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Recadrages secrets : qui est la taupe ?

C’est devenu une ritournelle exaspérante. Désormais, quand un ministre a fait n’importe quoi, on apprend juste après que le Président l’a « recadré » lors du conseil des ministres. C’est une sorte de marque de fabrique de la présidence actuelle : les blâmes se font en privé, mais sont relayés dans la presse afin de montrer au peuple combien le chef de l’Etat est aussi agacé que lui, mais doit composer avec les bêtises ou l’incompétence de ceux qui l’entourent. Et c’est de plus en plus fréquent au fil des mois…

En plus de multiplier les bourdes et les incompétences, il se trouve que ceux qui entourent le Président de la République ne le respectent absolument pas, puisqu’ils balancent à la presse tout ce qui se dit dans ces conseils privés…

Devant le désintérêt général des services secrets français, j’ai décidé de mener moi-même l’enquête afin de débusquer la taupe ! (Ne me remerciez pas, je suis au service de l’Etat). D’autant que le Président lui-même ne supporte pas ces fuites et insiste pour le respect du « secret défense » notamment en conseil de défense ! On le comprend : si tout ce qui se dit par le chef des armées en privé est dévoilé dans la presse, il devrait rapidement chercher le coupable et l’exclure de ces réunions… c’est un peu problématique d’avoir une « taupe » qui balance tout à la presse, ces réunions pourraient aussi comprendre des sujets plus sensibles.

Ne vous inquiétez pas, monsieur le Président, je vais vous aider avec une grande enquête.
(Extrait de Gala)

J’ai donc tapé « Macron recadre conseil ministres » sur Google, entre 2018 et ce jour (requête ici). Petit florilège (non exhaustif) des 23 pages, en commençant par quelques anciens ministres…

Christophe Castaner, ancien ministre de l’Intérieur

En avril 2019, après une soirée arrosée relayée sur les réseaux sociaux, le ministre de l’Intérieur est recadré par Edouard Philippe en Conseil des Ministres (« être ministre, c’est 24 heures sur 24, y compris en termes de comportement« ). Le Président lui « passe un savon » également, apparemment en privé (ça devrait faciliter la recherche de la « taupe »).

Le mois suivant, il est à nouveau recadré par Emmanuel Macron — comme nous l’apprend Gala — après avoir parlé « d’attaque » au lieu « d’intrusion » par des membres du cortège du 1er mai à l’hôpital Salpêtrière : « évite les micros tendus et tweete un peu moins. » Un conseil qu’on devrait tous suivre d’ailleurs.

Muriel Pénicaud, ancienne ministre du travail

En juillet 2019, Edouard Philippe aurait recadré Muriel Pénicaud en conseil des ministres, pour son « affichage trop public des désaccords » (notamment sur le risque de coupes dans le financement de l’apprentissage)… et on apprend que c’est elle qui se ferait le plus souvent recadrer dans ces conseils.

Le Président n’aurait pas été en reste. Dans Closer, fin 2019, un ministre relate : « j’ai vu Macron défoncer des ministres en Conseil des ministres. C’était chirurgical« . Sur la faible communication autour de la relance des emplois francs, le président aurait estimé que « c’est comme faire une promotion dans un supermarché et l’installer au fond du magasin« .

Edouard Philippe, ancien Premier Ministre

Après avoir évoqué le déconfinement en avril 2020, le Premier Ministre se voit recadré par « un proche du Président » : « Parler quand on ne sait pas, voilà une stratégie étrange, anxiogène. » 

A l’époque du gouvernement Philippe, on note plusieurs recadrages globaux : en juillet 2017, il disait « si on sait donner du sens, on évite les petites polémiques«  ; le mois suivant, il critiquait les notes reçues : « c’est du pipi de chat, ce qui me remonte actuellement de certaines de vos notes : ne vous laissez pas enfermer dans le confort des documents rédigés par vos administrations. Certes, cela peut vous paraître sympathique et confortable de vous placer entre leurs mains. Mais vous verrez, dans six mois, si vous continuez, vous aurez disparu« 

A tel point qu’en février 2020, les ministres et proches (voire ami du président – toujours sympa) se lâchent : « il méprise les gens, il les toise de son intelligence » ; « les ministres disent de lui qu’il se caresse devant les miroirs » ; « c’est moi le roi et ce sont mes députés, mes gens » ; « personne ne se sent aidé, soutenu, porté… (par le Président) »…

Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur

En novembre 2020, Michel, producteur de musique dans le 17ème arrondissement de Paris, est tabassé par des policiers. Le Président aurait appelé son ministre pendant 15 minutes pour « mettre les points sur les i » selon une source proche, et un autre témoin a parlé de « fermeté, d’apaisement et de sanctions ». Ce qui laisse penser que la taupe suit de très près le Président — il appelle en privé à proximité immédiate, allant jusqu’à laisser « la taupe » poireauter pendant un appel de 15 minutes (il y a sans doute un jeu de Mikado dans le bureau du Président pour ces situations).

S’y ajoute une publication publique (facebook, Twitter) que Philippe Moreau Chevrolet estime être un recadrage (public cette fois !) du ministre de l’Intérieur : « je demande au Gouvernement de me faire rapidement des propositions pour réaffirmer le lien de confiance qui doit naturellement exister entre les Français et ceux qui les protègent et pour lutter plus efficacement contre toutes les discriminations. » Un « recadrage des troupes » selon la Nouvelle Tribune.

Après avoir critiqué les résultats de son propre camp, voire même de sa propre liste (ça ne s’invente pas), Gérald Darmanin s’est aussi fait recadrer par Gabriel Attal (qu’il avait critiqué en mars), par Eric Dupont-Moretti en juin 2021.

Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’état auprès du ministre de l’Economie

En mars 2020, les membres du gouvernement échangent en privé sur Telegram. Plusieurs ministres y évoquent la bande passante trop faible, et la secrétaire d’Etat réplique : « En fait, si tu ‘youpornes’à 22h30, ça gêne personne… Juste une question d’organisation… » Ces messages privés se retrouveront… dans le Canard Enchaîné, indignant le Président : « c’est lamentable que, en situation de crise comme celle que nous vivons, on retrouve des échanges comme cela dans la presse« . La taupe est donc dans ce groupe Telegram, qu’on espère limité…

En avril 2021, la secrétaire d’état évoque l’idée de ne pas renouveler les commandes d’AstraZeneca l’année prochaine (ce qui a effectivement été le cas dès juin-juillet). Jean Castex l’aurait alors recadrée par SMS (!) en lui demandant d’être « plus prudente dans ses expressions« . A propos du même vaccin, le Premier Ministre aurait d’ailleurs dit à ses équipes : « il faudrait que Sheila se fasse vacciner« … qui se sont empressées de le répéter au Canard Enchaîné, parce que – eh ! – pourquoi pas se rire un peu des goûts musicaux de son patron dans la presse, ahahah il ne saura jamais que ça vient de nous 4 à qui il l’a dit… ARE YOU CRAZY, TAUPE ?!

Bruno Le Maire, ministre de l’Economie

Lors du conseil des ministres de janvier 2021, le Président aurait dit « je n’aime pas les tireurs couchés« , visant — selon la taupe — Bruno Le Maire, qui est parmi ceux qui critiquent la stratégie vaccinale, la stratégie de confinement ou déconfinement… « Si certains ont des problèmes avec la stratégie sanitaire telle qu’elle est développée, qu’ils viennent m’en parler et j’attends leur lettre de démission ! » aurait-il ajouté.

L’histoire ne dit pas si, après cette réplique cinglante, le Président se tut, fixa le ministre de l’Economie de son regard bleu sur lequel glissaient des éclats métalliques, comme un lac accablé de soleil dont il aurait été impossible, sous le scintillement des reflets, de percer la surface. Probablement pas.

Jean-Michel Blanquer, ministre des sports et des masques-slip

De façon cocasse, ce n’est pas pour sa gestion approximative de la sécurisation des écoles, ses ratés dans le télé-enseignement (accusant des attaques russes) ou sa popularité négative dans le corps enseignant que le ministre en charge de l’Education Nationale s’est fait recadrer… mais pour sa « flagornerie » en mars 2021, lorsqu’il disait au Monde que « le président a acquis une vraie expertise sur les sujets sanitaires, ce n’est pas un sujet inaccessible pour une intelligence comme la sienne et au regard du temps important qu’il y consacre depuis plusieurs mois« . La flagornerie a ses limites.

Il semblerait aussi que Jean-Michel Blanquer se soit fait recadrer en septembre 2021, selon le Canard Enchaîné : « il faut parler tout ce qui va bien, je parlerai donc du sanitaire à la fin » aurait dit le ministre avant que le Président, « exaspéré« , le reprenne sur le dédoublement des classes, qui sont en sureffectif.

Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche (il parait)

Après avoir réclamé une enquête du CNRS sur l’islamogauchisme qui gangrène l’université, Frédérique Vidal (soutenue par Jean-Michel Blanquer et Gérard Darmanin) aurait été « mollement recadrée » (selon le Monde) en février 2021 par le Président qui aurait rappelé « son attachement absolu à l’indépendance des enseignants-chercheurs« . Selon un ministre présent, le Président aurait dit « la semaine qui vient de s’écouler a prouvé que, malgré le Covid, on pouvait faire exister d’autres sujets dans l’actualité. Mais on gagnerait à reproduire la démonstration de manière concertée et organisée«  sur le mode « il faut arrêter de déconner : une fois, mais pas deux »… Pour un autre « conseiller de l’exécutif », « Vidal est plus près de la porte que de l’augmentation »…

Barbara Pompili, ministre de l’écologie

Après la défaite LREM aux régionales en juin 2021, le Président a recadré Barbara Pompili, cofondatrice du mouvement En commun, qui s’est félicité d’une décision du Conseil d’Etat de suspendre la réforme de l’assurance chômage lancée par son gouvernement… « Inacceptable et déloyal« , tout comme l’appel du même parti à soutenir Marie-Guite Dufay, candidate PS en Bourgogne-France-Comté (et réélue), où LREM maintenait sa liste.

Marlène Schiappa, ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, chargée de la citoyenneté

En décembre 2018, après qu’elle ait évoqué le rétablissement de l’ISF, elle aurait été « recadrée » par le Président en Conseil des Ministres : « nous ne détricoterons rien de ce qui a été fait depuis dix-huit mois« . En février 2021, un proche du chef de l’Etat fait savoir que Marlène Schiappa « énerve souverainement le Président ».

En mars 2020, le Président l’aurait brutalement coupée dans une longue présentation de son bilan en lui disant de « revenir la semaine prochaine pour une présentation qui correspond à [s]es attentes« .

En avril 2021, le Président recadre Marlène Schiappa en conseil des ministres selon BFMTV. Après avoir annoncé la mise en place d’états généraux de la laïcité chez Hanouna (sic), elle se serait vu rétorquer par le Président : « les Français s’en fichent, et moi aussi : on n’a pas besoin de colloque, de forum, ou de je ne sais quoi. Si c’est pour regarder le film de Caroline Fourest sur Tariq Ramadan, on l’a déjà vu, on a bien compris ! » Puuuuunchline ?
Oui, mais non ! Comme l’a synthétisé Challenges, on apprend rapidement dans Marianne que l’Elysée dément BFM : « il ne s’en serait pris ni à Marlène Schiappa ni à Caroline Fourest. Il s’agirait en réalité de conflits idéologiques au sein même de la macronie au sujet de la laïcité ». Puis le Parisien relate une 3ème version où le Président aurait finalement dit « Ce n’est pas la peine de faire d’énièmes états généraux pour répéter ce qu’Aristide Briand a dit, alors que ça fait 250 fois que je vous dis les choses.« 

Ah oui. Donc la taupe a confondu Caroline Fourest et Aristide Briand. On dit « aveugle comme une taupe », mais visiblement la taupe du conseil des ministres semble souffrir davantage de problèmes auditifs.

Jean-Baptiste Djebbari, troll Twitter et ministre des transports

Sur BFM, le ministre des transports annonce que le gouvernement compte vacciner 26 millions de Français d’ici l’été ; sauf que l’objectif initial est de 15 millions (en pratique au 21 juin, il y avait 17 millions de schémas complets et 32 millions de primovaccinés). Lors du conseil des ministres de janvier 2021, le président aurait « exigé que ses collaborateurs se contentent d’évoquer leur secteur« .

Il s’était également fait recadrer en avril 2021 par Barbara Pompili après avoir proposé la légion d’Honneur aux 2 présidents de l’aéroclub de Poitiers, après que la maire écologiste Léonore Moncond’huy ait assumé de ne plus financer des sports basés sur la consommation de ressources épuisables.

Olivier Véran, ministre de la Santé

En septembre 2020, le ministre aurait proposé des mesures plus restrictives, ce que le Président n’aurait pas apprécié : « un million de tests par semaine, c’est bien beau, mais si les résultats arrivent trop tard, ça ne sert à rien« . D’ailleurs, sans nous concerter, Gala se demandait à l’époque qui était la taupe également

En janvier 2021, le Président aurait carrément parlé de « fiasco » : « Moi, je fais la guerre le matin, le midi, le soir et la nuit. Et j’attends de tous le même engagement. Or là, ça ne va pas. La technocratie est tatillonne. Ça doit changer vite et fort et ça va changer vite et fort. Nous sommes sur un rythme de promenade en famille, et ce n’est à la hauteur ni du moment, ni des Français« , aurait-il lancé au téléphone à divers interlocuteurs, selon la gazette de l’Elysée / le JDD. Ah ! Par téléphone ! La taupe est plusieurs pour relayer ces propos HAUTEMENT… flatteurs pour le Président en fait ! Ca tombe drôlement bien.

En février 2021, le Président aurait « engueulé » Olivier Véran parce qu’il ne l’a pas averti de l’existence des anticorps monoclonaux… La taupe devait forcément être présente lors de cette « engueulade »…

En mars 2021, le Président critiquait encore le fait que « le boulot n’a pas été fait« . Visiblement, le Président ne souhaitait pas prendre son « pari » de janvier 2021 sans embarquer son ministre — opposé à ce pari — avec lui…

… Emmanuel Macron, Président de la République

Pour couronner le tout, il semblerait que le Président se fasse également recadrer par un narrateur de chez Audible, ancien Président lui-même !

Méta-recadrage

Il n’est évidemment pas le seul, puisque des « amis » du Président s’y mettent aussi. Par exemple, on apprend mi-février 2021 dans un papier déjà biiiiien daté qu’il « pique des colères d’enfant » selon un proche ami (… bien choisir ses amis quand même), et qu’il fustige les scientifiques qui « ne répondent à ses interrogations que par un seul scénario : celui du reconfinement », ou les élus qui réclamaient en mars 2021 des mesures plus efficaces.
L’histoire lui aura donné tort avec quelque 10 000 décès supplémentaires dus à ces « colères d’enfant« .

« Il a eu raison » : bah non. Les limites de la flagornerie.

Conclusion

Ces recadrages publics ne mènent jamais à rien. En décembre 2020, le Midi Libre s’intéressait aux difficultés du Président à se séparer de ses proches : Richard Ferrand, Gérard Collomb, Alexandre Benalla, Alexis Kohler, Gérald Darmanin…

Le 24 juillet 2018, pour défendre Benalla, il disait d’ailleurs « on ne sacrifie pas des têtes de fonctionnaires, de ministres ou de collaborateurs sur l’autel des émotions populaires. Le responsable, c’est moi, qu’ils viennent me chercher. »

Il est difficile d’identifier formellement la taupe. Emmanuel Macron critiquait d’ailleurs ouvertement ces sorties en juin 2020 : « je continue à lire dans les gazettes ce que je pense. J’en ai marre de ces pseudos conseillers ministériels qui passent leur temps à dire ce que je n’ai pas dit« . Il l’a bien répété en mai 2021 : « Si certains d’entre vous ont des vocations d’éditorialistes, il en faut plein dans les chaînes d’info. Vous êtes ministres, pas éditorialistes ». Un recadrage « fréquent », raconte « fataliste et blasé », un « ministre de premier plan » le jour même au Parisien, « confirmé par plusieurs des présents »… ce qui est quand même le comble de l’ironie.

L’ironie en 2 paragraphes.

Il semblerait que ce soit quelqu’un systématiquement présent avec Emmanuel Macron, y compris dans ses appels privés…

Oh. A moins que tout ça ne soit que de la communication politique ? Des coups d’essais dans la presse de ce qu’il veut dire mais pas dire ? Une façon d’être « responsable mais pas coupable », histoire qu’on ne vienne pas trop le chercher quand même ? Je ne sais pas ce que je préfère entre un Président qui ne sait pas faire respecter le secret défense qu’il réclame régulièrement et un Président qui manipule l’opinion…

Mais dans ce dernier cas, relayer de la compol organisée, visant à manipuler l’opinion publique quant à l’image du Président, n’est-ce pas un peu problématique ?

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Pourquoi la CNAM, la CNIL et le ministre se moquent-ils des médecins avec la liste des non-vaccinés ?

Bon, je m’avance beaucoup. En réalité, la CNAM, la CNIL et le ministre ne sont probablement pas de mauvais bougres, souhaitant « se moquer » délibérément de médecins généralistes. Au fond d’eux, ils pensent probablement faire leur maximum pour nous aider.

Ils se trompent.

Sur cette histoire de liste, nous n’avons eu droit qu’à une succession d’incompétences, probablement liées au fait que personne n’a dû prendre l’avis d’un seul médecin généraliste en exercice dans cette histoire. Je doute que le Ministre, que la CNIL ou que la CNAM ait pris le temps (siiiii pénible) de discuter avec un généraliste en exercice. Ou alors ils ont choisi un type accroc à la colle.

Allons-y. Comme d’habitude, je vais illustrer avec des tweets – souvent les miens, parce que c’est plus simple de les retrouver… Je vais tenter de faire bref, et je doute y parvenir. Désolé.

Combien de temps a-t-il fallu pour obtenir cette liste ?

3 mois !

Depuis mi-avril 2021, plusieurs médecins et syndicats réclament d’avoir leur liste des patients qui sont (1) vaccinés, (2) avec quel vaccin / combien / quelle date, (3) immunisés/contaminés.

J’ai lancé un défi au Hackathon sur ce sujet en avril, ce qui m’a permis d’obtenir un contact auprès de l’Assurance Maladie… qui m’a assuré à l’époque que c’était un sujet d’intérêt, défendu par Thomas Fatome lui-même (cf. extrait du mail ci-dessous dans le tweet).

Le 29 juin (2 mois plus tard !), Olivier Veran aurait demandé leur avis à la CNIL. Soit il s’agit d’un jem’enfoutisme royal (2 mois pour demander cette liste ?!), soit il s’agit d’un peu de comm’ facile…

Une dizaine de jours plus tard, le 7 juillet, la CNIL a rendu un avis sur la liste… En gros, ça disait :

  • la CNIL n’est pas favorable à la constitution de listes de patients non-vaccinés pour les médecins,
  • mais le contexte sanitaire peut justifier cette pratique
  • par contre les médecins ne doivent pas utiliser cette liste pour CONVAINCRE leurs patients, mais juste les informer.

Plus débile que ça, ils étaient obligés de publier leur avis sur le blog d’Azalbert.

https://twitter.com/CNIL/status/1412650493709586433?s=20

Le 7 juillet à 15h20 (puis le 20 juillet en rappel), Thomas Fatome lui-même (directeur général de la CNAM) signait un mail disant ceci :

« Pour vous aider, l’Assurance Maladie met à votre disposition, sur demande, la liste de votre patientèle « médecin traitant » non vaccinée contre le Covid. 
A la fin du mois de juillet, cette demande pourra être faite directement dans amelipro. 
Dans l’attente de cette solution pérenne, un circuit particulier est mis en place pour vous permettre d’obtenir ces informations à travers un envoi unique :
     – Vous pourrez adresser un mail à l’adresse … 
     – Vous recevrez en retour, dans un délai court, un mail indiquant que votre liste est disponible sur amelipro dans l’espace d’échange médical sécurisé.

Signé : Fatome-masque (rhooo ça va)

Le vendredi 16 juillet, dans l’espace sécurisé, voici le mail reçu.

Cher confrère,

Vous avez demandé votre liste « patientèle médecin traitant » non vaccinée contre la COVID-19.

Cette liste, au format «.csv », s’ouvre avec un tableur de type Excel. Elle contient le nom, le prénom, le NIR et la date de naissance (format AAAA/MM/JJ) de chaque patient non vacciné vous ayant déclaré comme médecin traitant. La date de la mise à jour est indiquée dans le nom du fichier.

NB : Si jamais, à l’ouverture du fichier, les NIR s’affichent sous la forme 1,80xxx E12, il suffit de sélectionner la colonne contenant les NIR, choisir « Format de cellule » avec un clic droit, puis sélectionner « Nombre » et cocher « 0 décimales ». Vous aurez alors un affichage des NIR sous la forme 180xxxxxxxxxxx

Non mais… l’accessibilité, ça vous parle ?

Depuis quelques jours, on peut effectivement faire la demande directement dans « Patientèle médecin traitant » sur l’onglet « Vaccination ».

48 heures ? Les gars, je vous demande pas de le recopier sur un papyrus hein.

Je risque de l’apprendre ici à quelques confrères et consoeurs, parce que la communication dessus est assez désastreuse – rien que sur Twitter, un certain nombre de médecins n’ont pas compris qu’ils avaient accès à cette liste dans l’espace sécurisé où nous n’allons pas si souvent…

Marrant, je serais celui qui a mis 2 mois pour rendre accessible la liste, je ne serais pas trop prompt à troller sur Twitter à son propos en fait.

Ca permet d’obtenir la liste sous… 48 heures, au format CSV. Ca ressemble à ça :

NOM;PRENOM;NIR;DATE_NAISSANCE
CHRIST;JESUS;101129900000100;00011225
...
VOLDEMORT;BERNARD;126129900300132;19261231

Voilà… Un CSV absolument dégueulasse, avec 4 colonnes séparées par des point-virgules, avec nom, prénom, date de naissance dans un format improbable et numéro de CPAM (qui ne sert à rien)… Je sais remettre ça en forme, merci. Dedans, il y a des patients non éligibles, des patients déjà vaccinés, des patients décédés… (et je ne suis pas seul à avoir noté ça).

Mais le problème c’est surtout… QU’ILS N’ONT PAS COMPRIS LA MOITIÉ DES OBJECTIFS !

Ce qui m’amène à la partie 2.

Que voulions-nous ? A quoi devait servir cette liste ?

L’intérêt de cette liste est multiple :

  • avoir un état des lieux dans notre patientèle (x % des plus de 75 ans vaccinés, etc.)
  • pouvoir prioriser les doses (ce qui est évidemment moins utile en juillet que ça l’était en avril/mai…)
  • pouvoir « aller vers » les patients qui n’ont pas pris de RDV (parce qu’ils sont seuls, isolés, qu’ils n’ont pas osé, qu’ils attendent qu’on les contacte, qui hésitent et n’osent pas appeler pour avoir l’avis de leur médecin, qui veulent être vaccinés à domicile ou au cabinet…)
  • pouvoir appeler des patients lorsqu’on prévoit d’ouvrir un flacon de 12 doses de Moderna (ou à l’époque de 12 doses d’AstraZeneca ou 6 de Janssen) – donc une liste accessible en 48 heures, c’est pas vraiment ça
  • pouvoir appeler en urgence des patients lorsqu’il y a un ou des désistements sur une session de vaccination, dans le flot des consultations qui se poursuit à côté…
  • se rendre compte d’erreurs : patient qui a fait une première dose mais a raté la 2ème (nous suivons des patients avec des troubles cognitifs par exemple…)

Ca a(vait) cet intérêt « égalitaire » : aller vers ceux qui n’ont pas l’app Doctolib sur leur smartphone, voire qui n’ont pas de smartphone. Quand il fallait batailler pour se vacciner en avril, il y avait 2 grands choix :

  • donner cette liste aux généralistes afin de prioriser sur les facteurs de risque et d’aider à la prise de rendez-vous pour les plus précaires ;
  • ouvrir des créneaux non pris à ceux qui savaient le mieux utiliser internet et diverses applis.

C’est le 2ème point qui a été choisi – le 1er appel à plus d’égalité, il aura fallu attendre 3 mois pour qu’il soit entendu.

Le problème du CSV transmis c’est que nous ne savons pas :

  • si les patients sont en cours de vaccination (0 dose ? 1 dose ?)
  • si les patients ont été positifs au COVID et à quelle date (quand leur proposer le vaccin dans ce cas)
  • si des patients ont raté leur date de 2ème dose

Quels sont les risques de cette liste ?

Aucun. Il n’y a AUCUN foutu risque à ces listes de non-vaccinés, c’est un fantasme de la CNIL. (Evidemment, attendez 2 secondes avant de bondir avec « les listes, les pires heures de l’histoire de France, un scandale »…)

Explorons un peu.

Admettons qu’une personne mal intentionnée cambriole un médecin et récupère ce SUPERBE CSV qui donne une liste de quelques centaines de personnes non vaccinées dans sa ville. Bon. Voilà, il va en savoir à peu près autant que n’importe quel vigile de discothèque ou bientôt de restaurant.

Admettons qu’un super réseau de cambrioleurs parvienne à récupérer ces MAGNIFIQUES CSV auprès des 50 000 médecins généralistes français. Bon, voilà, après une organisation de 4 mois, 50 000 doubles de clés récupérés, ce réseau de malfaiteurs aura mené à bien ce larcin, leur permettant de découvrir que Jacqueline Raclette, 63 ans, n’est pas vaccinée. Dites donc. Ca valait le coût d’y investir le PIB du Tuvalu.

Mais ce qui est LE PLUS DRÔLE…

… c’est que cette liste n’apprend RIEN aux médecins généralistes.

Les médecins généralistes ont accès au statut vaccinal de tous les patients dont ils ont le numéro de sécurité sociale depuis le début ! C’est la CNIL qui leur a donné cet accès.

On clique sur « Vaccination COVID »
On rentre son numéro de sécurité sociale
Et hop, on a le statut vaccinal (dont on peut avoir le détail en cliquant dessus)

Oui mais un patient à la fois c’est long, donc personne ne le fera…

Bah non justement. Cette liste qu’on demande pour faire notre travail, c’est juste une simplification d’accès. On a déjà cet accès, rendez-nous plus facile et plus performant notre travail de vaccination.

Les médecins ne sont pas des truands qui veulent vendre la liste de leurs patients non vaccinés… déjà, parce que tout le monde s’en fiche, et ensuite parce qu’on a 2-3 autres choses à faire.

La CNIL protège les gens, pour éviter qu’on fasse des choses mauvaises sur les internets, on ne peut pas leur en vouloir d’être excessif dans cette mission…

C’est là qu’il y a un petit malentendu.

Quand les médecins généralistes demandent LEUR liste de LEURS patients, il n’y a aucun risque, mais des précautions énormes. Des bâtons dans les roues de la vaccination. Et la CNIL est applaudie – c’est peut-être ce qu’ils viennent chercher avec leur avis plus tiède qu’une bouteille d’eau restée sur la plage arrière de la voiture après une journée de plage.

Déjà, il y a des listes plus sensibles qui existent déjà, avec leur accord, donc c’est vraiment une posture. Les postures c’est bien, la compétence c’est mieux.

Création d’un PDF, d’un XLS (tiens pas un CSV) de la liste complète de ma patientèle avec une « affection longue durée ».

Ensuite – et surtout – depuis janvier 2021, la CNIL a autorisé :

  • tous les médecins, pharmaciens, infirmiers à avoir accès au statut vaccinal d’un patient dont ils disposent du numéro de sécurité sociale (comme illustré plus haut avec mon propre numéro) ;
  • tous les établissements de santé, auxiliaire médicaux, chirurgiens-dentistes, médecins, pharmaciens, sages-femmes et acteurs du médico-social à avoir accès au numéro de sécurité sociale de tout patient…

C’est le téléservice INSi (Identité Nationale de Santé, intégré sur nos logiciels métiers depuis le 1er janvier). Concrètement, il suffit de rentrer nom, prénom, date de naissance et sexe pour obtenir le numéro de sécurité sociale.

Vous voyez où je veux en venir ?

C’est protégé par la CNIL, donc c’est bon.

Ahahah… tu déconnes ?!

Et non.

La CNIL interdit les généralistes de connaître le statut vaccinal de leurs patients de façon simple, mais autorise tous les professionnels de santé du pays à connaître le statut vaccinal de toute personne dont la date de naissance est connue…

Et on s’en fiche en vrai. On n’en fera rien.

Mais il faut présenter honnêtement le travail de la CNIL. Quand le Ministre, la CNIL et la CNAM ne nous aident qu’avec moult bâtons dans les roues, quand la CNIL va jusqu’à expliquer qu’il faut « ne pas utiliser la liste pour convaincre », quand la CNAM nous livre un CSV tout dégueulasse pour « oulalala faut pas trop en donner ou trop lisible », je me dis qu’ils ne comprennent pas bien ce qu’ils autorisent et ce qu’ils n’autorisent pas.

Soyons honnête, la liste des patients non-vaccinés du Docteur Grostéto à Tricotis-les-Aigletons, ce n’est pas de nature à intéresser la population.
Par contre, savoir quel politicien, candidat, quel animateur TV, quel acteur, quelle personnalité publique s’est fait vacciner à quel date, avec quel vaccin… ça peut sans doute trouver un autre intérêt de leak sur Reddit et compagnie.

Donc si la CNIL s’en fiche de ça, si elle pense que les données peuvent être accessibles à tout professionnel de santé, et qu’il y a un faible intérêt dans le pays pour connaître le statut vaccinal d’autrui (parce qu’il faut bien reconnaître qu’on s’en tape), il serait temps de nous FOURNIR UNE LISTE CORRECTE, DANS UN FORMAT CONVENABLE, AVEC DES INFORMATIONS UTILES ET COMPLÈTES concernant le statut vaccinal de nos patients.

NB. Pour information, je me suis rendu compte de ces possibilités de l’INSi le 16 juillet (je ne suis pas vif).
J’ai proposé à la CNIL d’en discuter ; j’ai contacté (pour la 1ère fois de ma vie évidemment…) l’accueil de l’Elysée pour les informer également que n’importe quel professionnel de santé en France pouvait récupérer le QRCode d’absolument n’importe qui. Ca n’a finalement pas eu l’air de les émouvoir, ce qui est quand même pas mal en faveur de la « posture » 😉

Désolé, on est trop occupé à empêcher les généralistes de connaître le statut vaccinal de leurs patients en France, veuillez nous recontacter plus tard.
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[Fiche] Certificat d’isolement – version octobre 2020 (le retour)

Je la fais courte : le 5 mai, préparant le déconfinement, le gouvernement avait prévu du chômage partiel pour les personnes les plus vulnérables. Il y avait une liste de 11 pathologies, dont l’obésité, le diabète, les pathologies respiratoires sévères, etc.

La vulnérabilité mentionnée au I de l'article 20 de la loi du 25 avril 2020 susvisée répond à l'un des critères suivants :
1° Etre âgé de 65 ans et plus ;
2° Avoir des antécédents (ATCD) cardiovasculaires : hypertension artérielle compliquée (avec complications cardiaques, rénales et vasculo-cérébrales), ATCD d'accident vasculaire cérébral ou de coronaropathie, de chirurgie cardiaque, insuffisance cardiaque stade NYHA III ou IV ;
3° Avoir un diabète non équilibré ou présentant des complications ;
4° Présenter une pathologie chronique respiratoire susceptible de décompenser lors d'une infection virale : (broncho pneumopathie obstructive, asthme sévère, fibrose pulmonaire, syndrome d'apnées du sommeil, mucoviscidose notamment) ;
5° Présenter une insuffisance rénale chronique dialysée ;
6° Etre atteint de cancer évolutif sous traitement (hors hormonothérapie) ;
7° Présenter une obésité (indice de masse corporelle (IMC) > 30 kgm2) ;
8° Etre atteint d'une immunodépression congénitale ou acquise :


- médicamenteuse : chimiothérapie anti cancéreuse, traitement immunosuppresseur, biothérapie et/ou corticothérapie à dose immunosuppressive ;
- infection à VIH non contrôlée ou avec des CD4 < 200/mm3 ;
- consécutive à une greffe d'organe solide ou de cellules souches hématopoïétiques ;
- liée à une hémopathie maligne en cours de traitement ;


9° Etre atteint de cirrhose au stade B du score de Child Pugh au moins ;
10° Présenter un syndrome drépanocytaire majeur ou ayant un antécédent de splénectomie ;
11° Etre au troisième trimestre de la grossesse.
Critères de vulnérabilité au 5 mai, selon la science

Le 29 août, alors que la plupart des scientifiques sérieux (parfois dits « alarmistes ») disaient que la deuxième vague était face à nous, le gouvernement a choisi de remettre tout le monde au travail, à l’exception des plus vulnérables parmi les plus vulnérables (par exemple les diabétiques de plus de 65 ans pouvaient bosser, sauf en cas d’obésité ou d’infarctus/AVC/AOMI/rétinopathie/neuropathie/néphropathie ; les personnes dialysées pouvaient aussi se dispenser d’aller au travail).

Sont regardés comme vulnérables au sens du I de l'article 20 de la loi du 25 avril 2020 susvisée les patients répondant à l'un des critères suivants et pour lesquels un médecin estime qu'ils présentent un risque de développer une forme grave d'infection au virus SARS-CoV-2 les plaçant dans l'impossibilité de continuer à travailler :
1° Etre atteint de cancer évolutif sous traitement (hors hormonothérapie) ;
2° Etre atteint d'une immunodépression congénitale ou acquise :


- médicamenteuse : chimiothérapie anticancéreuse, traitement immunosuppresseur, biothérapie et/ou corticothérapie à dose immunosuppressive ;
- infection à VIH non contrôlée ou avec des CD4 < 200/mm3 ;
- consécutive à une greffe d'organe solide ou de cellules souches hématopoïétiques ;
- liée à une hémopathie maligne en cours de traitement ;


3° Etre âgé de 65 ans ou plus et avoir un diabète associé à une obésité ou des complications micro ou macrovasculaires ;
4° Etre dialysé ou présenter une insuffisance rénale chronique sévère.
Critères de vulnérabilité au 29 août, selon le… la… enfin selon.

Le 15 octobre, le Conseil d’Etat a suspendu ce deuxième décret, pour lequel les critères ont été jugés « ni cohérents, ni justifiés ».

C’est tellement pathétique de se faire recaler par le Conseil d’Etat pour une forme de négligence quant à la santé publique des citoyens que je ne vais pas commenter plus que ça. Si vous voulez en savoir plus, dans son journal d’épidémie du 19 octobre publié dans Libération, Christian Lehmann est revenu très clairement (et sans concession) sur ces décisions, sur l’égarement de France Assos Santé et du gouvernement.

Voici donc le certificat que je remets à nouveau à mes patients ; je précise l’avis du conseil d’Etat afin d’éviter que les employeurs ne s’y retrouvent pas (hélas à ce jour, le gouvernement a peu fait de publicité de cette décision du Conseil d’Etat). N’hésitez pas à l’utiliser de votre côté.

Je, soussigné Docteur METTEZUNMASQUEDANSTOUSLESLIEUXCLOSOUDENSES, certifie que

doit, compte tenu des recommandations sanitaires, respecter une consigne d’isolement le conduisant à ne pas pouvoir se rendre sur son lieu de travail. 

Il peut télétravailler ou à défaut bénéficier du chômage partiel (ou, dans la fonction publique, être placé en autorisation spéciale d’absence / ASA).

Ce certificat est établi selon le décret n° 2020-521 du 5 mai 2020 définissant les critères permettant d’identifier les salariés vulnérables présentant un risque de développer une forme grave d’infection au virus SARS-CoV-2 et pouvant être placés en activité partielle au titre de l’article 20 de la loi n° 2020-473 du 25 avril 2020 de finances rectificative pour 2020.

Pour mémoire, le juge des référés du Conseil d’Etat a prononcé le 15 octobre 2020 la suspension des articles du décret n° 2020-1098 du 29 août 2020 pris pour l’application de l’article 20 de la loi n° 2020-473 du 25 avril 2020 de finances rectificative pour 2020, jugeant « que le choix des pathologies qui ont été conservées comme éligibles (…) n’est pas cohérent ni suffisamment justifié par le Gouvernement » (décision consultable ici : https://www.conseil-etat.fr/actualites/actualites/suspension-des-nouveaux-criteres-de-vulnerabilite-au-covid-19-ouvrant-droit-au-chomage-partiel).

Certificat établi à la demande de l’intéressé et remis en mains propres. 

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e-CMGF 2020 (2 et 3 juillet) : le premier e-congrès de médecine générale de France

Les 2 et 3 juillet, alors que ma grand-mère fêtait ses 94 ans et que le Président nommait un nouveau Premier Ministre, s’est déroulé le premier e-congrès de médecine générale de France. J’ai posé mes 2 journées pour le suivre depuis mon cabinet (ou son jardin), c’était un chouette moment.

Ca fait un moment que je devais faire un retour, mais le temps m’a un peu manqué… mieux vaut tard que jamais, d’autant que le congrès est encore en ligne jusqu’en décembre, vous pouvez toujours vous inscrire et tout retrouver là-bas, à des prix très concurrentiels… Je vais donc essayer de vous donner envie 😉

Les tarifs sont particulièrement faibles pour les externes, internes et jeunes médecins : 35€ !

Le fond du congrès : ce que j’en ai retenu

Comme toujours, la cérémonie d’ouverture a été un grand moment. Ce n’est évidemment pas l’intervention « boisée » du ministre qui avait un intérêt mais celles d’Isabelle Cibois-Honnorat, de Paul Frappé et de sa fille !

Comme l’an dernier, j’ai « live-twitté » ce que je suivais (ces tweets peuvent être « déroulés ») :

Un petit résumé condensé ici ce que je retiens pour ma pratique, en quelques lignes :

  • il existe un questionnaire pour les allergies médicamenteuses, que personne n’utilise (ENDA, disponible iciarticle là)
  • Il existe un site web pratique pour déterminer si une étude passe ou non par un comité d’éthique selon la loi Jardé
  • Signes cliniques du COVID-19 : courbatures, anosmie et agueusie ; le reste est aspécifique ; les signes digestifs sont plutôt négatifs
  • le trouble déficit de l’attention et hyperactivité (TDAH) – 2 sessions intéressantes :
    • triade inattention (oublis, sensibilité aux distracteurs, ne termine rien…), hyperactivité motrice (une idée, une action… donc prise de risque), impulsivité (vit dans le présent, interrompt…)
    • depuis toujours et partout
    • 5 % des enfants,
    • n’est pas dû à « trop de laxisme » ou à « trop d’écrans » (à l’inverse, ça peut être associé à plus de punition et plus de consommation d’écrans),
    • ce n’est pas une mode sociétale (moins diagnostiqué avant, quand l’hyperactivité – notamment des filles – pouvait être plus brimée, et quand les enfants faisaient parfois 10 km à pied pour aller à l’école avant de jouer en extérieur…) ;
    • à la maison, les parents peuvent utiliser l’autoquestionnaire de Conners,
    • il existe des outils pour le dépistage à l’école ;
    • ils ont des avantages à utiliser (curiosité, attention, énergie, inventivité…) ;
    • il faut être dans le renforcement positif plutôt que la punition ;
    • il faut apprendre à fractionner les tâches pour avancer.
  • Alcool :
    • 41 000 décès/an en France et 120 milliards de dépenses de santé par an
    • Consommation normale d’alcool : pas plus de 10 verres par semaine + pas plus de 2 verres par jours + des jours sans consommer (résumé parfois en « maximum 2 verres par jour, pas tous les jours »).
    • Toutes les prises en charge ont un niveau de preuve « moyen »
    • selon le Dr Jean-Michel Delile, « on aurait la mutation pour digérer l’alcool depuis 10 millions d’années (avantage sélectif) » et « nous avons probablement stocké de la bière avant le pain ».
    • il faut des objectifs cohérents avec les attentes des patients : pour 50-80 % d’entre eux, il s’agit d’une réduction (l’abstinence est plutôt réservée aux patients en rechute) : « evidence does not make decisions, people do. »

Mes interventions

Comme souvent, j’avais plusieurs présentations. Vous pouvez retrouver les PPT sans la présentation vidéo sur ResearchGate, derrière les liens suivants :

Evidemment, je n’ai pas livetwitté mes interventions, donc vous ne les retrouverez pas plus haut. Les plus intéressantes à mon sens étaient le retour sur Stop-Postillons et sur l’actualité en pharmacovigilance.

Une de mes présentations a été reprise par Le Généraliste dans un article.

La forme du congrès

Au-delà du fond, ce premier e-congrès a été une expérience nouvelle et intéressante. Comme toujours, je me suis posé la question : pourquoi y participer ?

  • Présenter mes travaux (c’est toujours plaisant de partager – c’est un peu le but de faire des travaux de recherche de pouvoir les diffuser, pour que d’autres s’appuient dessus) ; c’est d’autant plus plaisant quand ça ne présente plus aucun intérêt dans mon CV, j’ai un agréable sentiment de grande liberté sur le fond et la forme !
  • Faire une pause dans mon quotidien au cabinet en s’amusant… le CMGF est particulièrement « détente » ; cette année, le thème était « la BD », dans le design, le choix du nom des ateliers, etc.
  • Mettre à jour mes connaissances et donner de nouvelles idées de recherche, en assistant à des sessions intéressantes.

Il y a eu pour moi plusieurs intérêts à ce congrès en ligne :

  • gagner le temps de transport, de logement, pouvoir poursuivre des activités locales (comme aller à un cours de piano avec un masque !) ;
  • avancer de la paperasse au cabinet entre deux : scanner, répondre à des courriers, renvoyer une ancienne box à la Poste après le passage à la fibre, etc. (2 jours de pause clinique mais sans se surcharger au retour, c’est appréciable !) ;
  • naviguer entre les sessions pour ne piocher que ce qui nous intéresse (ce n’est pas possible en pratique, on ne quitte pas les salles entre deux…)
  • continuer de (re)voir des sessions intéressantes par la suite, jusque fin décembre.
  • parler entre personnes assistant au congrès (notamment en plénière) : le chat a bien fonctionné pour ça.

J’ai bien aimé le format court aussi : je préfère personnellement 2 jours que 3 (j’ai du mal à maintenir longtemps mon attention…). Le format en ligne permet justement de suivre l’équivalent de 3 jours finalement !

Les à-côté du congrès ont été particulièrement réussis et intelligents aussi : c’était agréable entre 2 sessions d’aller assister à l’escape game (dans les bureaux du CMGF !), à la chasse au trésor, ou de récupérer un « livre de jeux de vacances » pour le médecin généraliste !

Dans les points amusants (mais non officiel pour cette année), il y avait le bingo de @DrePetronille… que nous avons largement alimenté lors de la dernière présentation sur les « actualités » où j’avais l’honneur d’être invité !

Evidemment, il y a quelques regrets pour ce e-CMGF :

  • Même si nous pouvions bien communiquer via les chats, ce n’est pas exactement pareil qu’un congrès « IRL » où nous pouvons nous croiser au détour d’une allée, d’une session, d’un restaurant indien…
  • Pas de cérémonie de clôture, ni de remise de prix (qui permettent de (re)découvrir ce que d’autres ont aimé et qu’on a pu rater) : après la dernière session où j’avais l’honneur d’être invité (et où nous nous sommes bien amusé en s’instruisant), j’avais donc une impression de rester sur ma faim (la clôture était notée jusque l’avant-dernier programme).

Mais ça, c’était avant le 7 septembre ! Désormais, la cérémonie de clôture est en ligne et a permis la remise de plusieurs prix pour des présentations de grande qualité (posters à retrouver ici) :

  • Prix de poster du comité scientifique : Repenser le principe de l’autonomie pour favoriser la relation de soin, par Florian Martinet-Kosinski, étudiant en médecine (externe) à Toulouse
  • Prix de poster du public : La vasectomie : revue narrative de la littérature et élaboration d’une fiche d’information à l’intention du médecin généraliste, par Julie Vergonjanne, également à Toulouse.
  • Prix de la communication orale du comité scientifique : Coviclinique, signes cliniques associés à la RT-PCR chez les patients, par Hubert Maisonneuve de Genève (et Benoît Tudrej, Paul Sebo, Julie Lourdaux, Clara Cuzin, Martin Floquet, Dagmar Haller). Une excellente présentation que je recommande aussi particulièrement !

En conclusion de ce congrès, je me suis dit qu’il y aurait la place pour un congrès CMGF à Paris sur 2 jours en mars 2021 (si possible !) et un jour de e-congrès en juillet, ou quelque chose dans ce goût. Le e-congrès est un bon complément au congrès et maintenant que tout est en place, il peut être reproduit plus facilement que la galère qu’on imagine pour cette première édition en urgence ! Un énorme bravo à toute l’équipe d’organisation…

… et j’en profite pour glisser le fait que je viens d’intégrer le comité scientifique du CMGF 2021, qui aura lieu du 25 au 27 mars 2021, normalement à Porte Maillot à Paris (on y croit encore !) 😉

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