Le coût des étudiants : en finir avec les idées folles

Je vais traiter un marronnier : le coût des étudiants.

En médecine, on l’entend régulièrement quand il est question de la liberté d’installation, sur le mode « ouiiii mais l’Etat vous a payé, blablabla, vous avez coûté cher, vous nous devez bien çaaaa ». A quoi les étudiants répondent : nous avons travaillé comme externe pendant 3 ans à mi-temps sous-payé (150€/mois, avec 1 trimestre de cotisé pour la retraite par an), sans compter l’internat où nous ne croulons pas non plus sous les diamants. D’autres répondent d’ailleurs mieux avec un thread complet sur les études médicales…


Bref, le coût des étudiants, ça revient comme le rhume en hiver, et c’est souvent à peu près aussi sympathique. Quelques chiffres sont régulièrement repris par les uns et les autres, sur les réseaux sociaux, dans la presse financière (Challenges, Capital…) ou grand public, et ils peuvent donner un peu le tournis quand ils sont pris isolément. Par exemple, voici quelques titres :

  • Capital, 2013 : « Un étudiant à l’université coûte 8000 euros par an à l’Etat » (… chiffre à prendre avec précaution, lit-on dans l’article)
  • Challenges, 2013 : « Combien coûte un étudiant à l’Etat ? (…) 8000 euros en moyenne, dans la moyenne des pays de l’OCDE »
  • BFMTV, 2014, toujours dans la subtilité : « 13000 euros : le coût d’un an d’études en France pour un étudiant étranger »
  • Le Monde, 2016 : « Un étudiant français coûte 13873 euros par an » (encore une fois dans la moyenne)

La France est globalement dans la moyenne européenne des dépenses pour l’éducation de ses têtes blondes, brunes et grisonnantes (DEPP, 2014) : 31 % en-dessous de la moyenne de l’OCDE pour les études primaires, 26 % au-dessus pour les études secondaires et 5 % au-dessus pour l’enseignement supérieur.

Quand on regarde au fil de la scolarité (Journal du Net, 2008), les coûts annuels par élève sont les suivants : 4970€ en maternelle, 5440€ en primaire, 7930€ au collège, 10240€ au lycée, 10740€ en BEP-CAP, 9020€ en IUT, 13360€ en BTS, 13880€ en classe préparatoire… et 8790€ en université (moindre coût car les universités regroupent près d’1,5 millions d’étudiants contre 81 000 en prépa par exemple) ! Un étudiant en fac coûte donc moins cher qu’un lycéen.

Au sein des universités et grandes écoles, il y a également des disparités (Challenges, 2012) : 6 572€ en moyenne par an pour la faculté de droit Paris-2 contre 83 300€ en moyenne pour l’ENA (je vous vois venir avec vos commentaires et le sourire en coin, mais c’est parce que les étudiants de l’ENA sont rémunérés par l’Etat en échange d’un engagement de service de 10 ans).

Quand on continue de zoomer sur ces dépenses, avec l’Observatoire 2015 des Universités et des Ecoles, on constate que :

  • les Universités sont financées à 82 % par l’Etat,
  • 79 % des dépenses concernent la « masse salariale » (dont 4,5 enseignants pour 100 étudiants)
  • la dépense moyenne par étudiant est de 7201€, mais avec des disparités (5390€ en lettres, 9214€ en pluridisciplinaires avec santé) ;
  • hors « masse salariale », les dépenses par étudiant sont de 964€ par an en moyenne (avec des frais d’inscription qui en couvrent le tiers environ). 
  • les Ecoles dépensent davantage : 26 694€ par étudiant ou 6723€ hors « masse salariale », elle-même plus élevée avec 12,5 enseignants pour 100 étudiants.

Finalement, ce qui coûte cher, ça n’est pas l’étudiant mais tout ceux qui gravitent autour. Nous comptons dans un « coût par étudiant » le financement d’enseignants, qui sont aussi chercheurs ; nous y intégrons des frais « très » administratifs, avec des secrétariats à tous les étages, qui ne servent pas toujours directement les étudiants (par exemple les services comptabilité pour rémunérer le personnel…) Et plus l’université « grossit », plus les frais se diluent vers des services « administratifs » ou de « maintien de la structure » ; par exemple il y a 2,8 fois plus d’enseignant/étudiant en prépa par rapport à l’université, pour un coût par étudiant 1,6 fois supérieur.

Enfin, le « coût d’un étudiant » c’est bien beau, mais si ça n’est pas à former des gens pour travailler demain, à quoi sert l’argent du pays ?

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Numerus clausus et déserts médicaux

J’aurais bien fait une série de tweets, mais un ami m’a rappelé que les blogs c’était bien aussi pour partager ses réflexions. Et puis j’ai déjà commenté sur Twitter ce week-end contre le CNG et leur incompréhension de la colère des étudiants ayant eu une journée supplémentaire d’ECNi…

… et je ne voudrais pas donner une image de râleur 😉 

Du coup, en me brossant les dents tout en lisant Twitter (où je passe définitivement trop de temps), je me suis fait la réflexion suivante : « pourquoi certains sont mécontents des passerelles infirmier vers études de médecine, alors qu’il manque de médecins (et d’infirmiers) en France ? » 

Par extension, pourquoi limite-t-on le nombre de médecins (par le numerus clausus) alors qu’il y a un problème de démographie médicale ? C’est vrai, c’est dommage : en 1ère année, on vire 80 % d’étudiants voulant être professionnel de santé et parallèlement on se plaint qu’il n’y a pas assez de médecins / kiné… On ne serait pas un peu cons, dites ? 

Je ne suis pas le premier à me faire la réflexion, mais je trouve que celle-ci est finalement souvent éludée. Pour résoudre le problème de la pénurie de médecins ou les déserts médicaux, tout le monde est sur le pont avec des idées pour attirer le chaland :

  • embaucher un « assistant médical » (avec l’aide de l’ARS) pour réaliser l’activité administrative du médecin… ce qui épargnera 6,4 heures sur une activité hebdomadaire estimée à 55 heures par semaine ;
  • déléguer des tâches répétitives (vaccinations, prise de tension artérielle, de poids, de taille)… ce qui ferait gagner quelques heures par semaine sans doute,
  • créer des maisons de santé pluridisciplinaires pour mutualiser les moyens… avec le risque quand même de devoir se coltiner un regard administratif (ARS ou autre), et perdre le temps économisé à faire des dossiers interminables (d’ailleurs, depuis peu l’EHESP propose une formation pour devenir « coordonnateur en maison de santé pluridisciplinaire »… ou comment les MSP vont peut-être se transformer en « mini-hôpitaux », avec des administratifs qui gouvernent le bouzin et expliquent qu’il faut réduire le personnel soignant « qui crée la dette »).
  • salarier des médecins avec toutes les petites questions que ça peut poser :
    • un médecin du travail ne prescrit pas d’arrêts de travail, mais un médecin salarié de la mairie peut-il prescrire des arrêts à des employés de mairie ?
    • un patient peut-il ressentir une exigence plus particulière envers un médecin qu’il paie par ses impôts locaux ?
    • un médecin peut-il refuser un patient de sa commune, fût-il odieux ?
    • comment consulter un médecin qui bosse sur les mêmes heures de travail que tout le monde ? etc.
  • ouvrir le champ de la télémédecine (je veux bien, mais vous avez vu le tweet avec les histoires des clés USB ?)
  • créer de nouveaux DES pour faire en sorte que ceux qui s’inscrivent en médecine générale ne fassent que ça et rien d’autre (idem pour la médecine d’urgence, la gériatrie, etc.) ; bref, limiter tout profil atypique pour pouvoir mieux ranger des individus dans des cases (mais quel dommage que les nouveaux urgentistes ne seront plus passés 6 mois en médecine générale !),
  • créer un service sanitaire obligatoire pour les étudiants en santé, et éventuellement les obliger à aller faire des stages un peu partout… (ce qui est déjà le cas, ça s’appelle l’externat).
  • tirer un trait sur la liberté d’installation (et là, à part à l’annoncer aujourd’hui pour dans 10 ans, c’est niet – on rappelle l’interdiction de changer les règles en cours de jeu, ce qui est un principe de base appris en cours de récréation pour ceux qui avaient des copains entre 3 et 10 ans).

Bref, beaucoup d’idées, que je ne critique pas au fond (sauf les 2 dernières) ! Bien sûr, je mets ici des aspects un peu négatifs pour contrebalancer l’enthousiasme que j’ai l’habitude de lire à propos de tout ça (sauf les deux derniers points encore une fois – d’ailleurs, toutes ces idées ne sont pas sur le même plan, mais elles sont des pistes citées régulièrement quand on parle de désertification).

C’est clair que c’est sûrement une situation idéale que d’être un médecin salarié dans une MSP avec des assistants médicaux qui aident, une petite musique zen dans la salle d’attente et un thé aromatisé sur le bureau tous les jours à 14h30. Mais on peut bien vivre sans tout ça (et nos patients aussi). Et finalement, si l’ensemble augmente la qualité de vie des médecins (sans doute), la prise en charge des patients (peut-être), il me semble très hasardeux de dire que ça va attirer de nouveaux médecins. Ca ne sert à rien de créer un hôtel de luxe au milieu du Sahara, vous voyez… 

Parce que des médecins, eh bien, je crois bien qu’il en manque, par rapport à la demande actuelle ! 

Scoop, je sais.

Certes, « on n’a jamais été autant de médecins qu’aujourd’hui« , mais il y a peut-être une différence entre les années 50 où on consultait quand l’os sortait à travers la plaie et notre époque où on peut voir 2 fois le même adulte pour le rassurer sur un rhume évolutif… (ahaha, ce troll ^^). Certains clament que nous sommes suffisamment mais pas assez bien répartis sur le territoire ; peut-être, mais en tout cas, nous avons moins de médecins que la moyenne européenne

 

Bref, de toute façon, ça ne sert à rien d’aller plus loin : je ne sais pas dans quel monde vivent les gens qui pensent qu’il y a assez de médecins, mais ils n’ont jamais eu à prendre de rendez-vous chez un dermato ou un ophtalmo (ou par leur secrétaire, chez un médecin non conventionné). Et d’ailleurs pour ces spécialités, ça va s’aggraver dans les années à venir, bien plus que pour les généralistes. Chouette avenir, non ? 

 

Mais du coup, s’il n’y a pas assez de médecins… pourquoi on n’en recale pas moins à l’entrée ? Pourquoi ne pas augmenter le numerus clausus ?

Il y a quelques pistes de réflexion dans cet article d’un membre du bureau de l’association des étudiants. 

Ca risque de surcharger les facultés ! Les locaux manquent : agrandissons encore. Les enseignants manquent : embauchons. Les stages manquent : c’est-à-dire que les services sont soit surchargés d’étudiants, soit en manque d’effectifs médicaux et du coup deviennent de « mauvais » terrains, boycottés (à raison) par les étudiants qui les laissent alors en manque d’effectifs et… bref, voyez l’idée. 

Bon… les sous manquent. Là, il faut savoir ce qu’on veut. Si le projet comporte des facultés, des enseignants-chercheurs et des médecins, oui il faut des sous. Vous n’avez qu’à dédier à ça les taxes sur le tabac, j’en sais rien (il va où cet argent d’ailleurs, il est fléché ?) Augmenter les médecins, c’est aussi risquer d’augmenter un peu la demande et les dépenses de santé (a priori pas énormément, la plupart des gens étant déjà suivis et soignés)… Certes, ça diminuerait un peu le chômage (pas de recherche d’emploi pour les médecins !), mais visiblement ça ne compense pas ça. 

Après, augmenter le numerus clausus, c’est aussi dire à des étudiants : « vous, vous avez trimé, mais ceux après vont trimer un tout petit peu moins »… Et ça, c’est comme dire « des gens vont pouvoir accéder à vos études sans avoir fait la première année » : pour certains, ça ne passe pas, parce qu’il y a un sentiment d’injustice. 

Enfin, je ne suis pas d’accord avec l’idée que les médecins ne s’installeraient pas en zones sous-dotées. S’il y a beaucoup de médecins, il y aura naturellement un retour vers les campagnes. Peut-être pas dans le village de 3 habitants et 2 chèvres, où de toute façon c’est déjà fichu ; mais les médecins retourneraient sûrement volontiers dans ces villages et petites villes qui ont perdu 3 médecins d’un coup (parce qu’un est parti en retraite et que les 2 autres n’ont pas pu affronter un afflux de patients supplémentaires…) 

Bref, un long billet qui part à nouveau dans tous les sens… mais si vous voulez mon avis au point d’avoir lu tout ça jusqu’ici, la solution est peut-être d’abord d’augmenter le nombre de médecins, et ensuite de créer des offres alléchantes pour les répartir intelligemment. 

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Nouveaux DES : petite lecture du soir…

L’arrêté du 21 avril 2017 définit les nouvelles maquettes de DES, les connaissances et compétences attendues des étudiants en fin de cursus de médecine. Je l’ai lu récemment en préparation d’une réunion, et j’en ai tiré quelques points. C’est un peu barbant peut-être, j’ai écrit des billets plus rigolos si vous cherchez bien.

 

1 – Beaucoup de DESC sont devenus des DES.

Ca n’est pas une surprise, et nos confrères de demain seront donc titulaires des diplômes suivants (désolé pour la liste, vous pouvez passer si vous connaissez déjà). Quand c’est pénible, je mets en italique :

  • Diplômes d’études spécialisées de la discipline chirurgicale :
    • Chirurgie maxillo-faciale
    • Chirurgie orale ;
    • Chirurgie orthopédique et traumatologique ;
    • Chirurgie pédiatrique ;
    • Chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique ;
    • Chirurgie thoracique et cardiovasculaire ;
    • Chirurgie vasculaire ;
    • Chirurgie viscérale et digestive ;
    • Gynécologie obstétrique ;
    • Neurochirurgie ;
    • Ophtalmologie ;
    • Oto-rhino-laryngologie – chirurgie cervico-faciale ;
  • Diplômes d’études spécialisées de la discipline médicale :
    • Allergologie (co-DES) ;
    • Anatomie et cytologie pathologiques ;
    • Anesthésie-réanimation (co-DES) ;
    • Dermatologie et vénéréologie ;
    • Endocrinologie-diabétologie-nutrition ;
    • Génétique médicale ;
    • Gériatrie ;
    • Gynécologie médicale ;
    • Hématologie ;
    • Hépato-gastro-entérologie ;
    • Maladies infectieuses et tropicales (co-DES) ;
    • Médecine cardiovasculaire (co-DES) ;
    • Médecine d’urgence ;
    • Médecine et Santé au travail ;
    • Médecine générale ;
    • Médecine intensive-réanimation (co-DES) ;
    • Médecine interne et immunologie clinique (co-DES) ;
    • Médecine légale et expertises médicales ;
    • Médecine nucléaire ;
    • Médecine physique et de réadaptation ;
    • Médecine vasculaire (co-DES) ;
    • Néphrologie ;
    • Neurologie ;
    • Oncologie ;
    • Pédiatrie ;
    • Pneumologie ;
    • Psychiatrie ;
    • Radiologie et imagerie médicale ;
    • Rhumatologie ;
    • Santé publique.
  • Diplôme d’études spécialisées de la discipline biologique
    • Biologie médicale.

 

2 – Des surspécialisations restent possibles, avec des restrictions un peu curieuses. Ces « surspécialités » ajoutent un an de formation si les étudiants sont inscrits dans un DES de moins de 4 ans (3 ans pour la médecine générale).

Là encore, ça va être longuet alors je mets en italique, juste pour les passionnés… Les étudiants peuvent être autorisés à suivre :

  • une option (intra-spécialité – aucune en médecine générale) :
    • DES de chirurgie pédiatrique (options précoces) : Chirurgie viscérale pédiatrique ; Orthopédie pédiatrique
    • DES chirurgie viscérale et digestive : Endoscopie chirurgicale
    • DES neurochirurgie : Neurochirurgie pédiatrique
    • DES ophtalmologie : Chirurgie ophtalmopédiatrique et strabologique
    • DES oto-rhino-laryngologie – chirurgie cervico-faciale : Audiophonologie (audiologie et phoniatrie)
    • Co-DES anesthésie-réanimation/médecine intensive-réanimation : Réanimation pédiatrique
    • DES hépato-gastro-entérologie : Endoscopie de niveau 2 ; Proctologie.
    • DES médecine cardio-vasculaire : Cardiologie interventionnelle de l’adulte ; Rythmologie interventionnelle et stimulation cardiaque ; Imagerie cardiovasculaire d’expertise.
    • DES d’oncologie (options précoces) : Oncologie médicale ; Oncologie radiothérapie.
    • DES pédiatrie : Néonatologie ; Réanimation pédiatrique ; Neuropédiatrie ; Pneumopédiatrie.
    • DES psychiatrie : Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent ; Psychiatrie de la personne âgée.
    • DES radiologie et imagerie médicale : Radiologie interventionnelle avancée.
    • DES santé publique : Administration de la santé.
    • DES de biologie médicale (options précoces) : Biologie générale ; Médecine moléculaire, génétique et pharmacologie ; Hématologie et immunologie ; Agents infectieux ; Biologie de la reproduction.
  • Ou une formation spécialisée transversale (inter-spécialité, qui peuvent « théoriquement » être suivies par tous les DES, mais de façon indicative, certains DES les ont limités, comme en médecine générale…) :
    • Addictologie (ok médecine générale)
    • Bio-informatique médicale ;
    • Cancérologie ;
    • Cardiologie pédiatrique et congénitale ;
    • Chirurgie de la main ;
    • Chirurgie en situation de guerre ou de catastrophe ;
    • Chirurgie orbito-palpébro-lacrymale ;
    • Douleur (ok médecine générale)
    • Expertise médicale-préjudice corporel (ok médecine générale)
    • Foetopathologie ;
    • Génétique et médecine moléculaire bioclinique ;
    • Hématologie bioclinique ;
    • Hygiène-prévention de l’infection, résistances, vigilances ;
    • Maladies allergiques ;
    • Médecine scolaire (ok médecine générale)
    • Médecine et biologie de la reproduction-andrologie ;
    • Médecine du sport (ok médecine générale)
    • Nutrition appliquée ;
    • Pharmacologie médicale/thérapeutique ;
    • Soins palliatifs (ok médecine générale)
    • Sommeil ;
    • Thérapie cellulaire ;
    • Urgences pédiatriques.

On notera donc qu’un généraliste n’aura pas le droit de s’inscrire (sauf dérogation ?) en bio-informatique médicale, vigilances, maladies allergiques, médecine de la reproduction, nutrition appliquée, pharmacologie, sommeil.

Je trouve cette restriction particulièrement dommage, alors qu’il était plus simple de laisser tout ouvert simplement ; les restrictions se seraient faites au niveau local, selon les projets proposés… Bien sûr que la foetopathologie ne nous concerne pas, mais sommeil, franchement… quel mal à avoir un généraliste spécialiste du sommeil ? (Je connais la réponse : c’est un généraliste qui ne fera pas de la médecine générale en ville, ce qui est démographiquement dommage… sauf que la recherche et l’éducation, c’est bien aussi, et on pourrait aussi se donner les moyens de miser dessus pour réduire le nombre d’hypnotiques et donc le nombre de consultations).

 

3 – L’arrêté définit les objectifs de la formation, de façon globale puis DES après DES.

Commençons par ce que tout médecin doit savoir faire !

  • Compétences et connaissances communes de la phase socle pour les spécialités médicales et chirurgicales – hors biologie médicale donc (art. 2 à 4 – à noter que ça s’adresse aussi aux spécialités moins « somatiques » telles que psychiatres, médecins de santé publique, médecins nucléaires, radiologues, etc.) :
    • Recueillir des informations
    • Analyser, poser un diagnostic (en prenant en charge dans la globalité et avec les données épidémiologiques)
    • Intégrer les aspects psychosociaux, culturels et spirituels, environnementaux, les handicaps
    • Prescrire et interpréter des examens complémentaires
    • Prescrire un traitement adapté
    • Pratiquer l’éducation thérapeutique adaptée
    • Organiser la sortie d’un patient, rédiger un compte-rendu et savoir coder (!)
    • Gérer les principales urgences médicales simples
    • Politiques de santé publique : hygiène, vaccination, éducation à la santé sexuelle
    • Identifier les risques sur le parcours de soins / déclarer un événement indésirable
    • Gérer son stress, connaître ses limites, gérer le secret médical
    • Effectuer une recherche documentaire, une lecture critique d’articles
    • Connaître les principes du numérique en santé
  • Compétences et connaissances spécifiques de la phase d’approfondissement :
    • Diagnostiquer les pathologies courantes de la spécialité
    • Assurer la prise en charge à l’aide d’arbres diagnostics
    • Maîtriser les dispositifs médicaux spécifiques
    • Pratiquer les actes les plus courants
    • S’assurer de la compréhension de l’information transmise
    • Effectuer le tri en cas d’afflux massif de malades ou blessés
    • Participer à la gestion des situations sanitaires exceptionnelles (esprit attentat)
    • Information un patient sur un protocole de recherche
    • Evaluer les méthodologies et critiquer les conclusions d’essais cliniques
    • Participer à la rédaction d’un protocole de recherche (!!)
    • Présenter les résultats d’un travail de recherche, participer à la rédaction d’un article
    • Produire, mettre en partage ou échanger des données de santé par mail dans le respect du cadre juridique (!!!)
    • Connaître le cadre médico-légal et médico-social
    • Connaître différents types d’exercice : ambulatoire, hospitalisation à domicile (ouverture de postes ?)
    • Connaître les principes de la sécurité des soins et les vigilances
  • Compétences et connaissances de la phase de consolidation (n’existe pas en médecine générale, tant que nous ne sommes pas passés à 4 ans… je ne relance pas après le billet précédent, mais en l’état ce texte est déjà clairement prévu pour un DES en 4 ans)
    • Maîtriser l’ensemble des connaissances nécessaires à l’exercice (hors maladies rares),
    • Connaître le coût des ressources, le rôle d’une CME, de l’ARS et de la HAS (!)
    • Maîtriser l’organisation et la réglementation de l’exercice professionnel (un peu important en MG)
    • Participer au travail en équipe pluridisciplinaire
    • Assurer les gardes, gérer les contraintes de temps (un peu important en MG)
    • Proposer une médecine personnalisée (?)
    • Prévenir les risques
    • Maîtriser le management d’équipe et/ou la gestion d’un cabinet libéral (tranquille en MG sur 3 ans du coup ?)
    • Maîtriser les tarifications, les principes de l’assurance individuelle, de la médecine agréée et de l’assurance maladie (c’est tellement cool qu’on n’ait pas à savoir ça en médecine générale…)
    • Déclarer un événement porteur de risque (l’obsession des lanceurs d’alerte…)
    • Etre capable de participer à l’accompagnement d’étudiants en deuxième cycle 
    • S’impliquer dans les activités académiques : formuler une question, identifier les objectifs, analyser les résultats

 

4 – De façon spécifique, en médecine générale, les objectifs généraux de la formation en médecine générale sont les 6 compétences suivantes :

  • Premier recours, urgence
  • Relation, communication, approche centrée patient
  • Approche globale, prise en compte de la complexité
  • Education, prévention, santé individuelle et communautaire
  • Continuité, suivi, coordination des soins autour du patient
  • Professionnalisme

Notons qu’elles sont déjà citées pour toutes les spécialités dans les objectifs généraux de l’arrêté, à l’exception du terme de « complexité » (mais on parle d’approche globale partout), et de la coordination des soins avec continuité et suivi (il y a l’organisation d’une sortie hospitalière, savoir passer la main, etc.).

Pour les « connaissances », le DES de médecine générale renvoie également à l’arrêté, là où tous les autres DES détaillent (choix d’un 3ème cycle par apprentissage par compétences et « rejetant » les enseignements et connaissances, considérées comme déjà acquises au 2ème cycle). Je trouve ça problématique si on veut maintenir l’idée que la médecine générale est une spécialité comme les autres ; parce que dire « les connaissances sont celles communes à toutes les autres », ça revient à penser la médecine générale comme avant 2004. Il faudrait peut-être envisager un programme « officiel » de connaissances à avoir à la sortie du DES de médecine générale.

 

Il y a bien les 11 familles de situations, mais proposés comme ça dans l’arrêté, ça n’en fait pas un « programme » :

  • situations autour de patients souffrant de pathologies chroniques, polymorbidité à forte prévalence
  • situations liées à des problèmes aigus/non programmées/fréquents/exemplaires
  • situations liées à des problèmes aigus/non programmées/dans le cadre des urgences réelles ou ressenties
  • situations autour des problèmes de santé concernant les spécificités de l’enfant et l’adolescent
  • situations autour de la sexualité et de la génitalité
  • situations autour de problèmes liés à l’histoire familiale et à la vie de couple
  • situations de problèmes de santé et/ou de souffrance liés au travail
  • situations dont les aspects légaux, déontologiques et/ou juridiques sont au premier plan
  • situations avec des patients difficiles et/ou exigeants
  • situations où les problèmes sociaux sont au premier plan
  • situations avec des patients d’une autre culture

 

5 – Pour arriver à ces objectifs de formation, il faut un enseignement derrière…

  • Formation / enseignement :
    • Pour tous les DES, « l’utilisation de méthodes pédagogiques innovantes dans le cadre d’une approche par compétences et adaptées aux caractéristiques des étudiants est encouragée. Sont notamment privilégiées » :
      • Enseignement à distance asynchrone utilisant des modalités différées d’apprentissage, d’évaluation et d’échanges d’informations (c’est-à-dire des MOOC avec forums)
      • Classe inversée
      • Simulation en santé
      • Apprentissage en contexte réel avec débriefing et rétroaction
      • GEP et confrontation-débat
    • Mais la médecine générale a sa propre vision de la pédagogie et propose « en application de (ce que j’ai dit ci-dessus) :
      • travaux d’écriture clinique
      • groupes d’échanges de pratique (GEP)
      • méthodes dérivant des apprentissages par résolution de problèmes (ARP)
      • groupes de formation à la relation thérapeutique (Balint)
      • groupes de tutorat centrés sur les familles de situations définies pour la spécialité
      • ateliers de gestes pratiques y compris avec des techniques de simulation
  • Formation / stages agréés dans un CHU ou une structure liée par convention avec au moins un personnel médical et scientifique (art. 1 du 24/2/1984)

Donc notons que « l’innovation est encouragée (…) notamment privilégiée » : toute méthode pédagogique est valable. Les MOOC sont aussi encouragés (et c’est une bonne chose quand on voit le temps d’enseignement à prévoir…).

Sauf que les généralistes ont décidé de se tirer une balle dans le pied en supprimant la ligne « Enseignement à distance asynchrone (…) »

 

6 – Une balle dans le pied… parce que l’enseignement est plus long qu’avant ! 

  • 2 demi-journées d’enseignement par semaine : une en supervision (à l’heure actuelle en médecine générale, c’est 20-25 demi-journées par an en moyenne, il faut donc à peu près doubler ce nombre) et une en autonomie, pendant chaque semestre .
  • 6 stages en médecine générale pour l’instant (un par semestre) : 1 stage en médecine ambulatoire + un stage en médecine d’urgence + un stage en médecine polyvalente (inversion possible si les places manquent, avec un décalage de l’urgence en 2ème année) + un stage sur le suivi de la femme + un stage sur le suivi de l’enfant (les deux pouvant être cumulables) + un stage en autonomie en médecine ambulatoire.

Alors bien sûr, on peut dire qu’un staff au CHR compte comme la demi-journée de formation en supervision, ou que la formation se fait au lit du malade (« apprentissage en contexte réel et rétroaction… ») ; et puis au CHR, c’est un peu plus évident de rassembler beaucoup d’étudiants pour un topo fait par le PU référent de l’enseignement X ou Y. Ca se passe déjà comme ça, avec des enseignements qui vont sans doute rester, et ça ne changera pas tant que ça.

Mais pour la médecine générale, une spécialité hors CHR la plupart du temps, où on a décidé de supprimer tout enseignement pour favoriser les groupes (échanges de pratiques, Balint) et les écritures (impossible en supervision), il risque d’y avoir un manque de main d’oeuvre… .

 

 

7 – Enfin, il y a des évaluations périodiques à la fin de la phase socle et de la phase intermédiaire

Pour la médecine générale :

  • Présence en stage et en cours, validation de la production personnelle de l’étudiant
  • Evaluation du portfolio et argumentation orale des travaux personnels du portfolio

Il y a donc désormais un mémoire de DES devant un jury, à présenter 2 à 3 fois pendant le cursus. Sachant que les thèses doivent désormais être dans la spécialité (arrêté du 12 avril), voilà un combo qui va augmenter le nombre de jurys (thèse + mémoire) des rares universitaires de médecine générale, qui vont déjà devoir gérer un doublement du nombre de demi-journées de formation des étudiants.

Est-ce vraiment bien réfléchi pour notre spécialité ?

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Présenter sa thèse (ou toute présentation)

Je me rends compte que le billet « Temps » était le 200ème, je souffle donc une bougie fictive, vous remercie de continuer à me lire, et enchaîne avec la présentation de thèse à la demande de deepdeep59 😉

Voici les conseils que je donne et redonne depuis maintenant 13 thèses (mon 14ème thésard soutient la semaine prochaine !)

 

Règle n°1 : Programmez le temps de parole

En général, à Lille, c’est 15 à 20 minutes. Personne ne vous dira « oh là là, 15 minutes c’est trop court et concis, tu aurais dû parler davantage »…

Le jour de la soutenance, vous allez un peu bafouiller, votre rythme va un peu baisser… Il faut donc mieux prévoir 15 minutes, et parler avec l’esprit tranquille en sachant que vous ferez peut-être 17-18 minutes. Si vous partez sur une base de 20 minutes, vous allez stresser inutilement.

 

Règle n°2 : Choisissez le format

Il n’est pas gravé dans le marbre que la présentation doit être faite sur un PowerPoint.

Vous pouvez le remplacer par un autre logiciel de présentation, comme Keynote sur Mac, ou en ligne type Prezi.

Vous pouvez aussi animer votre thèse avec une vidéo, un son, une succession d’images…

A l’extrême, vous pouvez faire la présentation sans support si ça vous chante (je déconseillerais beaucoup quand même…)

 

Règle n°3 : Assurez-vous d’avoir quelque chose à présenter.

Si vous êtes sous PowerPoint, prenez un .pptx, mais aussi en .ppt compatible 1999-2003 et un pdf ; si vous êtes sous OpenOffice ou LibreOffice, prenez un .odp mais aussi un .ppt et un pdf ; si vous êtes sous KeyNote, prenez un .ppt et un pdf… Vous pouvez faire un Prezi, mais dans ce cas, extrayez un pdf !

Mettez tout ça sur votre clé USB et envoyez-le vous par mail (au cas où vous oublieriez votre clé USB). Si vous utilisez des polices « spéciales » (non natives de votre ordinateur), incorporez les dans votre présentation. Dans tous les cas, testez votre présentation sur un ou deux autres ordinateurs que le vôtre. Idem pour les sons et vidéos… Ne misez pas tout sur une compatibilité éventuelle…

Le jour J (ou un peu avant), testez dans la salle… Eventuellement, si vous voulez mettre le parachute en plus des bretelles et ceintures, prenez votre PC pour le brancher à le place de celui de la salle si besoin (c’est ce que j’ai fait pour la mienne, parce que j’avais des polices un peu originales… ouf !)

 

A partir de là, on va parler du PowerPoint, en supposant que c’est ce que vous utiliserez (comme 99 % ou plus des cas).

Règle n°4 : Prévoyez le nombre de diapositives avant de commencer

Ne partez pas tête baissée dans un diaporama, sinon vous allez mettre 10 diapos pour l’introduction en faisant des copier-coller de votre thèse.

Pour 15 minutes, je conseille 15 diapositives, en incluant la 1ère de titre, et la dernière.

Entre 15 et 20, ça reste convenable à condition d’avoir des diapositives particulièrement sobres.

 

Règle n°5 : Ecrivez la dernière diapositive et basez-vous dessus

Commencez par la fin en écrivant une diapo de conclusion avec 3-4 messages-clés.

Ce sont les messages que les gens dans la salle retiendront (y compris les non-médecins). Les écrire dès le début permet de les garder en tête comme « objectif » de la démonstration, et en faire une sorte de fil rouge.

 

Règle n°6 : Réfléchissez aux titres et messages de chaque diapositive

Quel est LE message qui doit passer à chaque fois ? Essayez de faire passer peu de messages par diapo, mais des messages forts / intéressants / originaux. Le but n’est pas de redire toute la thèse mais en extraire l’essentiel.

Vous voyez bien dans la presse l’importance des titres ; utilisez-les ! Profitez de cet espace pour passer un message (plutôt que « épidémiologie », c’est « Prévalence en augmentation » par exemple…). Et parfois, ça se passe de titre.

 

Règle n°7 : Rendez l’introduction « excitante »

L’idée est que sur les 3-4 premières diapos, les gens présents comprennent tous pourquoi vous avez choisi ce problème intéressant, pourquoi vous l’avez fait, et ce qu’on va en attendre (les fameux messages de conclusion).

 

Règle n°8 : Diminuez, diminuez, diminuez la quantité de texte. Et rediminuez-la. 

C’est sans doute la règle la plus importante à mes yeux. Le PowerPoint n’est pas un document de lecture.

C’est un pense-bête : on n’est pas là pour vous entendre le lire, mais pour vous entendre présenter votre sujet. Afin de vous aider dans votre récit, et de l’illustrer (figures, tableaux surtout), vous pouvez vous appuyer sur le diaporama. Il faut éviter d’être redondant entre ce que vous dites et ce qui est écrit. Pour les plus anxieux, sachez que vous pouvez avoir un diaporama trèèèès sobre sur la présentation (cool !) mais malgré tout avoir un prompteur que vous n’avez qu’à lire. C’est par ici (afficher les commentaires du présentateur en privé lors de la lecture sur plusieurs moniteurs)…

Ne perdez pas de vue le rôle du PowerPoint : il vous aide dans votre présentation. Par manque de confiance, on prévoit souvent l’inverse et c’est nous qui l’aidons à faire tout seul la présentation.

Soyons honnête : si on peut se passer de vous tellement le diaporama est clair/complet, on va se passer de vous. Et parler face à un auditoire qui n’écoute pas et ne fait que lire, ça n’est pas très agréable.

Ecrivez le moins de mots possible : ça évite de tendre à lire le diaporama (on dit parfois « 7 lignes max, 7 mots par ligne max »… en vrai, si vous avez une diapo avec 3 mots ou – mieux – et que vous tenez confortablement 1 minute dessus, c’est largement mieux !)

Vous pouvez remplacer des mots par des images parfois. A titre personnel, j’aime beaucoup les icônes, et j’utilise très souvent celles de The Noun Project où les images ont un aspect assez uniforme et sont soit en domaine public (CC-0), soit en licence de libre diffusion Creative Commons et peuvent être utilisées… en n’oubliant pas de citer l’auteur ! Vous avez également le site https://search.creativecommons.org/ qui est intéressant. Là aussi, pensez à citer l’auteur s’il vous autorise à la diffusion. Personnellement, je le fais classiquement sur ma dernière diapositive… D’ailleurs, en parlant de dernière diapositive, vous n’êtes pas obligés d’écrire « Merci de votre attention ! » : ça peut être l’occasion de mettre une photographie récapitulative ou illustrative, etc. (évitez de faire une blague ou un dessin humoristique inapproprié, qui risquerait de faire plouf).

Un de mes thésards (le 12ème ^^) a récemment fait sa thèse sur l’histoire de la médecine générale dans le boulonnais pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il a commencé a capella pour donner des données démographiques, puis a fait un bref rappel de la chronologie de la guerre à partir d’une simple frise pendant 5 minutes… eh bien, c’était hyper captivant. En 17 diapositives, il a écrit 11 titres et 17 mots (sans compter les pronoms) ; le reste n’était qu’image. Certes, son sujet s’y prêtait, mais c’était vraiment super. Osez diminuer votre texte, je suis persuadé que votre présentation gagnera en intérêt.

 

Règle n°9 : Limitez les effets

Nous avons tous tendance à vouloir faire des effets de manche et faire des apparitions successives, pour éviter que le jury se perde dedans… Souvent c’est symptomatique du fait qu’on ait mis trop de texte surtout, et c’est fatigant…

Il faut mieux une diapositive sobre qui apparait entièrement. Par ailleurs, si vous passez en pdf pour la compatibilité assurée, limiter les animations est aussi une bonne chose.

Je parlais en règle 8 de mettre des illustrations : attention à rester sobre ! Si vous êtes graphiste dans votre temps libre, amusez-vous à faire de belles choses bien sûr… mais sinon, évitez les excès de clip-art ou WordArt par exemple. (Et si vous choisissez un site comme The Noun Project, essayez d’en avoir un seul pour avoir une cohérence visuelle…)

 

Règle n°10 : Entraînez-vous… sur le verbal et le non-verbal !

Il faut vous entraîner, affiner votre diaporama (diminuez le texte !), le présenter à votre conjoint ou vos amis ou vos parents et/ou vous filmer.

Intéressez-vous à 4 points :

  • le fond de votre discours (est-ce cohérent ? intelligible ?),
  • la forme de votre discours (est-ce que votre voix est monocorde ? est-ce qu’il y a des intonations ? est-ce qu’il y a un tic de langage ? est-ce que vous comblez chaque silence par un « euh » ?),
  • votre position (est-ce que vous vous repliez sur vous-même ? est-ce que vos bras sont crispés ?)
  • votre interaction avec le diaporama (est-ce qu’il est adapté à ce que vous dites ? est-ce que vous galérez ?) – éventuellement, investissez dans un pointeur-télécommande de présentation (c’est tellement bien !).

A force de vous entraîner, vous déciderez si vous préférez le faire de mémoire avec spontanéité (ma préférence), de mémoire par coeur, de mémoire avec un support (papier ou dans les notes de chaque diapositive), ou en lisant (papier ou notes de chaque diapositive).

Enfin, et ça pourrait être le premier conseil, jetez un œil sur le web sur des présentations de TED Talks, de keynotes Apple, de « best presentations ever »… Les TED Talks, à l’extrême, c’est ce à quoi devrait ressembler toute présentation avec surtout ce point central : le diaporama illustre et sert de pense-bête à l’auditeur (excellents au demeurant), mais n’est jamais un support qu’ils lisent.

Inspirez-vous de ce qu’ils font, et faites une présentation intéressante pour votre jury et pour votre public. Si la personne non-médecin la plus âgée du public vous dit « c’était bien » et a vaguement compris votre objectif et votre conclusion, vous avez réussi.

 

Règle n°11 : Assistez à une thèse

Ca n’est pas une obligation et vous pouvez préférer la découverte… Dans ce cas, sachez juste quelques points qui peuvent être utiles, notamment pour informer votre public :

  • vous allez vous habiller (tenue toute noire, vous aurez le droit de porter du rouge quand vous serez docteur en médecine – jaune en lettres, etc.)
  • le jury arrive à l’heure, discute dans l’arrière pièce,
  • le jury entre, le public se lève (classiquement, quand le jury est debout, le public l’est aussi ; comme en primaire quand le directeur d’école entrait dans la classe ^^)
  • le président annonce le travail et invite tout le monde à s’asseoir,
  • vous commencez par une phrase du type « Monsieur (madame) le Président, Messieurs (mesdames) les membres du jury, chère famille, chers amis, je vous remercie de votre présence ce jour. Je vais vous présenter mon travail sur… »
  • vous présentez votre travail qui finit par… « je vous remercie de votre attention » par exemple ^^ (avec ou sans la diapo où c’est écrit – encore une fois, une belle photographie de fin, c’est sympa aussi, sachant que c’est ce qui restera affiché pendant que vous vous ferez cuisiner)
  • le président vous demande de vous asseoir et anime la suite en vous dirigeant vers les différents membres du jury (à droite, à gauche, à sa droite puis lui, en général).
  • à la fin, il résume les différents commentaires et vous « défend » contre les éventuelles critiques émises,
  • le jury se lève (le public aussi) pour se retirer dans l’arrière pièce et délibérer,
  • le jury revient (le public se re-re-lève s’il s’est assis) et annonce que vous êtes reçu docteur (normalement). Vous pouvez lire le serment d’Hippocrate, tourné face à votre famille. C’est le moment idéal pour les photos et vidéos souvenirs ! (globalement les photos et vidéos sont autorisées tout le temps, pas la peine de se cacher pour les faire… Attention quand même aux abus, les flashs multiples pendant les questions peuvent être irritants ou déstabilisants pour le thésard).
  • après le serment, si vous le prêtez (ou à la place sinon), vous serez applaudi par l’assistance (pas d’applaudissement avant normalement, notamment à la fin de la présentation ;-))
  • même si vous dérogez (un peu) à ce protocole, si votre public applaudit trop tôt, s’il lance des you-you à la toute fin, si le public oublie de se lever… ça se passera très bien et personne ne vous en tiendra rigueur !

 

Règle n°12 : Dépassez les règles…

… Evidemment ! Ces « règles » n’ont aucune prétention, ce sont des conseils et des avis.

Bonne présentation, amusez-vous bien !

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Temps

Le temps, c’est de l’argent.

Tempus fugit.

On n’a que le bon temps qu’on se donne.

Gagner du temps.

Tuer le temps.

Prendre le temps.

Trouver du temps.

A la recherche du temps perdu (parce qu’on n’a pas trouvé le pain).

Gérer son emploi du temps.

Le temps ne manque jamais d’expression. C’est un sujet qui nous préoccupe tous, et je me dois donc de le traiter sur ce blog, afin de répondre pleinement à vos attentes de lecteurs avides de mon avis sur tout ce qui a de l’importance. (Prochain billet à venir sur les shampoings spécial repousse capillaire).

Les secondes défilent, et nous les suivons au pas…

Chaque jour est une course d’obstacles pour gagner du temps, ou éviter d’en perdre (selon votre conception optimiste ou pessimiste du monde). Les obstacles se divisent en facultatifs et en incompressibles : manger, boire, dormir, se brosser les dents, visionner son album photo des années curling bâton en pleurant dans le divan, lire son fil Twitter, regarder le film de 20h5… 21h15 (?) et redormir. Chacun ses incompressibles, ne nous jugeons pas.

… le temps fuit, et nous courons à ses trousses.

D’accord, le bien et le mal, le gain de temps ou la perte, la course d’obstacles quotidienne… Mais quand même ! Que s’est-il passé pour en arriver là ? Aujourd’hui, chaque jour je reçois 30-40 mails, des questions urgentes ou importantes (ou les deux, ou aucune des deux), des sujets d’actualité, des obligations personnelles, familiales, professionnelles, un travail voire deux ou trois… Qu’avons-nous fait de mon temps libre et pourriez-vous s’il vous plait me le rendre ?

Les années 90, c’était un bon vieux tempsJ’ai joué aux Pogs, aux billes, j’ai eu une Super Nintendo à 6 ans (whaow), j’ai analysé tous les détails de sécurité décrits dans le Télé Poche ou le Picsou Magazine à propos des billets de 50 francs à l’effigie de Saint-Ex’, j’ai suivi Dragon Ball Z, je suis allé au « Cyber Espace » pour « surfer » sur le net au prix de 10 francs l’heure (il me semble)… bref, j’ai fait des trucs d’enfants de mon âge.

C’était un sacré bon vieux temps, mais sûrement pas « LE » bon vieux temps : le mien, et celui de ma génération, tout au plus. Pour les autres, c’était mieux soit avant, soit après.

Néanmoins, il faut leur reconnaître un truc aux années 90 : à l’époque, je croulais sous le temps libre. Et même si je ne suis pas Marcel Proust (qui ne me suit pas non plus d’ailleurs), je m’interroge pour la troisième fois, avec un art de la répétition à rendre maboul un moine tibétain : dans quel maelström s’est perdu mon temps ?

C’est peut-être lié à moi ? 

J’y ai longtemps cru… Tous les coachs le clament sur la toile : « pour découvrir votre potentiel caché, changez (simplement) de vie comme moi en suivant ce programme simple : lever à 4h45, lecture des actualités pendant 15 minutes, travail pendant 3 heures. Le reste de la journée, à partir de 8h, vous appartient. Profitez de l’après-midi pour faire l’activité créative qui vous rendra heureux ».

Moui… Déjà je blogue à 1h30 du matin alors que j’ai plein de trucs en retard à faire, donc je ne vais pas correspondre de base à ce profil. Désolé, mais je ne suis pas venu ici pour souffrir, okay.

C’est terrible parce que ça doit faire 12-13 ans que j’envisage ça en me disant que je pourrais mieux « employer mon temps » en faisant des plannings clairs, des belles to-do list. J’ai déjà essayé de me lever plus tôt, mais ça ne tient jamais plus de deux jours (sauf en cas de contrainte). Non mais, il faut se rendre à l’évidence. La vérité, c’est que je suis profondément « libre » ; je n’aime pas me faire dicter mon planning, même si c’est moi qui me l’impose. J’aime bien décider à la dernière minute, parce que l’imprévu c’est sympa (et parce que ça me permet de griller 1 heure sur Twitter à lire tout et n’importe quoi alors que j’ai une tonne de travail qui attend).

Et puis, zut, j’ai bien le droit de profiter ! Mon moi de 2017 est incroyablement plus efficace pour tout (ou presque) que mon moi de 1997 ou même 2007… je devrais donc me libérer de plus en plus de temps libre ! Pourtant non : alors, à quoi c’est dû ?

C’est sûrement lié à mon environnement alors… 

Ah, ça oui… Les mails chronophages, mes occupations des soirs et week-end sont presque toutes universitaires : il y a là de l’élagage à prévoir… Et bonne nouvelle, c’est prévu : je finis ma responsabilité de conférences de préparation aux ECNi en juin 2017, mon clinicat de médecine générale en novembre 2017, ma thèse de sciences en octobre 2018. Et pour l’instant, je ne « commence » (presque) rien après toutes ces fins.

Si je veux retrouver plus de temps libre, il faut que je me recentre au maximum sur mon « Ikigai ». Ca ne veut pas dire grand-chose, abordé à ce stade du billet, mais j’avais envie de finir sur ça, alors vous êtes sympas et vous faites comme si tout ça était logiquement bien construit. L’Ikigai, c’est le croisement de ce pour quoi nous sommes payés, ce qui est utile, ce que nous savons faire et ce que nous aimons. Les trois premiers critères peuvent assez facilement s’évaluer ; mais pour savoir si on aime, il faut parfois voir ce qui se passe quand on s’éloigne.

C-FDVUbVoAEMJB-

Voilà, Marcel. Tu vois, ça n’est pas si compliqué : le temps perdu, tu le cherches, tu le traques, et tu lui tords le cou, avant que ça ne soit lui qui te cueille par surprise. Parce que le temps continue de s’écouler, alors si on n’apprend pas à nager, on finit par se noyer dans les métaphores.

 

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