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Nos têtes sont des valises

Ne nous leurrons pas : presque personne n’aime les jeux-concours.

Nous y participons uniquement à cause de quelques pensées magiques qui persistent. Pour avoir une vie heureuse (et de bonnes notes à l’école), habituellement, nous ne passons plus notre temps à marcher sur les bords des trottoirs en évitant les lignes, ni à sauter entre les lignes blanches des passages piétons. A la place, nous avons une fève dans notre porte-monnaie, un fer à cheval dans notre grange ou un quelconque rituel à base de sacrifice de noisettes (mais c’est plus rare quand même, depuis l’avènement des pâtes à tartiner, qui règlent le problème).

Et parfois, nous glissons un bulletin de jeu-concours dans une urne déjà remplie, dans l’espoir qu’il soit choisi en fin de semaine. Si on lit bien les conditions, en latin, codées selon le code Enigma et aisément lisibles au microscope électronique sous un éclairage optimal, on se rend compte que la sélection hebdomadaire ne permet pas de partir : elle permet seulement d’être dans le tirage au sort mensuel, qui déterminera les heureux élus du trimestre, parmi lesquels un participant remportera le beau voyage dans un pays chaud vanté par ledit bulletin.

Du coup, nous ne partons pas bien loin avec un bulletin de participation… Mais parfois…

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J’ai toujours été nul en philo

Au bac, j’ai eu 6 en philo. C’est peu, mais c’était dans la parfaite continuité d’une année où je progressais péniblement entre 4 et 9. Il est donc vraisemblable qu’on puisse résumer mes aptitudes philosophiques par une nullité certaine.

Ce n’était pas très étonnant, ceci étant. Il faut dire qu’en terminale, j’avais 16-17 ans et je n’avais pas des idées très arrêtées sur la liberté, le devoir, l’expression, l’espoir ou toutes ces choses de grandes personnes.

Niveau liberté, mon raisonnement principal était qu’il fallait s’escrimer à sauver Peach des griffes du terrible Bowser. Question devoir, je m’arrêtais aux exercices donnés à la maison. L’expression était mon quotidien puisque je m’étais mis à l’écriture d’un roman, depuis la fin du français (comme je me suis mis à rédiger des cas cliniques à la fin des ECN). Enfin, côté espoir, je savais que je n’aurais aucune difficulté à avoir mon bac (grâce à la théorie de la rentabilité du coefficient), et je me tâtais entre les maths qui me plaisaient énormément (mais me rebutaient à cause des trace-lettres) et la carrière de médecin « libéral », où je pourrais avoir la paix. La liberté, en dehors de celle de Peach, c’était de ne pas avoir de patron — sûrement un idéal familial, avec quelques cousins ingénieurs qui faisaient beaucoup d’heures (ahah, j’ai bien choisi).

Bref, j’étais relativement terre à terre, et ça n’était pas ce qui était attendu en philo. J’avais bien compris le modèle thèse / antithèse / synthèse, mais ça me semblait légèrement artificiel, pour ne pas dire chiant. Je pensais qu’on attendait ma vision personnelle d’une question (selon mon vécu, histoire d’apporter ma pierre à la philosophie mondiale, et grandir tous ensemble dans la joie et la sérénité). Mais je suppose, avec le recul, que les profs attendaient des mots clés, genre « liberté = autonomie, spontanéité, volonté, contraintes, tyrannie, servitude, individu, autrui ». Du bon sens qui allait dans leur bon sens, en fait.

Mon prof, lui, avait été plutôt rassurant lors d’une réunion parents-profs : « Ecoute le petit koala qui est en toi, et tu sauras aller par-delà le ruisseau ». Enfin, il avait dit « si tu es bon en maths, tu as l’esprit logique qui devrait te permettre d’avoir des bonnes notes, il suffit d’avoir le déclic », mais vous conviendrez que ça sonne mieux avec le koala.

Presque une décennie plus tard, où en sommes-nous ?

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Cartésiens poissards

Je ne sais pas quoi raconter. J’ai l’impression qu’il ne m’est jamais rien arrivé, alors que d’autres amis sont capables de raconter en moyenne 3 événements marquants par garde. Je devrais avoir des centaines de choses en mémoire… Mais non : rien.
Il faut dire qu’en médecine, peut-être encore plus que dans d’autres métiers, il y a une scission entre les poissards et les autres.
Les malchanceux sont facilement reconnaissables dans un service hospitalier : ils se plaignent de n’avoir pas dormi, d’avoir eu la pire garde de la décennie, d’avoir dû faire plusieurs transferts en réanimation, et de toute façon « c’est toujours comme ça, j’ai une poisse monumentale ». (J’en ai déjà parlé ici, souvenez-vous !)
Des internes et chefs relaient leur légende en expliquant qu’effectivement, toutes les misères arrivent sur cette même personne. Certains érudits évoquent la loi de Murphy. Et finalement s’entretient et s’écrit le mythe de ces médecins persuadés (et persuadant) d’attirer les ennuis.

Analysons ce phénomène de société qui défie le bon sens.
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« Ils cherchent mais… »

C’était une soirée normale au CHR. Les infirmier(e)s de nuit venaient de relayer leurs collègues de l’après-midi, le tour des constantes et médicaments était fait depuis un moment, et les lumières des couloirs étaient éteintes ; bref, il était 21 heures, et tout l’hôpital semblait endormi. Ça et là résistaient tout de même (encore et toujours) au sommeil envahissant quelques patients, qui regardaient la télévision en montant le volume, à cause de leur presbyacousie, de la télé hurlante de la chambre d’à côté ou des piles usagées de leur télécommande.

Dans la bibliothèque, je dictais et corrigeais quelques courriers de patients sortis la semaine précédente (on s’amuse comme on peut). Au beau milieu d’une phrase, j’entendis un bruit de pantoufles traînant sur le sol. Si ce n’est pas rare d’entendre un pas franc (l’heure de sortie des familles), ou un pas tranquille (le retour d’un patient fumeur, las de son hospitalisation qui traîne), il est plus surprenant d’avoir affaire au bruit pathognomonique des charentaises mal chaussées raclant le sol.

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Histoire de zèbre

« Si vous entendez un bruit de sabots, attendez vous à voir un cheval, pas un zèbre » dit un célèbre aphorisme médical…

En pratique, devant un zèbre :
– les neurologues regretteront de n’avoir aucun traitement pour arranger ça,
– les internistes essaieront de prouver qu’il s’agit d’un cheval malade,
– les hémato-oncologues ne se prononceront qu’après analyse anatomopathologique dudit zèbre,
– les dermatologues proposeront d’enlever toutes les bandes noires, par précaution (faisant la joie des médecins sus-cités),
– les infectiologues voudront connaître l’espèce précise avant de traiter,
– les pédiatres trouveront ça super mignon (comme Marty dans le dessin animé Madagascar),
– les généralistes temporiseront pour voir l’évolution,
– les urgentistes le renverront rapidement chez lui puisqu’il n’a rien de mortel,
– les médecins du travail proposeront d’adapter l’environnement au zèbre en recréant une savane,
– les urologues ne verront pas de différence avec un cheval, et n’en auraient rien à faire, c’est bon là, faut arrêter de dire qu’ils sont jaloux,
– les psychiatres essaieront de le persuader que les rayures reviennent à la mode en 2012…

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