[Fiche] Vaccination anti-VHB et acquisition d’immunité

Dans plusieurs situations, nous sommes amenés à nous assurer que les adultes soient bien immunisés contre le VHB, notamment pour des patients de 17-20 ans (en général) qui entrent dans le milieu de la santé… En effet, l’article L. 3111-4 du Code de la santé publique (CSP) et les arrêtés du 6 mars 2007 et du 16 décembre 2016 rendent obligatoire l’immunisation contre l’hépatite B pour les professions suivantes : médecin, chirurgien-dentiste, pharmacien, sage-femme, infirmier, masseur-kinésithérapeute, pédicure-podologue, manipulateur d’électroradiologie médicale, aide-soignant, ambulancier, auxiliaire de puériculture, technicien en analyses biomédicales, assistant dentaire, thanatopracteur. L’immunisation est également recommandée pour les secouristes, gardiens de prison, éboueurs, égoutiers, policiers, tatoueurs, etc.

3 ans de « médecin agréé pour la fonction publique » m’ont exposé à plusieurs types de situations ; je partage ici les questions que je me suis posées à un moment ou un autre :

  • quel est le schéma vaccinal « classique » ?
  • combien de vaccins sont à réaliser au minimum ?
  • quels dosages pour s’assurer de la bonne immunisation ? Et quels seuils ?
  • que faire si le seuil n’est pas atteint ? Faut-il revacciner ? Combien de vaccins faire au maximum ?
  • que faire si l’immunité n’est pas acquise malgré le nombre maximal de vaccin ?
  • peut-on exercer une profession de santé si on est non répondeur, ou a t-on obtenu la PACES pour rien ?

 

Quel est le schéma vaccinal (début 2019) ? 

Informations du calendrier de vaccination 2018 :

  • Tous les enfants sont maintenant vaccinés, à 2, 4 et 11 mois (avec le vaccin hexavalent) ; il n’y a pas de rappel systématique
  • Pour un enfant non vacciné : ENGERIX B10 avec un schéma à 0, 1 et 6 mois
  • Pour un enfant de 11 à 15 ans (révolus) : ENGERIX B20 avec un schéma à 0 et 6 mois (sauf si à risque, dans quel cas on privilégiera le schéma à 3 doses d’ENGERIX B10)
  • A partir de 16 ans : ENGERIX B20 avec un schéma à 0, 1 et 6 mois
  • En cas de souhait d’une immunisation rapide (détention, départ imminent en zone d’endémie) : ENGERIX B20 avec un schéma accéléré à 0, J7, J21 et 12 mois
  • Chez les insuffisants rénaux chroniques dialysés et immunodéprimés exposés, les doses sont différentes (2 doses à 0, 1, 2 et 6 mois, soit 8 doses au total).

 

Combien de vaccins au minimum ? 

Même si le schéma classique est ENGERIX B 20 en 3 doses (chez les plus de 16 ans)… il est parfois possible de s’arrêter à 2, pour peu que le dosage d’anticorps anti-HBs soit supérieur à 100 UI/l, comme nous allons le voir juste en-dessous.

 

Quels dosages pour s’assurer de la bonne immunisation ? Et quels seuils ? 

Quand un patient vous consulte pour s’assurer de son immunisation contre le VHB dans le cadre d’un (futur) exercice professionnel, vous devez lui doser au moins un mois après le dernier vaccin :

  • les anticorps anti-HBc (a t-il été en Contact avec le VHB ? Même si C ne veut pas dire contact, c’est un bon moyen mnémotechnique ;-))
  • les anticorps anti-HBs

Ensuite, il y a un algorithme (tableau 4.8 du calendrier vaccinal, reproduit un peu plus bas) :

  • Anticorps anti-HBc positif ==> argh, zut, il faut compléter le bilan à visée diagnostique : Ag HBs, ADN VHB, ALAT, ASAT, sérologies VHD (anticorps anti-VH delta) +/- sérologies VHA et VHC
    • Ag HBs + ou charge virale détectable = infection chronique à VHB = avis spécialisé
    • Ag HBs – et charge virale indétectable MAIS Ac anti-HBs < 10 UI/l = avis spécialisé (probablement infection ancienne)
    • Ag HBs – et charge virale indétectable ET Ac anti-HBs > 10 UI/l = immunité acquise (après infection par le VHB)
  • Anticorps anti-HBc négatif (le plus fréquent en France)
    • Si Ac anti-HBs > 100 UI/l = immunité, y compris s’il n’y a eu que 2 vaccins effectués (théoriquement même un seul vaccin, mais c’est beaucoup plus improbable et donc assez peu utile de faire le dosage…)
    •  Si Ac anti-HBs entre 10 et 100 UI/l = immunité si le patient a bien eu les 3 doses (sinon, compléter le schéma vaccinal à 3 doses, et ne pas refaire le bilan biologique au décours)
    • Si Ac anti-HBs < 10 UI/l = non immunisé = compléter le bilan à 3 doses puis recontrôler un à deux mois après la dernière injection

Capture d’écran 2019-01-21 à 23.33.30

Que faire si le seuil n’est pas atteint ? Faut-il revacciner ? Combien de vaccins faire au maximum ? 

Si >10 UI/l après 3 injections = immunité acquise ; sinon, il faut poursuivre les injections d’ENGERIX B20 tous les 1 à 2 mois (avec contrôle de la sérologie préalable pour arrêter dès que le taux dépasse > 10 UI/l).

On s’arrêtera à 6 injections maximum (patient non répondeur).

Est-ce tant que ça ? Comme dit plus haut, les personnes immunodéprimées exposées ou les insuffisants rénaux chroniques dialysés sont sur des schémas de 2 vaccins répétés 4 fois (soit 8 doses).

Une fois le seuil atteint, il n’est pas nécessaire de recontrôler : la preuve d’une sérologie positive (même ancienne) suffit.

Que faire si l’immunité n’est pas acquise malgré le nombre maximal de vaccin ? 

Environ 2 à 3 % de la population est non-répondeur (c’est-à-dire qu’ils gardent un taux d’Ac anti-HBs < 10 UI/l malgré les 6 injections).

Il y a plusieurs possibilités :

  • possibilité de faire un TWINRIX (VHA + VHB), non remboursé, qui peut éventuellement permettre une réponse,
  • ou arrêter, se définir comme non répondeur, avoir une surveillance annuelle de la sérologie VHB, et une attention particulière portée au VHB en cas d’accident d’exposition aux liquides biologiques.

En pratique, le médecin du travail est un bon référent à ce stade, car il peut évaluer précisément le risque d’exposition au virus de l’hépatite B : un médecin de santé publique va par exemple être moins exposé à ce risque qu’une infirmière en addictologie ou infectiologie.

Peut-on exercer une profession de santé si on est non-répondeur, ou a t-on obtenu la PACES pour rien ? (argh)

Rassurez-vous, il y a plusieurs documents qui confirment que vous pourrez exercer une profession de santé, malgré les réticences de votre système immunitaire.

Par exemple, l’annexe 2 de l’arrêté du 2 août 2013 fixant les conditions d’immunisation des personnes mentionnées à l’article L. 3111-4 du code de la santé publique dit que « les personnes considérées comme non répondeuses à la vaccination peuvent être admises ou maintenues en poste, sans limitation des actes qu’elles sont amenées à effectuer dans le cadre de leur activité professionnelle, sous réserve de l’avis du médecin du travail ou de prévention. Elles sont soumises à une surveillance au moins annuelle des marqueurs sériques du virus de l’hépatite B. Les élèves ou étudiants considérés comme non répondeurs à la vaccination peuvent cependant être admis dans un établissement d’enseignement. Dans ce cas, ils sont soumis à une surveillance au moins annuelle des marqueurs sériques du virus de l’hépatite B. Dans le cas où la personne aurait déjà reçu six doses ou plus en vertu d’un schéma vaccinal précédemment en vigueur, le médecin du travail ou le médecin traitant détermine s’il y a lieu de prescrire l’injection d’une dose de vaccin supplémentaire. »

 

En conclusion, le plus souvent, vous êtes face à ces cinq situations après le bilan Ac anti-HBc et Ac anti-HBs :

  • Le patient a une sérologie Ac anti-HBc positive : on complète le bilan pour savoir si l’infection est passée ou encore active (Ag HBs, charge virale et transaminases)
  • Le patient a une sérologie Ac anti-HBs > 100 UI/l : il est bien immunisé
  • Le patient est bien vacciné avec sérologie Ac anti-HBs > 10UI/l : il est bien immunisé
  • Le patient est bien vacciné mais avec sérologie Ac anti-HBs < 10 UI/l : on complète tous les 1-2 mois (avec contrôle de la sérologie préalable et prescription de l’ENGERIX B20 sous réserve que les Ac soient encore inférieurs à 10 UI/l), et ce jusqu’à 6 injections maximum ; au-delà on le définit comme non répondeur, on informe et on contrôle la sérologie tous les ans (le médecin du travail s’en occupe).
  • Le patient n’est pas vacciné du tout (et a stage bientôt… on ne va pas reparler ici du schéma accéléré plutôt réservé aux départs pour pays d’endémie ou pour les détenus) : on fait les deux premières injections à M0 et M1, puis un mois après le contrôle Ac anti-HBs ; s’il est > 100, on arrête la vaccination (immunité acquise), s’il est > 10 UI/l, on prévoit l’injection à M6 mais sans contrôle de sérologie (immunité acquise aussi)… Enfin, si la sérologie est < 10 UI/l, on fera le vaccin à M6 puis contrôle de sérologie 1 mois après et revaccination ou non selon le taux.

Vous voilà prêt à maîtriser toutes les situations sur la bonne immunisation contre le VHB avant entrée en études médicales et paramédicales 😉

 

Partagez cet article

    Un peu d’humour dans la recherche (deux vidéos)

    On a déjà parlé des concepts en médecine générale, et de quelques parodies qui ont pu avoir lieu sur ce sujet : la célèbre vache Marguerite de Paul Frappé, une vidéo de 2015 sur « The Clawguerite » (en bas de ce billet)…

    De façon plus large, tout ça s’inscrit dans « l’humour universitaire », qui peut prendre beaucoup de forme : blogs, vidéos, une thèse de 2003 sur les contrepétries en médecine, le compte Twitter « la thèse de Juliette » Ferry-Danini, des comics en ligne pour PhD comics (un peu dans l’esprit de XKCD) ou encore une BD publiée pour les Carnets de thèse de Tiphaine Rivière

    Personnellement, j’aime bien aussi glisser des références dans certains articles (le plus facile à placer étant un dérivé de « de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités » ; mais sur celui-ci j’ai placé une référence aux Trois Frères).

    Capture d’écran 2019-01-13 à 20.34.21

    Je suis sûr que je ne suis pas le seul à faire ça, mais c’est quand même vachement plus caché quand même… ^^ Et puis bien sûr, il y a ceux qui sont carrément hors concours : les chercheurs qui appellent un gène Sonic Hedgehog par exemple, Smaug, ou Neo, Trynity et Morpheyus pour des gènes de matrice extra cellulaire (chez la drosophile), ou encore les gènes Superman, Clark Kent ou Kryptonite chez la plante… Vous trouverez d’autres exemples ici ou … C’est un peu le même principe qu’en astronomie, quand les découvreurs nomment les astéroïdes Monty Python, James Bond ou Mr. Spock par exemple…

    J’ajoute aujourd’hui (avant-hier en fait) un petit caillou à ce grand édifice concernant les points SIGAPS (dont nous avons parlé il y a très peu de temps). Parce que ça fait un moment que j’y pense, et qu’il fallait que je le fasse… Ca a été l’occasion amusante de réapprendre à utiliser un peu Motion : intégrer du texte sur une vidéo, et intégrer une vidéo sur une télé (une Philips Segantini, modèle 20CT4426 de 1983, qui ressemble assez à celle de ma mère dans mon enfance – mais pas sûr que ça soit celle-ci ^^’)…

    Et pour retrouver « The Clawguerite », c’est ici… 😉

    Partagez cet article

      L’histoire du forgeron

      « Affûter une épée… » grommela Justin. « Et où je vais trouver un forgeron dans ce trou perdu ? »

      Il se résolut à demander à un paysan, le premier humain croisé depuis une demi-heure.

      « Un forgeron ? Il y en avait trois avant, mais il n’en reste plus qu’un dans le coin…

      — Il doit être bien occupé… Et où je peux le trouver ?

      — A 2 heures de marche d’ici, à Udolwyce. Enfin… il y en a un autre à équidistance, mais je ne vous conseille pas. Pas vraiment un forgeron, si vous voulez mon avis.

      — Il n’y en a vraiment pas avant ? Plus proche ?

      — Bah non. Il n’y a rien ici : pas d’école, pas de boulangerie ; pourquoi vous voudriez qu’il y ait un forgeron ?

      — C’est pas faux.

      — Je sais qu’il y en a qui râlent, mais ils veulent quoi ? Il manque de forgeron partout de toute façon… Dites-lui que vous venez de ma part. Oh, s’empressa d’ajouter le paysan, il ne vous fera pas de prix, mais au moins il saura que je suis encore en vie. C’est toujours bon de faire passer des nouvelles.

      Justin poursuivit sa route vers le nord, et finit par arriver à Udolwyce au tomber du jour. Il repéra rapidement la forge, illuminée par sa fournaise. Même sans la lumière vive, il aurait pu se guider aux bruits répétés et puissants de coups portés sur le fer rougi et l’enclume.

      « Bonsoir, lança Justin, suffisamment fort pour couvrir les bruits du marteau.

      — ‘soir, répéta le forgeron, en sueur.

      Il plongea une serpe en fer incandescent dans un baquet d’eau, d’où émana un nuage de vapeur. Il retira son épais tablier de cuir, s’épongea le front et invita Justin à s’asseoir.

      « Qu’est-ce qui vous amène ? Une épée à affûter ? demanda-t-il en désignant le fourreau à la ceinture du jeune homme.

      — C’est ça…

      Le forgeron consulta un agenda chargé, bourré de ratures.

      « Je peux m’en occuper… après-demain, ça ira ?

      — C’est-à-dire que c’est pressant.

      — Ca l’est toujours. Demain matin, je ferre les animaux ; l’après-midi, j’ai un soc de charrue et trois haches. Période des bûcherons… Demain soir, sinon, mais ça va être tendu. Je préfère prendre mon temps…

      — Aheumm… fit une voix derrière Justin.

      Un jeune homme venait d’entrer. Il avait le teint suffisamment cireux pour donner envie d’allumer ses mèches.

      « Excuse-moi du dérangement.

      — Entre, Harry. Qu’est-ce qui t’amène ?

      — Eh bien hier, je n’ai pas pu me rendre au travail parce que mon cheval était malade. Comme c’est toi qui l’a ferré le mois dernier, mon patron veut que tu fournisses un certificat pour justifier mon absence.

      — Je n’étais pas témoin qu’il était malade.

      — Oui, bah, il l’était. Comme c’est toi qui le suis, le patron veut que tu signes un papier pour dire qu’il était malade, tu sais.

      — Oui, je vois.

      — Et dans la foulée, si tu peux aussi faire un certificat pour l’assurance ; ils veulent savoir si mon cheval est bien ferré et s’il peut circuler…

      — Bon… et il va mieux ton cheval ?

      — Oui, en pleine forme. Il est dehors.

      — Je vois. Tiens, voilà pour toi…

      Il replia ses deux lettres, et les glissa dans une enveloppe qu’il scella. Le jeune homme partit.

      « Alors, où en étions-nous ? Ah oui, demain soir, pour votre épée éventuellement, si ça urge…

      — Non, mais ça ira pour après-demain… je ne suis pas si pressé ! Et je vois que vous êtes particulièrement demandé.

      — Ah ça… Depuis que mes deux confrères sont partis, je suis le seul forgeron et maréchal-ferrant à 20 kilomètres à la ronde.

      — Ah oui, quand même ! Mais ça n’est pas une bonne situation, ça, forgeron ?

      — Ecoutez, moi si je devais résumer ma situation, aujourd’hui avec vous, je dirais que c’est d’abord des rencontres, des gens qui me demandent de forger, réparer, affûter, travailler sur leurs outils. Aucune commande ne se ressemble, j’ai la chance de faire un métier varié et qui me permet de bien gagner ma vie. En plus, de nos jours, tout le monde a une assurance ferronnerie, ce qui fait que la plupart du temps, mes clients ne paient rien ou sont presque intégralement remboursés.

      — Mais alors, comment ça se fait que vous soyez si peu nombreux ? Les gens ne veulent pas venir travailler dans cette fournaise peut-être ?

      — Oh si, vous pensez ! C’est juste que le Grand Maître des Forgerons régule depuis très longtemps le nombre de forgerons formés : sur 100 débutant une formation, seulement 14 travailleront le fer : 7 deviendront des forgerons comme moi, et 7 autres seront maréchal-ferrant, réparateurs d’urgence, ferronniers d’art intérieur ou extérieur, par exemple.

      — Mais… tous les autres ?

      — Bah ils font autre chose de leur vie. Il n’y a pas que le fer dans la vie. La sélection permet de ne garder que l’élite pour les 6 ans de formation : ceux qui connaissent la densité du fer à température ambiante, le prix du charbon au kilo, et ce genre de questions très pointues.

      — Je vois… C’est dommage qu’ils n’aient pas simplement augmenté le nombre de formés plus tôt, finalement.

      — Le Grand Maître des Forgerons ne voit pas très loin. La cataracte, je crois. Il a supprimé ce seuil récemment, mais comme il y a pénurie de formateurs, ça ne va pas changer grand-chose au problème. Ce n’est pas demain la veille qu’il y aura davantage de forgerons au village… Ca va s’arranger d’ici 15-20 ans. En attendant, on va se serrer le tablier !

      — Je vois… Ca doit être compliqué d’être seul… Vous ne devez pas avoir beaucoup de temps pour vous !

      — Je passe beaucoup de temps à la forge, c’est vrai. Ce qui m’ennuie c’est que je ne fais quasiment plus que des réparations… Je ne forge quasiment plus de nouveaux outils, alors les gens achètent parfois de la camelote à des marchands itinérants, que je passe mon temps à réparer… c’est un cercle vicieux. Et c’est pas avec leur assistant à la noix que ça va s’arranger, ah !

      — Quels assist… commença Justin.

      — Ah oui, vous ne savez pas ce que le Grand Maître des Forgerons a proposé ! le coupa le forgeron. Il veut me fournir gratuitement un assistant !

      — C’est une bonne nouvelle ! Vous allez pouvoir vous remettre à forger !

      — Non. Parce que cet assistant, il n’est pas là pour ça. Il est là pour que j’augmente le rythme : plus de réparation, toujours plus ! Au lieu de réparer 20 outils en 10 heures, l’assistant s’occupera des commandes, de préparer le matériel… et d’après le Grand Maître, d’ici deux ans, je pourrais réparer 30 outils en 10 heures, ce qui me permettra de financer moi-même cet assistant.

      — Attendez, le Grand Maître qui régule les forgerons à la baisse dit qu’il faut que vous augmentiez votre cadence ? Mais c’est complètement stupide ! A ce rythme, dans 2 ans, vous serez complètement épuisé !

      — Oui. Je ne suis pas contre un assistant, moi. Mais un assistant pour m’aider à augmenter la qualité de mes outils et de mes réparations ; au lieu de réparer 5 fois le même outil par an, je pourrais le réparer 2 ou 3 fois. Ca me permettrait de rester à 20 outils sur 10 heures, mais de voir défiler plus de personnes différentes.

      — Et ils ont beaucoup d’idées comme ça ?

      — Du même style ? Mais ils en pondent tous les jours ! Ils m’épuisent, tellement ils fourmillent d’idées ! Tenez, il n’y a pas longtemps, il y a un officier du Grand Maître qui a proposé que les réparateurs d’urgence gagnent 60 écus pour renvoyer vers les forgerons une réparation qu’ils jugent non urgente.

      — Mais… vous ne croulez pas déjà sous le travail ?

      — Ah non, mais je vous ai prévenu, ils ont des idées qui fument tellement qu’il y a des pompiers qui commencent à s’inquiéter. C’est le même officier qui proposait que les forgeons travaillent tous jusqu’à 22 heures pour s’occuper des réparations trop urgentes pour attendre le lendemain mais pas assez urgentes pour concerner les réparateurs d’urgence.

      — Laissez-moi deviner : cet officier qui veut réguler les forgerons, il ne serait pas réparateur d’urgence ?

      — Tout juste. Ils ne comprennent pas que nos plages horaires et notre rythme sont corrects, et que ce qu’il faut c’est éviter les réparations en amont, éduquer les gens sur l’utilisation correcte de leurs outils, arrêter d’avoir des patrons qui veulent un certificat pour une journée d’absence justifiée par l’employé, ce genre de choses… Qu’est-ce que vous voulez que j’en sache si son cheval à Harry était malade hier ? Je signe le papier, je perds du temps, il perd du temps, son assurance perd du temps.

      — Tout ça est stupide… Quand je pense que ça pourrait être arrangé par le Grand Maître des Forgerons, qui est lui-même responsable de la pénurie de forgerons par sa régulation à la baisse. Ils avaient peur que les gens sur-consomment des outils en fer s’il y avait trop de forgeron ?

      — Oui, c’est ça. Enfin c’était son prédécesseur… Ils ne l’avoueront jamais de toute façon. Il n’y aura jamais d’excuses pour des gestions douteuses ; ça sera toujours la faute des réparateurs d’urgence trop peu nombreux, des forgerons qui ne travaillent pas assez. C’est dommage, parce que globalement, tout le monde bosse bien. On fait tous ce qu’on peut pour proposer des services de qual…

      — Je peux entrer ? tonna une voix.

      Justin sursauta. Un homme trapu et barbu s’avança ; il sentait un mélange de fleurs et de cannelle, ce qui collait autant à sa physionomie qu’une mousse au chocolat sur un saumon fumé.

      « ‘Soir.

      — Bonsoir, répondit Justin.

      — Tu viens chercher le baquet ?

      — Comme d’habitude.

      — Sers-toi, je viens de finir.

      — A demain.

      L’homme trapu transvida le baquet dans une sorte de grand vase, qu’il jeta sur son dos.

      « C’est un ferroméonier… dit le forgeron lorsque son collègue s’éloigna.

      — C’est quoi ?

      — Un maréchal-ferrant qui vient chaque soir. Il récupère l’eau du baquet qui a servi à refroidir les fers, et il la revend… il prétend à tout le monde que ça remplace de vrais fers, et que ça présente même l’avantage de ne pas avoir de sensations désagréables lorsqu’on se promène, ce genre de choses.

      — Attendez, je ne comprends pas : il met de l’eau sous les sabots des chevaux et dit que ça fait la même chose que des fers ?

      — Oui. Et il est remboursé par l’assurance ferronnerie.

      — Mais c’est une escro… !

      — CHUT ! s’exclama le forgeron. Taisez-vous, malheureux ! Vous voulez qu’il me traîne devant la guilde ?

      — Comment ça ? Vous n’allez quand même pas vous laisser faire par ce charlat…

      — Mais taisez-vous ! Taisez-vous !

      Le forgeron se leva brutalement pour vérifier que personne n’était à proximité.

      « La guilde ne va quand même vous coller un procès au train pour dénoncer ce type, alors que vous êtes en sous-effectif !

      — Ils n’ont pas le choix. C’est la règle : on ne peut pas critiquer un autre forgeron… C’est dans la charte.

      — Mais il en pense quoi, le Grand Maître, qu’il y ait des forgerons qui se destinent à une telle escr… escapade sur les chemins de l’absurdité ?

      — Il dit qu’il est incroyablement rationnel, mais que ça ne fait pas de mal alors ça va. Avant d’arrêter le remboursement par l’assurance ferronnerie, il dit qu’il faut attendre que les Grands Chimistes du fer disent si oui ou non l’eau du baquet peut remplacer les fers à chevaux.

      — Grand suspens…

      — Je vous serais obligeant de ne pas être désobligeant, dit à voix haute le forgeron, au cas où quelqu’un écouterait la conversation. Bon… je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout ça. La fin de journée, sans doute. J’ai toujours une phase de sidération après avoir travaillé mes 20 outils…

      — Je connais ça aussi.

      — Bon, je vous laisse, j’ai une réunion avec mes collègues, pour le CPTF.

      — C’est quoi ça ? Et quels collègues ?

      — Tous ceux qui travaillent autour de la ferronnerie et des métaux de façon générale. C’est la communauté professionnelle territoriale de ferronnerie.

      — Ca va vous aider à mieux vous occuper des outils ça ?

      — Bah non. Ca va me donner de nouvelles réunions, de nouveaux dossiers à remplir pour avoir des financements pour accomplir de nouvelles missions autour de la ferronnerie et du fer, et embaucher un chargé de projet en ferronnerie. Enfin, je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout ça… revenez après-demain pour votre épée.

      — Si vous n’en avez pas eu marre avant.

      — Oh non. Non, bien sûr que non. J’aime bien forger. Rien ne m’obligera à faire autre chose ou à faire différemment.

      Justin regarda le forgeron s’éloigner. Il ne comprenait pas bien où voulait en venir le Grand Maître : pourquoi  donner de nouvelles missions à des forgerons déjà chargés ? Est-ce que cela allait vraiment permettre aux gens vivant dans les villages les plus reculés d’avoir un accès à un forgeron ? Ouvrir jusqu’à 22 heures donnerait-il la possibilité à ceux venant de très loin d’arriver à la forge avant sa fermeture ? Quel était le sens de tout ça ?

      Ce pays était décidément bien mystérieux.

      Fin de l’histoire.

      Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

      Dans un autre genre, vous pourrez découvrir pendant 5 jours à partir d’aujourd’hui un nouvel épisode de la saison 3 d’Et la Terre éclata… co-scénarisé avec François TJP (qui est aussi le réalisateur, webmaster…) C’est sur http://boum.studiotjp.com/ 😉

       

      Partagez cet article

        Itinéraire d’un article publié (2/2) : du choix de revue à la publication

        La semaine dernière (bon, en vrai, j’ai écrit ces deux articles le 5 décembre mais passons…), nous avons vu les pré-requis sur l’impact factor et points SIGAPS notamment… Voyons maintenant comment (tenter de) publier un article, avec quelques trucs et astuces glanés au fil des expériences.

        Etape 1. Choisir la revue

        C’est indispensable de commencer par ça. D’une part, parce qu’écrire en français ou en anglais, c’est un peu différent 😉 D’autre part, parce que CHAQUE revue aura ses petites habitudes en matière de présentation, de références bibliographiques, de sous-titres, de parties supplémentaires. Pour certaines, il faudra une partie en plus pour décrire la revue de littérature menée au préalable ; pour d’autres, il faudra une partie « ce qu’on savait, ce qu’on apprend avec cet article » ; pour une troisième, il faudra écrire un résumé en moins de 200 mots..

        Pour cette étape, il y a plusieurs aides :

        1. Encore une fois, savoir ce que vous voulez : un IF élevé, un SIGAPS haut ? Dans ce cas, il est intéressant de consulter le Journal des Citation Reports, pour avoir les « impact factor ». L’URL ne fonctionne pas seule (même en utilisant l’identification sur la partie basse de la page) : il faut venir de votre page de BU si elle y est abonnée (par exemple à Lille c’est ici, puis Web of Science puis en haut Journal Citation Reports). Vous pouvez extraire ce qui vous intéresse en fichier Excel comme ci-dessus.
        2. les outils de quelques grands groupes éditoriaux :
        3. PubMed et votre propre bibliographie… Si vous voulez publier un article sur le score diagnostique TRUCMUCHEBIDULE, et que ce score a 10 articles sur PubMed dont 7 dans la même revue… commencez par cette revue. Sinon, jetez un oeil à votre bibliographie et regardez quelle revue revient le plus : c’est sûrement celle qui pourra être la plus intéressée par votre article.
        4. enfin, si après soumission, votre article est refusé, vous recevrez parfois des propositions d’autres revues : Alzheimer’s and Dementia renvoie vers A&D : Diagnosis Assessment and Disease Monitoring ; un membre de chez Springer pour vous envoyer un mail pour vous proposer une ou plusieurs autres revues du groupe ; un relecteur peut vous conseiller une autre revue, etc.

        Etape 2. Lire les recommandations aux auteurs et télécharger un article

        Après avoir sélectionné quelques revues dans lesquelles vous pourriez publier votre article, vous avez jeté votre dévolue sur une en particulier (pour des raisons qui vous regardent : IF plus élevé, délai de réponse plus court, bonne expérience avec cette revue préalablement, lectorat plus adapté, etc.)

        Dans ce cas, il faut aller sur leur site (en cherchant simplement sur Google), aller sur la revue, chercher « recommandations aux auteurs » ou « instructions aux auteurs », et appliquer les consignes (Times 12 ou Arial 12, etc.)

        Je vous conseille également de regarder un article proche de celui que vous allez publier ; c’est un bon moyen de vérifier que vous allez faire une mise en forme qui convient. Ca peut aussi vous montrer comment gérer les sous-parties (peut-on mettre des sous-titres ? faut-il mettre des numéros, genre 2.1.2, 2.1.3, etc. ?)

        Etape 3. Utiliser le bon style avec Zotero

        J’ai déjà insisté lourdement sur l’intérêt de Zotero dans ce billet, ou celui-ci ou celui-là. Une raison supplémentaire, c’est que vous pouvez assez facilement changer vos références pour correspondre au style de la revue, en utilisant les « styles » Zotero justement. Ils sont disponibles sur cette page : https://www.zotero.org/styles

        Admettons que vous venez d’essayer de publier dans la Presse Médicale : toutes vos références sont entre des crochets séparés par des tirets. Votre article est refusé, vous voulez le soumettre à Exercer… Vous devez remettre toutes vos références en exposant et séparés par des virgules (et puis il y a d’autres petites subtilités à revoir dans vos références ; pour d’autres revues, il faudra peut-être mettre le titre de la revue en italique, retirer le numéro de volume, ajouter le doi, etc.)

        S’il n’y a pas de style disponible, vous pouvez soit le créer vous-même (mode expert ^^), soit en utiliser un approchant (en général, je préfère celui de La Presse Médicale ou Thérapie, qui sont plus classiques que le « Vancouver » natif de Zotero).

        Etape 4. (Ré)écrire votre article (quelques astuces)

        Vous avez tous les éléments en main… il n’y a plus qu’à écrire, en respectant les bonnes consignes. Ca peut être très rapide si la thèse a été pensée pour la publication ; ça peut être un vrai chemin de croix sinon…

        Etape 4.1. Avoir un modèle

        Je ne l’ai fait qu’une fois (pour mon premier article), mais ça m’est récemment arrivé de le conseiller et je pense que c’est une bonne idée. Si vous ne savez pas comment écrire votre article, qu’il vous semble mal organisé ou brouillon, vous pouvez télécharger un article récent qui vous semble de qualité (*toussote* grâce à Sci-Hub *toussote*).

        C’est utile, comme dit plus haut, pour la mise en page… mais aussi pour la forme globale du contenu. Vous pouvez ainsi essayer de comprendre chaque phrase et transposer votre article dessus. Attention, il ne s’agit pas de faire un plagiat bien sûr ! Il s’agit de réorganiser votre travail en utilisant un patron « concret » (on utilise déjà tous à peu près le même patron « théorique » de toute façon, vous ne plagiez pas la forme…)

        Etape 4.2. Gérer une bibliographie désastreuse

        Un des éléments qui peut le plus rebuter pour passer d’une thèse à une publication, c’est la bibliographie. Si c’est une galère, ça peut vraiment vous prendre longtemps… Donc si vous ou votre thésard avez complètement pété la bibliographie (n’a pas utilisé Zotero, ou a cassé les liens, ou a fait des choses innommables avec), il y a 3 possibilités :

        • soit il a utilisé Zotero, mais les références sont immondes. Dans ce cas, vous pouvez aller sur la bibliographie dans le document texte, faire « Edit Bibliography » et les modifier une à une (surtout ne pas modifier directement, sinon vos corrections disparaitront au premier rafraîchissement),
        • soit il n’a pas utilisé et vous pouvez tout refaire. Dans ce cas, je vous conseille de prendre chaque référence, les ajouter à votre bibliothèque Zotero une à une ; puis revenir sur le ficher texte et créer les références au fur et à mesure en remplacement des anciennes.
        • soit c’est un peu le bazar et/ou vous avez la flemme de tout reprendre, alors que finalement la bibliographie n’est pas si mal. Dans ce cas, voici ci-dessous une astuce que j’ai chopée quand j’ai travaillé un peu avec Prescrire pour les références (ils n’utilisaient pas Zotero).

        Admettons que vous ayez le texte suivant : « blablablabla (1,2). Pourtant, blibliblibli (3 – 6). C’est pourquoi bloubloubloublou (7).
        Références :
        1. Auteur 1. Titre 1. Revue Année;Volume:Pages.
        (…)
        7. Auteur 7. Titre 7. Revue Année;Volume:Pages. »

        L’astuce consiste à mettre des symboles avant et après ces chiffres, par exemple #1#. Ca donnerait donc :  « blablablabla (#1#,#2#). Pourtant, blibliblibli (#3#, #4#, #5#, #6#). C’est pourquoi bloubloubloublou (#7#). Références :
        #1#. Auteur 1. Titre 1. Revue Année;Volume:Pages.
        (…)
        #7#. Auteur 7. Titre 7. Revue Année;Volume:Pages. »

        (Notez que j’ai transformé 3 – 6 en 3, 4, 5, 6 parce qu’il faut individualiser chaque article à ce stade). 

        Ensuite, vous pouvez déplacer, supprimer, faire votre oeuvre. Par exemple…

        « blibliblibli (#3#, #6#) et bloubloubloublou (#7#). Néanmoins, blablablabla (#1#,#2#). Références :
        #1#. Auteur 1. Titre 1. Revue Année;Volume:Pages.
        (…)
        #7#. Auteur 7. Titre 7. Revue Année;Volume:Pages. »

        (Notez, que j’ai supprimé des références).

        Enfin, il ne vous reste plus qu’à tout remettre au propre à la toute fin, en relisant votre article et en remplaçant chaque référence (dans tout l’article, avec un Ctrl+H) par son numéro d’apparition. Donc ici #3# devient 1, #6# devient 2, #7# devient 3, #1# devient 4 et #2# devient 5, soit :

        « blibliblibli (1, 2) et bloubloubloublou (3). Néanmoins, blablablabla (4,5). Références :
        1. Auteur 3. Titre 3. Revue Année;Volume:Pages.
        (…)
        5. Auteur 2. Titre 2. Revue Année;Volume:Pages. »

        Je vous ai déjà dit que c’était mieux d’utiliser Zotero ?

        Etape 5. Choisir l’ordre des auteurs

        Ah, l’ordre des auteurs… Pour rappel, les points SIGAPS c’est « x 4 » pour premier et dernier ; « x 3 » pour deuxième et avant-dernier ; « x 2 » pour le 3ème auteur ; « x 1 » pour les autres places.

        Ca peut batailler ou ruser pour avoir une bonne place. Quelques règles tout à fait personnelles – à vous de vous faire les vôtres :

        • le premier auteur est celui qui a le plus bossé (en temps) sur le travail : le thésard ou son directeur en l’occurrence (parfois, le temps de réécriture est vraiment important…)
        • ce n’est pas parce qu’il soumet que le directeur doit être premier auteur (j’ai soumis tous les articles de toute façon, c’est trop pénible pour être fait par un interne – sauf s’il a un projet d’universitaire…)
        • le dernier auteur est soit le directeur si le thésard est en premier, soit un PU qui a rendu le travail possible (en donnant l’accès à une base par exemple) ou qui a proposé des corrections importantes dans son champ d’étude… c’est un peu difficile à définir,
        • s’il n’est ni 1er ni dernier, le directeur doit être 2ème auteur,
        • en général, je considère que les jurys de thèse, par leur relecture et avis ayant contribué à améliorer l’article peuvent être dans les co-auteurs ; j’ai toujours fait ça, mais on m’a dit assez récemment que c’était une contribution trop modeste, donc j’y réfléchis un peu plus maintenant,
        • le 3ème auteur et l’avant-dernier, c’est quelqu’un qui a travaillé sur la thèse ; s’il n’y a pas, c’est un membre de jury ou un relecteur qui en a le plus besoin pour sa carrière universitaire, voire hospitalière (parce que les points SIGAPS c’est aussi des sous…)
        • et pas d’auteur fantôme.

        En pratique, je déroge souvent à ces règles… ^^ Et le message que je peux donner c’est attention à la place de n°2, celle que vous pouvez vous attribuer par politesse pour le thésard (en premier pour son travail passé, alors qu’il n’a pas touché à l’article après sa thèse) et les PU présents à la soutenance (place classique de dernier auteur…) Or, c’est une assez mauvaise stratégie puisque les critères CNU sont « premier ou dernier auteur » = utile ; « reste = peu utile ».
        Personnellement, je ne sais pas dire à un interne qui a vraiment bien travaillé « je vais te prendre la première place parce qu’à moi ça pourrait être utile un jour, mais pas à toi »… mais c’est ce que je devrais faire pour respecter les critères CNU et les points SIGAPS (… ou comment un système peut inciter à « minorer » la contribution d’un étudiant sur un travail).

        Etape 6. Soumettre et se soumettre

        Voilà, votre article est prêt ! Bravo ! Il ne vous reste plus qu’à soumettre…

        Deux possibilités s’offrent à vous :

        • vous êtes sur une revue un peu familiale et sympathique et vous pouvez envoyer par mail… C’est (c’était ?) le cas par exemple de la partie gériatrie de la revue Gériatrie et Psychologie, Neuropsychiatrie du Viellissement (indexée sur PubMed), de la Revue de médecine périnatale et d’Exercer (indexés hors PubMed).
        • vous êtes sur une revue avec un système de publication, comme le plus souvent (EES ou EVISE chez Elsevier, vraiment le plus classique, celui que vous êtes presque content de retrouver…)

        Sauf si vous êtes rodé, vous pouvez compter 2 bonnes heures pour soumettre un article, parce qu’il va toujours vous manquer des trucs. C’est peut-être une étape pensée pour décourager les chercheurs… Parmi ce qui va vous manquer / va falloir refaire :

        • vous ne devez pas laisser les figures et tableaux dans le texte (en général), mais juste leur titre en français et anglais
        • il faut mettre les tableaux à part OU à la fin du texte (ça dépend) et les figures à part, au format PDF
          • petite astuce : créez un fichier texte « tableaux et figures » puis vous supprimez tout sauf le tableau 1, vous faites « enregistrer sous… Tableau 1.doc », vous faites annuler, vous supprimez tout sauf le tableau 2, vous faites « enregistrer sous… Tableau 2.doc », etc.
        • le résumé en anglais si vous publiez en français (bon, surtout les premières fois, après vous allez y penser). Si vous êtes mauvais en anglais, utilisez DeepL pour la traduction, c’est plutôt efficace (vérifiez un peu quand même bien sûr…)
        • les mots-clés selon le MeSH en français et anglais (HeTop va vous sauver)
        • les affiliations de vos co-auteurs
        • 1 à 5 noms de reviewers, avec leur adresse mail et pourquoi les avoir choisi
        • la « cover letter » où vous dites en quelques lignes (10 à 15 lignes je dirais ?) pourquoi votre article mérite d’être publié dans cette revue.

        Une fois terminé, vous devez vérifier le PDF, soumettre…

        … et attendre… 1, 2, 3, 6, 9 mois parfois, c’est très variable !

        En général, les « grosses » revues ont tendance à répondre rapidement (les revues du BMJ c’est plutôt un mois ; une revue française sans IF peut mettre 6 mois ; j’ai un article qui est depuis 2 ans chez Pédagogie médicale qui s’est arrêtée en fait…)

        A noter également que certaines revues (par exemple chez PLoS) vous incitent à publier au préalable sur bioRxiv, une archive de preprints. A vous de voir si vous souhaitez que votre article soit public avant relecture par des pairs… A mon sens, pour des petits articles, ça pose plusieurs problèmes : le fait d’être spolié (même si j’y crois peu), mais surtout le fait que votre article puisse se retrouver diffusé avant relecture et amélioration par le peer-reviewing (comme ça a été le cas, sûrement sous l’impulsion des co-auteurs, pour cet article le mois dernier… dont j’avais rapidement parlé en réponse à Alexe ici)… Et puis ça contribue un peu à l’idée d’immédiateté : recherche finie, recherche diffusée, avant la relecture par les pairs, c’est un peu étrange ; c’est comme si un auteur filait son brouillon avant relecture et mise en forme par son éditeur. Sauf si vous avez une recherche révolutionnaire, ça doit pouvoir attendre 3-4 mois que le processus soit terminé (mais j’imagine que ça a un intérêt pratique important pour certaines recherches, notamment en génétique).

        Etape 7. Corriger

        Une fois le délai écoulé, vous recevez une réponse :

        • Votre article est accepté : c’est peu probable… sauf s’il n’y a pas de comité de lecture.
        • Révisions mineures : ça arrive parfois, et c’est très agréable. A quelques mots près, quelques paragraphes à déplacer, votre article va être publié. Il faut bien sûr effectuer les corrections demandées (ou à défaut si c’est infaisable, l’ajouter dans les limites de votre travail en discussion) et répondre au reviewer en le remerciant de son avis, son intérêt, et en détaillant chaque correction effectuée, point par point ;
        • Révisions majeures : en général, c’est plutôt bon signe. Les modifications vont être plus longues, mais l’article sera accepté (ou en révisions mineures) au prochain tour.
        • Votre article est refusé : ça arrive souvent ; allez voir ailleurs sans vous décourager, en reprenant à l’étape 3 ou 5. Souvent il y a quand même des commentaires sur les raisons du revue si c’est allé jusqu’au comité de lecture, ça peut vous aider à améliorer l’article.

        Etape 8. Valider (toujours), payer (parfois), diffuser (partout)

        Supposons que votre article ait été accepté. Si c’est le cas, vous allez recevoir des mails. Si vous avez publié chez Elsevier, vous ferez connaissance avec Kir Kaur (la personne dont vous adorerez recevoir des mails). Il faut penser à lire ces mails, pour valider (encore une fois) le fait que votre travail est bien original, n’a pas été effectué pour un gouvernement, respecte les bases éthiques en vigueur, ce genre de choses.

        Vous devez aussi remplir un document pour dire si oui ou non vous voulez des tirés à part (la réponse est non, car vous aurez le PDF et qu’il ne faut pas exagérer non plus). Vous pourrez éventuellement choisir pour diffuser votre article en Open Access (c’est donc le chercheur qui paie pour que la revue diffuse librement son article au plus grand nombre, au lieu que le lecteur paie pour avoir accès). Enfin, il est possible que vous receviez une facture, comme prévu avant dans les recommandations aux auteurs, si vous avez dépassé le nombre de pages notamment.

        Enfin, une fois votre article accepté, il sera en pré-publication, vous recevrez sûrement un PDF (pas toujours), il sera accessible sur internet… Ca sera l’occasion de le diffuser sur vos réseaux sociaux ou professionnels. Je vous incite justement à vous inscrire sur ResearchGate, qui est une sorte de « Facebook » des chercheurs (sans groupe gilet jaune ^^’) où vous pouvez ajouter vos PDF de façon privée ou publique, et les partager avec ceux qui le souhaite. C’est un bon moyen de diffuser vos travaux, montrer ce que vous faites et voir ce que font les autres (ça et les congrès bien sûr… ;-))

        Par ailleurs, en général, vous recevez une invitation à partager librement votre article pendant quelques jours (par exemple chez Elsevier, c’est ce courriel).

        Partagez pendant 50 jours !

        Partagez pendant 50 jours !

        Etape 9. Remercier votre éditeur…

        Après tout ça, l’éditeur vous enverra un questionnaire de satisfaction, ainsi qu’aux relecteurs bénévoles. Vous pouvez le remplir si vous le souhaitez, mais ne vous en sentez pas obligés non plus. Pour rappel, Elsevier (par exemple) :

        • reçoit gratuitement des articles par des chercheurs A, B, C respectivement
        • en publie les meilleurs (après sélection gratuite par les chercheurs B, C, A respectivement)
        • les fait payer aux chercheurs C, A, B respectivement, avec des coûts exorbitants
        • puis demande aux chercheurs A, B, C ce qu’ils pensent du processus et comment améliorer le travail de B, C et A…

        Evidemment il y a plus que 3 chercheurs, mais globalement, on tourne quand même pas mal en rond, et sur la tête… Il y a d’ailleurs une manifestation sur le coût de la connaissance.

        Etape 10. … et recommencer

        Voilà, vous avez diffusé de la connaissance et un travail de recherche. Avec un peu de chance, il sera cité une ou deux fois (ou beaucoup plus si vous avez publié un travail d’importance majeure, ce qui est rarement le cas… en ce qui me concerne en tout cas ! :D) Vous pouvez penser au travail suivant qui méritera d’être diffusé. A la fin, vous y prendrez peut-être même un peu goût… 😉

        Partagez cet article

          Itinéraire d’un article publié (1/2) : pré-requis

          Après les précédents billets sur le calendrier de l’avent du Netophonix en cours (et que je continue à vous recommander ^^), retour à la médecine 🙂 Commençons par deux sites d’intérêt récemment découverts, à ajouter à la liste précédente :

          • le génial MedicoSport de Vidal, qui liste pour les principales activités physiques les bénéfices attendus, les risques, le niveau de fun ou technicité… C’est très bien fait, je l’ai même inclus de base sur mes certificats de sport (je le laisserai parfois, ou je supprimerai – en tout cas, ça me fera penser à aller consulter le site, car c’est toujours le problème quand on trouve de bons sites, parfois on les oublie…) https://www.vidal.fr/infos-sport-medicosport-sante/
          • un site-appli pour utiliser la liste Stopp & Start, à utiliser soit de façon systématique (dans le cadre d’une thèse ? ;)), soit de façon ponctuelle pour quelques patients aux lourdes ordonnances : http://stoppstart.free.fr/ C’est le travail de thèse du Dr Anne Frey-Geoffret de Versailles, présenté ici.

          Bien, sinon le sujet du jour (et de la semaine prochaine) est l’itinéraire d’un article. Je parle ici à partir de mes petites expériences, dans des journaux n’ayant souvent pas de grandes prétentions. Soit vous connaissez déjà et ça va vous amuser, soit vous ne connaissez pas et ça va sans doute vous sembler un peu sordide.

          Tout commence par une idée…

          De cette idée peut naître une thèse ; de la thèse peut naître un article.

          Supposons que la soutenance de thèse, telle la guerre de Troie, a bien eu lieu… Vous voici désormais avec un document a priori bien présenté, avec des références qui fonctionnent, le tout assez proche d’un article si vous avez suivi ce billet par exemple. Dans mon expérience (n = 34), sans contrat préalable passé entre le directeur et le thésard à ce sujet, moins de 10% des thésards vont écrire eux-mêmes un article… ça sera donc au directeur (vous ?) de s’y coller s’il pense que la recherche menée présente un intérêt pour d’éventuels lecteurs (oui, parce que bon, sinon c’est assez peu utile et motivant). Il y aura alors plusieurs étapes à respecter.

          Pré-requis. Connaître votre objectif de vie (et 2-3 mots-clés). 

          Si votre objectif est d’être universitaire, il y a des critères à respecter, disponibles sur le site du CNU. Par exemple, pour la médecine générale (sous-section 53.03), il faut 5 articles dont au moins 2 dans les revues de médecine générale (= Exercer principalement, le message est très clair) et 3 dans une revue avec un impact factor (IF) supérieur ou égal à 1.

          Critères CNU concernant les publications pour être MCU de médecine générale (il y a des critères cliniques, enseignements...)

          Critères CNU concernant les publications pour être MCU de médecine générale (il y a des critères cliniques, enseignements…)

          Pour d’autres sous-sections, ça sera 3 articles en premier auteur dans les revues de la discipline ; 5 articles originaux en premier, deuxième, avant-dernier ou dernier auteur, dans des revues rangs SIGAPS A ou B ; etc. Il y autant de critères que de sous-section.

          Si votre objectif est de publier pour diffuser et valoriser les travaux que vous avez fait ou accompagné, il y a trois choses importantes.

          1 – Est-ce que votre article est formidable et peut être publié dans une revue avec un IF furieusement haut ?

          On parle ici par exemple des revues de rang SIGAPS A ou B :

          • NEJM (IF à 79,258)
          • Lancet (IF à 53,254)
          • JAMA (IF à 47,661)
          • Nature Medicine (IF à 32,621)
          • BMJ (IF à 23,295)
          • et tant d’autres : PLoS Medicine, American Journal of Preventive Medicine, Am J of Spots Medicine, Cell, Chest, Alzheimer’s and Dementia, Blood, Gut, Haematologica, Heart, etc.

          Si oui, d’une part, allez-y et bonne chance ; d’autre part, vous n’avez rien à apprendre ici, merci d’être passé !

          2 – Sinon, est-ce que vous voulez que votre article modeste puisse être facilement retrouvé demain ? 

          Si oui, il faut vous tourner vers les revues indexées, et en priorité les revues indexées sur MEDLINE (PubMed).

          A défaut, vous pouvez vous tourner vers des revues indexées sur d’autres bases, telles que Web of Science de Clarivate Analytics (depuis 2018, Exercer est indexée sur cette base, qui peut par exemple être retrouvée via le moteur de recherche français LiSSa, et lui permettre d’être « NC » sur SIGAPS – au lieu de ne pas y apparaître).

          Si vous vous en fichez, vous pouvez vous tourner vers des revues non indexées.

          3 – … ou est-ce que vous voulez que votre article modeste soit lu aujourd’hui ?

          Dans ce cas, les journaux français de spécialité sont intéressants, quelque soit leur IF. Citons par exemple :

          • Thérapie (… qui en plus a un IF à 1,52, , SIGAPS D) à laquelle sont abonnés les centres de pharmacovigilance
          • Revue d’épidémiologie de santé publique (IF à 0,716, SIGAPS E)
          • Revue de pneumologie clinique (IF à 0,343, SIGAPS E)
          • Progrès en urologie (IF à 0,819, SIGAPS E)
          • L’Encéphale (IF à 0,599, SIGAPS E)
          • Annales de cardiologie et angiologie (pas d’IF, SIGAPS NC)
          • Exercer (pas d’IF, SIGAPS NC)
          • etc.

          A priori, personne en France n’est abonné à « American Journal of Alzheimer’s disease and other dementias » (IF = 1,774). L’article sera lu par les gens qui chercheront la thématique en lien avec votre article : il sera sûrement lu (demain), mais probablement moins aujourd’hui que si vous le publiez dans l’Encéphale ou dans Exercer.

          Quelques définitions : 

          J’ai parlé d’impact factor (IF) et SIGAPS, qui sont les deux principaux outils de bibliométrie utiles en France. Les spécialistes de bibliométrie diront qu’il en existe d’autres : CiteScore, Source Normalized Impact per Paper SNIP, SCImago Journal Rank SJR, etc. Mais faisons simple : soit vous voulez être universitaire et ce qui compte en 2018 c’est encore très majoritairement IF et SIGAPS ; soit vous ne voulez pas être universitaire et dans ce cas, vous vous en fichez (sauf si vous êtes un spécialiste de bibliométrie ^^)

          L’IF, c’est le rapport suivant : « nombre de citations des articles des années N-1 et N-2 » / « nombre d’articles des années N-1 et N-2 ». Une revue avec un IF à 1, ça signifie qu’en moyenne, ses articles des 2 dernières années ont été cités une fois. Je vous laisse imaginer toutes les possibilités de perversion de ce système, en matière d’auto-citations, de choix éditoriaux ou de choix de recherches que ça peut impliquer ; si vous manquez d’imagination, la page Wikipedia sur l’IF est assez complète.

          Le score SIGAPS (Système d’Interrogation, de Gestion et d’Analyse des Publications Scientifiques) est un score Lillois (cocorico) qui a plusieurs buts :

          • gommer les injustices : si vous êtes en médecine générale, en informatique médicale, en médecine du sport ou des données assez généralistes, l’IF des revues de référence est assez faible ; à l’inverse, si vous êtes en génétique, en cancérologie, les articles ont tendance à être cités et recités, et vos revues de référence ont des IF plus élevé (c’est un peu caricatural évidemment).
          • synthétiser la recherche effectuée par un chercheur, par une unité de recherche ou un établissement…
          • guider la part « Publications » de la part modulable du financement MERRI (missions d’enseignement, de recherche, de référence et d’innovation) auxquelles sont éligibles les centres hospitaliers (pas les généralistes, merci pour eux)… C’est environ 60 % de la part modulable et 1/4 du financement MERRI.

          Je sais, ça n’est pas très clair. Mais j’y viens. Quand vous publiez dans une discipline (« médecine générale », « psychiatrie », « pneumologie »…), vous publiez dans une revue qui peut être parmi les plus hauts IF de cette spécialité ou les plus bas (voire non indexé). Cet « IF dans la discipline » donne une lettre SIGAPS :

          Dans chaque discipline, 10 % des revues ont un rang A, 15 % un rang B, 25 % un rang C, 25% un rang D, 25 % un rang E, le reste est NC (uniquement si indexé mais sans IF)

          Pour gommer les injustices, dans chaque discipline, 10 % des revues ont un rang A, 15 % un rang B, 25 % un rang C, 25% un rang D, 25 % un rang E, le reste est NC (uniquement si indexé mais sans IF)

          Ensuite, pour connaître le nombre de points SIGAPS apporté à un auteur par une publication, il faut faire le produit du (rang de la revue) x (place de l’auteur), selon les points suivants (on se croirait un peu à la belote, je sais) :

          • Rang A = 8 points ; Rang B = 6 points ; Rang C = 4 points ; Rang D = 3 points ; Rang E = 2 points ; Rang NC = 1 point
          • 1er auteur = 4 points ; 2ème auteur = 3 points ; 3ème auteur = 2 points ; avant-dernier auteur = 3 points ; dernier auteur = 4 points ; autres places = 1 point

          Par exemple, si vous publiez dans le NEJM comme premier auteur, c’est la cagnotte : 32 points SIGAPS (8 x 4) pour vous ! Si vous publiez dans Exercer comme avant-dernier auteur, vous avez 3 points (rang NC = 1, multiplié par 3 points de la place avant-dernier). Ou si vous publiez comme premier auteur dans un rang E (4 x 2 = 8 points), c’est pareil que si vous publiez comme auteur « sans rang utile » (entre 4 et avant-avant-dernier) dans un rang A (1 x 8 = 8 points). Si vous voulez en savoir plus, cet article est très clair.

          Le score a évidemment été détourné rapidement en 2015, avec l’introduction de nouveaux critères CNU pour le recrutement de MCU et PU dans certaines spécialités (radiologie, réanimation, néphrologie, etc.) sur des scores respectifs de 200 et 400 points SIGAPS. La médecine générale, à raison, n’a pas retenu le score SIGAPS dans ses critères comme montré plus haut, pour une raison simple… voici les scores SIGAPS A et B (38 premières revues sur les 155 classées comme « médecine générale ou interne » sur le Journal of Citation Reports) :

          Aucune revue française

          Le rang A s’arrête à la revue 16 (IF > 5). Aucune revue française sur les rangs A et B.

          Enfin, comme dit plus haut, les points SIGAPS permettent de répartir l’enveloppe modulable « Publications » du MERRI (environ 500 millions d’euros par an). Entre 2004 et 2014, 192 886 articles ont été publiés (article du 30 novembre…). Selon le rythme de publications, le point SIGAPS peut varier un peu, mais globalement, 1 point = 500€. Donc 1er auteur dans une revue de rang E = 8 points = 4 000€ pour l’hôpital.

          Une fois ces notions connues, nous verrons mardi prochain quelques réflexions et astuces sur « comment publier ».

          Partagez cet article