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Coudre et en découdre

COUDRE ET EN DECOUDRE

Une tragédie classique en cinq actes.

ACTE I – Exposition

Les urgences du côté de la chirurgie, de la traumatologie et de la « bobologie », j’en ai déjà parlé ici et .

L’externe, dont c’est la première garde, doit aller diagnostiquer les entorses de cheville de mademoiselle c’est-quand-je-suis-retombé-sur-ma-coéquipière-après-un-jump-au-basket, les fractures de radius de madame je-suis-tombé-de-ma-table-de-nuit-en-bordant-le-lit-superposé-de-mon-fils, les luxations d’épaule de monsieur je-viens-juste-de-me-remettre-au-roller. Le plus grand intérêt dans ces examens cliniques est de constater à quel point les gens ont une vie dangereuse ou, tout au moins, des accidents particulièrement (et malheureusement) stupides qui mériteraient qu’on leur décerne un prix « EPIC FAIL OF THE DAY ».

Au CHU, l’externe doit également aller examiner madame j’ai-mal-au-ventre, monsieur je-crois-que-j’ai-peut-être-avalé-un-morceau-d’assiette-en-mangeant-mon-gâteau-à-22h-et-là-à-1h-du-matin-j’angoisse, ou monsieur j’ai-dérapé-avec-ma-moto-sur-200-mètres-à-80-km/h qui est dans une coquille rigide avec minerve, qui empêche de faire convenablement l’examen clinique et les radiographies qui permettront de retirer ladite coquille rigide avec minerve (oui, c’est vicieux comme cercle).

Après un examen parfois sommaire (je sais que je dois manipuler le genou pour examiner les ligaments croisés, les ligaments latéraux et les ménisques, mais là il a juste très mal quand je le touche donc si on pouvait remettre ça dans 10 jours…), l’externe envoie les patients en radiologie. Ensuite, il part à la recherche de l’interne ou du chef pour leur présenter « le genou et sa radiographie » (ne peut être vendu séparément du patient qui va avec), afin de peut-être pouvoir libérer son patient… Le néon clignote et s’éteint sur la dernière image de l’externe tentant désespérément de montrer son dossier à un supérieur, dans un ballet où il n’a pas sa place.

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Où est Charlie ? Le monde des urgences

J’ai déjà partagé ma vision hautement philosophique des gardes aux Urgences chirurgicales. Mais au fil du temps, d’autres anecdotes me reviennent. Notamment, l’impressionnante logistique des lieux…

Dimanche matin, 8h30, Centre Hospitalier Régional. L’externe arrive aux urgences chirurgicales. C’est sa première garde. Il ne va rien savoir faire. Il se présente. Soupirs, haussements de sourcils. On ne va pas l’accueillir avec des banderoles. Ni retenir son nom d’ailleurs, puisqu’on peut l’appeler de façon plus générique « l’externe » — les amateurs de Scrubs se souviendront de Perry Cox appelant John Dorian « bizuth » ou Joséphine à longueur de journée…

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C’est l’histoire de la vie !

Il y a une blague assez récurrente de la part des proches masculins d’un étudiant en médecine : « si tu fais un stage en gynécologie, tu veux bien me prendre comme assistant ? »

Examinons cette requête.

Premièrement, ceux qui suivent un peu ce blog savent que les externes sont placés au bout du rouleau de la chaîne des salariés de l’hôpital : par exemple, à Lille, ils paient plein tarif pour manger ou pour se garer sur les parkings des hôpitaux ; à Roubaix, la Direction des Affaires Médicales ne veut même pas leur prêter de blouse pour bosser (ok, vous êtes prof, voici votre classe, mais c’est vous qui ramenez votre tableau noir). Or, les patients qui arrivent au Centre Hospitalier – voire Universitaire Régional – s’attendent à être pris en charge par des professionnels de santé spécialisés, pas par des jeunes hommes avec une blouse de femme trop courte qui traînait dans un placard. C’est un peu comme s’ils venaient manger chez Maxim’s et qu’on les servait dans un cornet de frites en papier tâché de graisse…
Toutefois, les patients acceptent souvent très bien d’être vus par des « externes » (j’évitais quand même le mot « étudiant », par principe), ou par des deuxième-troisième années (PCEM2-DCEM1) passant juste en troupeau pour « palper leur gros cou » ou « écouter leur souffle cardiaque »… Mais il ne faut pas exagérer de la bonté des gens en rajoutant un assistant à l’assistant de l’assistant ; que dirait-on si le sommelier de Chez Maxim’s venait systématiquement avec le travailleur saisonnier qui a piétiné le raisin en septembre 1996 ?

Deuxièmement, il faut savoir que la gynécologie-obstétrique, ce n’est pas un défilé de mode de naturistes. Il s’y dit des phrases sans glamour telles que « et vos dernières règles datent de quand ? », « vous pouvez enlever le bas, s’il vous plait ? », « je vais faire un examen gynécologique », « oui, l’échographie c’est par l’intérieur au premier trimestre de grossesse, en effet, désolé ». Le genre de truc que Karl Lagerfeld n’ose prononcer que rarement lors des démonstrations de Haute Couture.

Vous comprenez donc qu’il apparaît impossible tant pour les patients que pour vous-même de vous inviter physiquement en stage de gynécologie-obstétrique. Toutefois, compte tenu de la récurrence de cette fameuse blague de « l’assistant de gynécologie », je peux quand même vous proposer une petite visite mentale…

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« J’ai une mission pour touaa… »

Le Centre Hospitalier Régional Universitaire (CHRU) est une jungle administrative. Physiquement, il répond au deuxième principe de thermodynamique : « toute transformation d’un système thermodynamique s’effectue avec augmentation de l’entropie globale… »

L’entropie, c’est ce qui fait que même si vous vous couchez avec les cheveux laqués et gominés, votre tignasse ressemblera quand même à un nid de poule le lendemain. C’est ce qui fait aussi que les patients se perdent dans les couloirs de consultations, que leurs dossiers se retrouvent avec un mauvais étiquetage dans le bureau des archives de l’année passée ou du siècle précédent, ou encore que la clé du coffre où est rangé l’indispensable appareil photo se trouve dans la poche de blouse de l’interne de garde qui est reparti avec le tout. Bref, le CHRU obéit à l’entropie, qui évolue inéluctablement vers le désordre le plus total.

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Le bloc opératoire

Pour ceux et celles qui seraient restés à la vision du bloc opératoire façon Urgences, Grey’s Anatomy, Scrubs ou Dr. House, il est temps de faire un démenti public.

Ça ne se passe pas comme ça.

Je ne parle pas du fait que House, néphrologue spécialisé en maladies infectieuses, puisse entrer dans un bloc sans masque sans déclencher l’hystérie collective. Pour ma part, j’ai déjà enlevé ma coiffe bêtement juste après une opération en gynéco, croyez-moi sur parole, les infirmières sont devenues collectivement hystériques…

« Il a enlevé sa charlotte, NOOOOOON… »

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