ésoperlimpimpin est nouveau. Il y a eu des cas de thrombopénie. Autant en rester au perlimpimpin, mieux éprouvé et moins cher. »  Ne pas trop prescrire est le message-clé de la Revue Prescrire. C’est déjà ce que je fais, pas du genre à proposer douze médicaments pour une « rhino-bronchite » ou « bronchite dentaire ». Ma philosophie devant une ordonnance (pas vraiment actuellement parce que je dépends des habitudes de 3 médecins différents donc je jongle), c’est « vous avez une liste de médicaments bien connus (vérifiés personnellement), avant d’ajouter un nouvel outil à votre arsenal, étudiez-le avant ».
  6. Pour avoir réalisé à titre personnel une petite analyse informelle, simpliste d’une faible partie de la littérature sur un sujet tel que traité dans Prescrire (en l’occurrence les anti-émétiques), il n’est pas possible d’avoir une opinion tranchée dans la majeure partie des cas. Conclure « ne donnez plus de dompéridone » ou « retirez le du marché » parce que « ça donne des arythmies cardiaques et élévation du QT » me semble une absurdité. Pourquoi ? Parce que ça se base sur des données de pharmacovigilance, que personne ou presque ne leur déclare les effets indésirables (c’est le sujet de ma thèse en gros et la pierre est sûrement plus à jeter au système de déclaration qu’aux médecins), que le dompéridone est l’anti-émétique le plus prescrit en France et qu’il est donc normal qu’il soit celui ayant le plus de retours (positifs jamais, négatifs parfois). Un allongement de l’espace QT est un effet indésirable commun aux neuroleptiques : quel médecin en ville fait un ECG avant de prescrire un neuroleptique ? Pourquoi le métoclopramide échapperait à ce type d’effet indésirable ? Il y a peut-être une réponse physiologique à cette question, mais elle n’est en tout cas pas discutée dans Prescrire.
  7. J’ai une culture des intervalles de confiance que Prescrire n’a pas (souvent). Je ne supporte pas de lire « diminution de 17% de la mortalité » sans savoir si c’est 17% +/- 2% ou 17 +/- 34%. Oh, bien sûr, ils savent aller les chercher quand c’est nécessaire (pour dire que c’est non significatif et qu’il faut décommercialiser souvent) – ils connaissent ça sûrement mieux que moi, ce n’est pas le souci. C’est juste que j’ai l’impression qu’on me donne une information prémâchée, trop simplifiée, pour ne pas me forcer à me poser des questions à la fin de la lecture de leur article (genre si c’est 17 +/- 15%). C’est d’ailleurs souvent le cas quand je lis Prescrire : à la fin, j’ai l’impression qu’ils ont lu et compilé toute la littérature et qu’il ne reste plus rien à chercher ou discuter sur le sujet. Et finalement quand on fait des recherches, on se rend compte que la vérité est moins rassurante, moins Bisounours (« lui il est méchant, lui c’est le soleil »).
  8. J’ai lu « l’histoire collective du chemin d’un texte de Prescrire ». Pour autant, non : je n’aime pas que le nom des rédacteurs ayant participé à l’écriture de tel ou tel article soit remplacé par un sobre « Prescrire ». Je ne suis pas pour ou contre l’individualisme, je n’ai rien contre l’anonymat, je participe avec plaisir à des oeuvres collectives… Mais j’ai été (et suis) rédacteur en chef de 2 journaux amateurs et j’ai honnêtement du mal à croire que 10-40 personnes, bénévolement, puissent faire une recherche bibliographique sur le sujet qui leur est soumis à critique, quand on connait les difficultés à garder les rédacteurs motivés… Je suis aussi sceptique quant aux « spécialistes du sujet » contactés pour donner un avis sur l’article : dans un milieu où les publications attitrées ont un impact important, je me permets d’émettre une réserve. Est-ce que ce Prescrire en signature n’est pas parfois juste un cache-misère pour dire que le sujet a été traité par des professionnels de santé éloignés de la spécialité concernée ? Cette réserve pourrait être facilement levée si au lieu de la signature Prescrire on avait les noms/fonctions du rédacteur principal, rédacteur référent, spécialistes convoqués (pas forcément les 10-40 relecteurs).
  9. Certains articles sont des modes de vie en autarcie, avec pour seules références des articles de Prescrire (et tous les articles auto-référencent Prescrire). En gros, ça revient à dire « nous avons raison car nous l’avons déjà dit, à un moment où nous avions déjà raison ». Faire un travail sur plusieurs années pour avoir des données de même qualité sur tous les médicaments est un objectif louable partiellement atteint par Prescrire (à mon sens), mais à force de se refermer comme une coquille d’huître, on va finir par avoir l’autarcie de l’ostracisme (voilà, c’est fait). De la même façon, ne pas consacrer de page (hors le courrier des lecteurs) des manuscrits adressés spontanément par des auteurs n’est pas judicieux à mon sens pour l’ouverture d’esprit. Il faut avoir vraiment investi à fond sa confiance dans la revue pour se contenter d’auto-référence.
  10. De ce dernier point découle un insupportable côté bon élève avec la citation annuelle des lecteurs émérites. Quid des non cités ? Quid (pire) des non lecteurs ? Je saisis bien la nuance entre « bien lire » et « être un bon médecin », mais franchement l’amalgame est aisé…

Voilà un peu mon petit tour d’horizon. Il est très probable que d’ici quelques mois / années, je m’abonnerai à la Revue Prescrire, pour son mode de fonctionnement plus que respectable (pas de pub, etc.), ses articles globalement d’excellente qualité et parce que les médecins que je connais qui l’utilisent sont à mon sens de très bons médecins. Je relirai mon post à cette occasion. J’espère que je ne perdrai pas mon sens critique à force de lire Prescrire, que je ne la citerai pas comme la Bible de la médecine, et que je saurai garder assez d’ouverture comme mes amis sur Twitter ou mes praticiens. Et j’espère qu’un jour, à force de lire la même revue EBM, je n’oublierai pas que la clinique et le bon sens ont encore une place importante à côté de l’Evidence-Based Medecine.

 

__________

* Petit aparté… De la même façon, je ne compte pas signer la pétition de Bruit des sabots (un ami sur Twitter par ailleurs, aucune animosité envers lui ou ceux qui ont signé) : je suis contre cette insurrection contre une autre profession (votre travail de visiteur médical ne devrait pas exister, vous faites du mal aux patients, on va signer contre vous : wait, what ?). Nous sommes dans un contexte économique particulièrement difficile, et je ne veux pas être à l’origine de la suppression de 16 000 emplois.
Je trouve quand même étrange que des personnes luttant contre les objectifs ou « critères intermédiaires » (ex. le LDL-cholestérol diminué par la statine versus la réduction de morbi-mortalité cardiovasculaire, qui est le vrai but) puissent penser que la suppression de la visite médicale en France est un objectif principal d’amélioration de la qualité de prise en charge des patients. Le problème n’est pas la visite médicale, le problème c’est les médecins qui ne se forment pas / plus, voire n’ont jamais été vraiment formés. Bon, je vous ai mis le lien de la pétition, vous avez le droit d’être en désaccord avec moi. Je me pose simplement la question du bénéfice de la suppression de 16000 postes sur la prise en charge de patients, versus le risque de cette suppression de masse… (NB. Je ne recevrai pas la visite médicale, ce n’est pas le sujet. Je ne suis pas « les médecins » dans sa globalité).

Même avis pour l’affiche du Docteur Dominique Dupagne contre le programme sophia de la CNAMTS qui crée à mon sens un climat défavorable entre le patient et la sécurité sociale (à qui il doit en partie sa santé, le système français est critiquable mais franchement bien fonctionnel). Le médecin se place ici au-dessus de la sécu. De façon détournée, ce genre de mise en avant est à mon humble avis nuisible pour les autres relations entre le patient et tout autre médecin ne se prononçant pas contre ce système Sophia.
Par ailleurs, comme je dis plus haut que je suis contre toute animosité, je rappelle si besoin était, que le Dr. Dupagne est un pionnier de la formation médicale indépendante, quelqu’un qui a beaucoup travaillé et travaille encore beaucoup pour la meilleure prise en charge ambulatoire des patients possible… Je ne suis juste pas d’accord avec tout ce qu’il dit (idem que pour Prescrire ou B.), mais je m’y intéresse forcément au moins très respectueusement.

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  1. PhilAllergie (@PhilAllergie)

    En fait : juste merci pour cette sincérité et cette honnêteté intellectuelle.

  2. Lulupette

    Salut,

    Je ne suis pas (encore) médecin, ni même interne, mais j’aimerais rajouter 2-3 choses à cet argumentaire, bien fait par ailleurs.

    La première, c’est que j’ai l’impression que la VM entretient chez certains médecins l’impression d’une FMC « facile », et que du coup ils ne prennent pas la peine de chercher ailleurs, d’ailleurs ils-sont-a-jour-puisqu’au-courant-des-derniers-médicaments. Il est donc faux de dire que la VM n’est pas liée à la prise en charge du patient, puisqu’en son absence un médecin serait obligé de se former et de lire…en tout cas un peu.

    Deuxième point, c’est par rapport à vos « confrères » les internes, de toute spécialité, qui font leurs études dans un CHU. Qui accepte la VM dans tous les services, avec les remerciements du chef. Parce que « sans eux, pas de sous pour les formations » (et je ne parle pas de formations complémentaires, mais bien des cours de DES, +/- obligatoire). Certes, l’argument est vrai et recevable. Il n’empêche que ce n’est pas une raison pour se boucher les yeux, et accepter à bras ouverts tout et n’importe quoi…
    Il est « facile » pour des MG de dire « non, moi je ne reçois pas la VM, je suis indépendant ». Mais comment fait un interne au cours de son cursus ? Il ne va pas en cours ? Ni aux soirées-débats éventuelles ? Ni en pause ?
    Un exemple de la main-mise des labo (Dr Borée en parle bien mieux dans son blog) : chez moi, nous n’avons que l’Inexium comme IPP ; nous ne pouvons même pas poursuivre le ttt habituel d’un patient lors de son hospitalisation ! Tous ça parce que le labo le DONNE à l’hôpital. Résultat, 90% des patients sortent avec, et l’achète en ville. Tout bénèf pour le labo, aucune liberté de prescription pour les médecins. Et finalement, pourquoi s’informer sur les différents IPP ?

    Dernier point, je ne suis pas d’accord sur l’opposition entre « prise en charge du patient » et « emplois ». Certes, supprimer un métier conduit à supprimer des emplois. De même que pour les histoires de financement, l’argument est vrai et recevable. MAIS on ne peut pas mettre ça en balance face à un patient. De même qu’on ne peut pas dire « on ne supprime pas ce médicament du marché, des emplois sont derrière ».
    Et les labos, quelqu’un leur dit que c’est mal d’arrêter de fabriquer des médicaments encore utilisés sous prétexte qu’ils ne sont plus rentables ? Parce qu’en face, ce ne sont plus des emplois mais des gens malades, ça ne compte plus ?
    Ce n’est pas notre métier de médecin que de faire de l’économie de la santé. Les emplois et les financements, des gens « prévus pour » – devraient- s’en occuper. Par contre, c’est de notre ressort de refuser une formation biaisée de bout en bout.

    Parce que je suis en D4. Que je révise ce p***** de concours. Et donc la fameuse LCA (lecture d’article). Parce que si c’est pour que finalement on me dise que tel médicament est mieux qu’un autre parce-que-je-suis-payée-pour-vous-le-dire, je ne vois pas l’intérêt de cette épreuve.

    Désolé pour la longueur du comm… Je respecte ta position, mais elle est plus facile à tenir pour toi en libéral que pour les hospitaliers pris dans un fonctionnement de groupe.
    @lulupette

  3. Docteur_V

    Bonjour,
    Je fais partie des « bons élèves », lecteurs émérites. Pour la 21e fois cette année. Je n’ai donc manqué que les deux premiers tests. Pire, j’ai racheté tous les numéros qui me manquaient. J’ai donc tout lu et presque tout relu Prescrire.
    J’ai donc du recul. Et je peux apprécier tout ce qu’à pu apporter cette lecture et relecture à mes patients. Ils sont un peu drogués au paracétamol, mais ils ont évité pas mal d’écueils thérapeutiques. La remise en cause permanente par Prescrire des paroles d’experts assénées en permanence lors de nos formations me permet de garder, justement, un esprit critique.
    Je fais aussi partie de l’Association Mieux Prescrire. Prescrire est gérée par une association à but non lucratif, donc pas de bizness. Elle a failli disparaître parfois et il a fallu l’affaire du Médiator pour être connu un peu en dehors du cénacle. L’exposition médiatique est étonnante. Tout le monde se foutait complètement des avis de Prescrire il y a 3 ans et maintenant, il faudrait qu’ils mettent de l’eau dans leur vin pour ne pas choquer tel ou tel. L’avis sur la kinésithérapie n’est pas nouveau. Il n’a pas fait un remous il y a quelques années, mais maintenant… Prescrire doit apprendre à gérer ça. A gérer le fait que ses avis seront lus et « résumés » par les médias.

    Le problème avec Prescrire, c’est qu’ils sont trop souvent en avance. J’ai prescrit des litres de vasoconstricteurs nasaux et je trouvais ça efficace. J’ai arrêté peu à peu. Pas vu de changement. L’eau de mer à l’air tout aussi efficace. Même sur moi.
    Je prescris toujours de la dompéridone, mais je vois que son efficacité n’a pas l’air terrible en ce moment d’épidémie et je vais, là aussi, peu à peu, laisser tomber. Il faut le temps que les patients s’habituent, mais aussi le médecin. Je tiens le pari que la kiné respi dans la bronchiolite aura disparu dans quelques années. Au moindre effet secondaire grave, elle saute.

    Je fais aussi partie des relecteurs des articles. Je n’ai pas de compétence particulière en dehors de mon métier de MG libéral, d’une capacité de gériatrie et d’un DIU de soins palliatifs. Mais j’ai mon avis à donner sur certains points de l’article et je n’ai que rarement envie et/ou besoin de lire toutes les références. Je vais amener ma vision et mon expérience ou simplement proposer des corrections stylistiques. La rédaction de Prescrire travaille vraiment en équipe et il n’y a pas besoin d’être néphrologue pour lire et pondre un article sur un médicament de néphrologie. L’article est ensuite envoyé à des néphrologues, mais aussi aux médecins qui, comme moi, vont se charger de gérer les complications du traitement en urgence ou la prise en charge avec les autres traitements.

    J’ai connu le temps ou les articles de Prescrire étaient signés par les chefs de rubrique. Une des raisons de l’anonymat est aussi le fait que ces gens ne sont pas que des rédacteurs de Prescrire et qu’ils subissaient des pressions. Imagines maintenant avec le poids qu’ont pris ses avis. Et ça changerait quoi sur le fond de l’article qu’ils soient signés ? Toujours la vision du Maître et de l’Expert. Viens avec nous dans le 2.0 😉

    Je pense qu’il serait bon qu’il y ait une autre revue équivalente en français. Minerva n’est pas mal, Médecine n’est pas totalement indépendante et Pratiques couvre d’autres champs. Il serait vraiment sain que Prescrire ne soit pas seule. Un Prescrire Cardio serait pas mal non ?

  4. Dominique Dupagne (@DDupagne)

    Bonjour

    Je trouve tes positions très cohérentes entre-elles 🙂

  5. Docbeca

    Je trouve ces échanges très intéressants je connais Prescrire depuis longtemps mais je suis abonnée que depuis peu je suis ravie de remplir les fiches de lecture parce que ça m’oblige à relire et ça m’aide à mémoriser . Tout n’est peut être pas du même niveau mais je trouve que ça fait du bien . C’est peut être idiot mais j’ai l’impression de m’améliorer. j’ai un diplôme de stats donc je comprends ton besoin d’IC mais il suffit de lire l’article en référence . Quand à la VM vous avez tous raison mais je crois que chacun peut décider de son choix les recevoir car il faut qu’ils garden leur boulot mais garder un esprit critique

  6. Lulupette

    Ok, on est donc tout à fait d’accord sur le fond. Après, le comment la VM va évoluer, c’est pour moi une affaire de labo. Du moment qu’elle n’est plus devant les médecins / internes / congrès avec la bouche en coeur et les croissants…
    Pour la HAS, ça serait bien…surtout après avoir lu ça http://www.atoute.org/n/La-Soutenance.html
    À se demander la valeur des recommandations faites…

    Merci pour le débat !

  7. B.

    Salut !

    Aucune animosité non plus… 😉
    Je ne cherche pas à diaboliser les visiteurs médicaux.
    L’argument de suppression d’une dizaine de milliers de postes me paraît complètement absurde.
    Le patient doit rester au centre de la réflexion. Si par un fou raisonnement et des études délirantes, on parvient à consensualiser le fait que la visite médicale baisse la morbi-mortalité du patient, doit-on sous prétexte de conditions économiques difficiles sacrifier le patient à l’économie du marché.
    Ce raisonnement est digne des Shadoks.
    Rendre responsable le médecin alors que c’est l’industrie pharmaceutique qui fait ses choux gras pour creuser un trou qu’elle rebouche me paraît totalement et définitivement absurde.

    Mais sans rancune… 🙂

    La partie sur la revue Prescrire est géniale ; excellent contre-point !

  8. B.

    Au fait, concernant les 70.000 décès liés à cette épidémie mondiale sous conditionnement publicitaire multi-décennal, Champix ou pas Champix ?

    😉

  9. B.

    Deux autres questions seraient, celles-ci moins provocatrices que la précédente ;
    1- combien de médecins différents visités par visiteurs médicaux chaque année ?
    2 – quel budget investi dans le démarchage indépendamment du nombre de visiteurs ?
    Je ne connais pas ces réponses, mais je crois que l’impact de la visite médicale est plus majeur qu’il n’y paraît. Sinon, ça ferait longtemps que ce métier n’existerait pas (l’économie du marché a moins de scrupules que toi ou moi…).

      • B.

        Tu te contre-dis. Si la VM rapporte aux labos, c’est qu’elle est suffisament influente, et donc potentiellement dangereuse pour le patient, toujours dans l’optique ou la firme vend de la nouveauté et du critère intermédiaire. Par ailleurs, tu dis qu’il faudrait plutot que de retirer la VM hermétiser complètement la filière industrielle du precripteur sous peine de développer des résistances aux Ac anti-visite médicale.
        Je ne suis pas convaincu de la possibilité pratique de concrétiser un tel projet. Á une échelle plus humaine, il me semble que diminuer l’influence de la VM auprès des praticiens serait un progrès non négligeable.

  10. PhilAllergie (@PhilAllergie)

    Pour ma part, je pense que le problème majeur, aujourd’hui, avec les relations médecins/industrie pharmaceutique c’est l’indépendance des données : des études scientifiques publiées.

    En résumé, tant que la formation des médecins ne sera pas assurée/financée correctement, elle n’existera toujours qu’avec sponsoring plus ou moins franc.

    Je ne parle même pas là des invitations au centre des congrès à Paris où logés dans un hôtel 5 étoiles et transport pris en charge en 1ère classe le médecin ne paye pas son inscription au congrès national.
    Je n’en parle pas parce que : ce genre de congrès n’apporte souvent pas grand chose au médecin et c’est simplement l’occasion pour lui de passer ses soirées avec les associations de loi 1901 de sa profession qui profitent de ce rassemblement pour remplir les pauses de midi et les soirs de ces réunions passionnantes et off-congrès. Parce que un rassemblement en France c’est forcément Parisien et que Paris c’est cher et parce que vu les prix de ces congrès il n’est pas possible à un libéral qui perd déjà 1000€ de CA/jour d’y ajouter les énormes coûts de ce genre de réunion.
    Bref, cette non formation nationale est inepte ok mais, dévoyée de son rôle initial, elle est très pratique pour la plupart d’entre nous. En libéral, l’absence du médecin de son cabinet a un coût (loyer à payer et charges) pas du tout compensé par une indemnité quelconque et pas non plus par cette prise en charge par un laboratoire

    Je parle plutôt de la formation médicale tout court :
    – les revues de vulgarisation médicale : toutes subventionnées, aucune d’entre elle n’est viable financièrement de manière indépendante sauf Prescrire pour qui je partage l’avis émis par notre hôte.
    – les publications pubmed : outre le conflit d’intérêt direct de un ou plusieurs auteurs, il y a le fait que tous les CHU ont besoin de publier pour se faire connaitre et que pour publier il leur faut des sous et que ces sous quand ils ne sont pas nominativement donnés à un médecin chef de service (ou pas) sont donnés à une pseudo-association qui paye, au noir, le travail de l’étude et donc l’étude choisie n’ira pas critiquer tel ou tel produit parce que bon quand même c’est eux qui payent.
    Ce sont ces mêmes études, subventionnées, que va utiliser prescrire la revue INDEPENDANTE pour nous donner son avis hein :-). Ben oui.

    Donc, pour avoir une formation médicale, une information médicale, correcte, les études scientifiques devraient être réalisées uniquement sur les deniers publics. En période d’économie budgétaire, notre ancien président a, au contraire, décidé que la recherche public, justement, intégrerai des budgets privés pour se consacrer aux choses importantes : ce qui rapporte plutôt que les choses pas importantes : ce qui fait réfléchir.

    Alors c’est vrai qu’aujourd’hui je suis dubitatif quand j’entends des médecins me dire : je suis indépendant dans ma formation parce que je ne reçois pas les labos et que je lis Prescrire.

    À la limite j’aime bien les « visites médicales » parce qu’elles obligent justement à mettre en perspective ce qu’on vous montre (ciblé par un service commercial), les intentions bien caricaturales du vendeur et à comparer par rapport à ce que je sais ou crois savoir et à faire évoluer mon jugement et pas forcément dans le sens du labo.
    C’est un exercice critique qui m’amuse tant qu’il n’est pas fréquent (je vois, un VM par semaine, parfois deux).

    Voilà, donc si on peut faire sans, je suis d’accord mais je pense qu’aujourd’hui, faute d’indépendance des études scientifiques, d’indépendance des revues médicales, et d’indépendance des sociétés savantes : la VM est un problème mineur qui ne fait plaisir qu’aux DRH des sociétés concernées qui cherchent à supprimer un poste de dépense.

    Que l’on permette des études indépendantes au financement public et clairement identifié comme tel et, alors, on pourra supprimer les VM pour faire plaisir aux labos et aux anti-labos.

  11. Florette

    Merci pour cet article !! Je me sens moins seule dans mon positionnement sur Prescrire ^^
    Je ne suis qu’en D4 je n’ai sans doute pas le recul suffisant mais quand même à mon niveau je trouve que certaines de leurs prises de position sont vraiment… Pas discutables mais disons qu’il y a le fond et la forme… Le fond est tout à fait louable et très certainement juste mais la forme est quand même discutable je trouve (balancer un truc en une avec force matraquage médiatique et que ça fasse le tour de tous les autres journaux, de la TV et des patients qui arrêtent subitement leurs traitements et arrivent angoissés chez leurs médecins ou aux urgences ben c’est limite éthiquement je trouve….)

    Par exemple sur la kiné dans la bronchiolite : oui il n’y a aucune amélioration prouvée par les études mais cela permet 1) de soulager l’enfant (et ses parents), 2) une bonne éducation thérapeutique sur les DRP qui ne peut pas forcément être faite au cabinet ou en ville et 3) une surveillance accrue de l’enfant qui peut alors être renvoyé vers son médecin et ça pour moi ça vaut toutes les études du monde… (Cela dit cette une m’a permis de mettre en pratique certains questions de cas cliniques des ECN à base de « le papa vous demande votre avis sur la kiné respi dans la bronchiolite. Que lui répondez vous ? » Heeeeuuuu… ^^)

    Autre exemple : la liste des médicaments qu’ils ont sortis franchement c’était nécessaire de faire ça publiquement d’un coup à grands renforts médiatiques ??? Certains des médicaments qu’ils ont cité sont quand même utiles pour des patients qui étaient en impasse thérapeutique (SEP par exemple) et qui risquent de les arrêter du jour au lendemain … :/

    Je sais que je ne suis qu’en D4 et je n’ai AUCUNE expérience mais franchement je trouve dommage certains articles de Prescrire qui par certains aspects contribuent à casser certaines relations patients-médecins … Moi ça ne me donne pas envie de m’y abonner quand je serai interne (dans 9 mois bouhouhouh pic de stress) …. :/

    Par ailleurs c’est amusant de te retrouver quelques années après j’étais sur le forum du tutorat je me souviens de tous les post d’encouragement que tu nous laissais … Et puis j’ai fais partie des étudiants à qui tu as fais tour de printemps la semaine passée : conf très sympa mais la variole c’était un peu too much non ? ^^ (cela dit maintenant tu es « le conférencier à la variole » pour nous ^^)

    Bon courage et bonne soirée !

  12. @now@n

    Le dernier commentaire me rassure un brin :-°

    Mon paternel pratique, entre autres arts, la kiné respiratoire sur des bouts de chou atteints de bronchiolite. Je commençais à me demander, du coup.
    (Oh, et d’après lui ça donne des envies de meurtre à la plupart des mères, qui, techniquement, voient un inconnu faire pleurer leur nourrisson. :-°)

    Je ne pensais pas que ton blog médical me toucherait un jour de si près. 😀

    • @now@n

      Narmol, j’ai envie de dire. Ce n’est pas comme si tu étais submergé, entouré de chimie au quotidien.

      Oh attends. Si.

      (‘fin bref, j’essaye de m’intéresser, et puis, on est des potes, hein mon pote ? Chuis pas ton pote, mon pote ? *sniff*)

        • @now@n

          Ha ha peut-être 🙂
          D’ailleurs, faut que je te maile.

  13. Docpp

    Bonjour

    Je suis un peu surpris que personne ne cite l’autre revue indépendante sans pub française : Médecine.
    j’y suis abonnė depuis plusieurs années ( en plus de Prescrire) et c’est vraiment très complémentaire
    je mets en lien le site. De plus contrairement à « prescrire » tous les articles anciens sont en accès libre et l’abonnement est beaucoup moins onéreux

    http://www.revue-medecine.com

  14. Caroline

    Merci pour cette qualité de réflexion. Et je me permets de t’encourager à mettre ce travail dans dans ton port folio, si ce n’est déjà fait ;p

  15. A. Pedrin

     » Par exemple, avec les vasoconstricteurs nasaux, il y a eu, selon l’ASNM, 15 cas d’accidents vasculaires sous vasoconstricteurs nasaux »
    ================================
    Oui, je n’en prescris quasiment plus ou alors avec des pincettes en prévenant des risques indéterminables, numériquement.

    Parce que là encore c’est du type « Alerte à la dompéridone ».

    Typique des autorités inscientifiques et de la revue Prescrire (cf plus bas)

    On ne nous donne qu’un numérateur !!! Des listes d’effets secondaires, mais sans les informations cruciales.

    Qu’est-ce que c’est que cette pseudo-science anathème et fatua qui bannit un médicament sans donner de raison valable ?

    De mémoire, je ne sais plus comment j’ai trouvé des chiffres, mais je me suis mis en mémoire (peut-être qu’elle me trompe) il y a quelques années, qu’il devait y avoir quelques millions de traitements vasoconstricteurs pour les naseaux (VCN) par an en france et 15 cas d’AVC coïncidents avec des VCN.
    Outre que c’est rétrospectif, cela n’a aucunement valeur de preuve.
    QUi provoque l’AVC ou y participe ? Le virus ? La toux ? Le nez bouché ? Le VCN ?

    DE toutes façons même si c’état prospectif avec une proportion aussi ridicule, même si elle atteignait le seuil arbitraire de p< 0.05, la taille de l'effet interroge sur la causalité (voir les bouquins de Nortin Hadler:
    http://livre.fnac.com/a3131975/Nortin-M-Hadler-Malades-d-inquietude
    http://www.amazon.fr/Malades-dinqui%C3%A9tude-surm%C3%A9dicalisation-Nortin-Hadler/dp/2763789625/ref=la_B001ITYO36_1_2?s=books&ie=UTF8&qid=1393497078&sr=1-2

    Prescrire conseille avec une prudence louable, mais de qui n'a jamais été vraiment enquiquiné par un nez totalement bouché plus le reste.
    Ils disent sans doute comme d'habitude de mettre du serum physiologique, ce qui dans un nez bouché marche moins que pisser dans un violon.
    Certes le rhume est bénin.
    Mais bien que je me plie à l'oukase du bannissement au goulag des VCN, (un AVC de coïncidence et paf! ) j'eus aimé avoir des vrais arguments scientifiUES. Peut être en connaissez vous ? Partagez donc !

    ======================================
    "Je trouve un peu étrange que Prescrire félicite nominativement les médecins, parce que ça peut créer (aux yeux de certains, pas tout le monde et pas moi non plus, juste de façon théorique) une scission entre « lecteurs émérites de Prescrire » / « autres médecins ».
    Or, il n’a pas été montré que la lecture de Prescrire par des médecins permettait d’améliorer la durée de vie de leurs patients"

    En effet, bien vu. Démarche imparable. J'en suis , des émérites mais le commentaire est bien vu. rappel à l'humilité.

    Ceci dit l'absence d'étude ne prouve pas l'absence d'effet hein ! OU encore l'absnece de preuve n'est pas une preuve d'absence d'effet .
    Et toc.

      • Docteur_V

        « Sauf que de mémoire, le paracétamol n’est jamais un traitement étiologique (ni un traitement de dernier recours indispensable, qui pourrait ainsi justifier le risque d’hépatite…) Nous n’avons aucun équivalent moins nocif, certes… comme les vasoconstricteurs nasaux, donc ? »
        Le paracétamol a montré son efficacité sur la douleur. Les vasoconstricteurs nasaux n’ont jamais démontré leur efficacité sur l’inconfort du nez bouché.
        J’en utilisais… pour moi (Pernazène, Stovédrine, Dérinox, Aturgyl, Déturgylone, etc.). Je n’en utilise plus. A ma grande surprise, ça ne me manque pas. Un bon lavage de nez est aussi efficace. Ou rien.
        Nous surestimons toujours l’efficacité des traitements.

  16. Korrilou

    « Toujours tout remettre en question » doit rester notre devise. Vous le faites avec brio.
    Je suis MG, « lecteur émérite » de la Revue depuis des années. Revue indispensable mais qui n’est pour moi qu’un outil parmi d’autres, et non une bible.

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