Coudre et en découdre

COUDRE ET EN DECOUDRE

Une tragédie classique en cinq actes.

ACTE I – Exposition

Les urgences du côté de la chirurgie, de la traumatologie et de la « bobologie », j’en ai déjà parlé ici et .

L’externe, dont c’est la première garde, doit aller diagnostiquer les entorses de cheville de mademoiselle c’est-quand-je-suis-retombé-sur-ma-coéquipière-après-un-jump-au-basket, les fractures de radius de madame je-suis-tombé-de-ma-table-de-nuit-en-bordant-le-lit-superposé-de-mon-fils, les luxations d’épaule de monsieur je-viens-juste-de-me-remettre-au-roller. Le plus grand intérêt dans ces examens cliniques est de constater à quel point les gens ont une vie dangereuse ou, tout au moins, des accidents particulièrement (et malheureusement) stupides qui mériteraient qu’on leur décerne un prix « EPIC FAIL OF THE DAY ».

Au CHU, l’externe doit également aller examiner madame j’ai-mal-au-ventre, monsieur je-crois-que-j’ai-peut-être-avalé-un-morceau-d’assiette-en-mangeant-mon-gâteau-à-22h-et-là-à-1h-du-matin-j’angoisse, ou monsieur j’ai-dérapé-avec-ma-moto-sur-200-mètres-à-80-km/h qui est dans une coquille rigide avec minerve, qui empêche de faire convenablement l’examen clinique et les radiographies qui permettront de retirer ladite coquille rigide avec minerve (oui, c’est vicieux comme cercle).

Après un examen parfois sommaire (je sais que je dois manipuler le genou pour examiner les ligaments croisés, les ligaments latéraux et les ménisques, mais là il a juste très mal quand je le touche donc si on pouvait remettre ça dans 10 jours…), l’externe envoie les patients en radiologie. Ensuite, il part à la recherche de l’interne ou du chef pour leur présenter « le genou et sa radiographie » (ne peut être vendu séparément du patient qui va avec), afin de peut-être pouvoir libérer son patient… Le néon clignote et s’éteint sur la dernière image de l’externe tentant désespérément de montrer son dossier à un supérieur, dans un ballet où il n’a pas sa place.

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    L’imagination avant internet

    Je crois que mon premier souvenir remonte à l’âge de mes quatre ans. Je suis dans la salle de bain de ma grand-mère, résidence Salvator Allendé (un médecin chilien, président entre 1970 et 1973), la télévision est allumée et diffuse une scène de tribunal. Je demande à ma grand-mère si ce sont mes parents qui divorcent. En fait j’avais trois ans d’avance sur le jugement, qui ne fut ni publique ni télédiffusé… Dans le même appartement, je me souviens de mon oncle venant jouer au tiercé autour d’un café le dimanche, de mon coffre à jouets, de la frousse que le terrible Père Lulute soit derrière le rideau de la fenêtre (au troisième étage) le matin au réveil, de ma mère qui me rince les cheveux tandis que la télé cathodique diffuse Canal + en clair un samedi, et enfin de ma chute du lavabo dans lequel ma grand-mère me lavait. La dispute qui s’en suivit fit que je n’y suis pas retourné pendant plusieurs années (dans l’appartement, pas le lavabo).

    Un autre souvenir marquant, c’est à la maternelle. J’ai tellement pleuré pour ne pas y aller que je n’y suis entré pour ainsi dire qu’à quatre ans et demi, en 1991-1992. J’ai quelques petits flashs sur les gommettes, les peintures au jet de pinceau, la séance de photo sur le toboggan… Un jour, pendant la lecture de la maîtresse Mme W. je montre la tranche d’un livre à un camarade de classe et lui dis avec le sérieux d’un notaire constipé « là c’est écrit : le mou-lin-bl-eu ». Une minute après, je suis sur les genoux de Mme W. qui me fait lire le livre en question. Plus tard, j’ai refait mon intéressant en CE2 (en connaissant la dictée par cœur à la fin de la lecture par l’instituteur), en 4ème (en explosant tous les records du collège au Tetris en classe de technologie, avec l’aval du professeur bien sûr) et en 1ère (en reprenant cinq ou six fois le prof sur sa démonstration de résolution de l’équation de second degré – rapport à la fatigue de sa paternité nouvelle, il a quand même eu l’agrégation de mathématiques dans l’année, j’étais un Mickey à côté). Depuis, je n’ai plus jamais eu l’occasion de briller. Je suis devenu un terne.

    Pour revenir à ma lecture relativement précoce, le mérite revient surtout à ceux qui m’ont donné l’envie d’apprendre, en me lisant des histoires ou en m’initiant à la lecture syllabique (sans tenir compte de la mode entre 1980 et 2006 pour la méthode globale) . Je me souviens d’ailleurs que juste avant de lire « le mou-lin-bl-eu », mes cousins m’avaient appris la prononciation de quelques syllabes chez ma grand-mère, après avoir couru dehors, vidé mon coffre à jouets en bois (plein à craquer, comme tout fils unique qui se respecte), et s’être amusés avec ma gigantesque toupie bourdonnante.

    Toupie bourdonnante
    Eppur si muove ! (Galilée)

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      Je suis en-tête

      Un énorme merci à Shnouk/Schnouk pour sa bannière personnalisée qui sait si bien retranscrire l’ambiance hospitalière du point de vue des étudiants… Moi, ça me rappelle à la fois la maison des fous des 12 travaux d’Astérix et la Mort qui rôde dans les Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett. Autant dire que c’est parfaitement en accord avec le ton qui règne sur ce blog.

      Bref, j’ai donné carte blanche au Grand Architecte du Spectre Chromatique, et j’en suis ravi !

       

      D’autres créations visuelles de Shnouk :

      Les échappés de Berçuel (saga mp3 d’Asmoth et MimiRyudo)

      Le site de Squill (sagas mp3)

      Le calendrier de l’avent.mp3 (monos mp3 sur Netophonix)

      Merdier magazine (comic strips)

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        Où est Charlie ? Le monde des urgences

        J’ai déjà partagé ma vision hautement philosophique des gardes aux Urgences chirurgicales. Mais au fil du temps, d’autres anecdotes me reviennent. Notamment, l’impressionnante logistique des lieux…

        Dimanche matin, 8h30, Centre Hospitalier Régional. L’externe arrive aux urgences chirurgicales. C’est sa première garde. Il ne va rien savoir faire. Il se présente. Soupirs, haussements de sourcils. On ne va pas l’accueillir avec des banderoles. Ni retenir son nom d’ailleurs, puisqu’on peut l’appeler de façon plus générique « l’externe » — les amateurs de Scrubs se souviendront de Perry Cox appelant John Dorian « bizuth » ou Joséphine à longueur de journée…

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          Le défaut de mes billets…

          C’est qu’ils sont trop longs.
          En général.

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